December 11, 2017 / 5:36 PM / 10 months ago

Parly s'empare du chantier de la maintenance militaire

EVREUX, Eure (Reuters) - La ministre des Armées Florence Parly a lancé lundi la réforme du maintien en condition opérationnelle (MCO) aéronautique, la maintenance et réparation des quelque 1.200 appareils militaires dont les coûts ont explosé, en invitant fermement les industriels à contribuer à la restauration des marges de manoeuvre des forces françaises.

La ministre des Armées Florence Parly a lancé lundi la réforme du maintien en condition opérationnelle (MCO) aéronautique, la maintenance et réparation des quelque 1.200 appareils militaires dont les coûts ont explosé, en invitant fermement les industriels à contribuer à la restauration des marges de manoeuvre des forces françaises. /Photo prise le 18 septembre 2017/REUTERS/Charles Platiau

Le “MCO” est un sujet de préoccupation de longue date pour les armées : la disponibilité des matériels s’est fortement dégradée depuis les années 2000, phénomène qui s’est accentué avec le rythme soutenu des opérations extérieures depuis 2011.

La ministre des Armées l’a rappelé lundi lors d’une visite à la base aérienne 105 d’Evreux, moins d’un appareil militaire sur deux est aujourd’hui en France “en mesure d’effectuer la mission pour laquelle il a été conçu et acheté, souvent cher”.

Les coûts de maintenance annuels ont augmenté de 25% en cinq ans, de 3,2 milliards d’euros en 2012 à 4 milliards en 2017, une facture colossale dans un contexte budgétaire contraint.

“Payer plus pour voler moins, ce n’est pas précisément une situation à laquelle je me résous”, a déclaré Florence Parly, ancienne secrétaire d’Etat au Budget, lors d’un discours devant des personnels de l’armée et des industriels de l’aéronautique.

Dans l’aéronautique, le taux d’usure des matériels soumis lors des “Opex” à de rudes conditions climatiques et géologiques est significatif d’une armée à la limite de la “surchauffe”, selon le terme de la Cour des comptes.

Au Levant et en Afrique, l’armée doit faire face par exemple à une surconsommation de moteurs et pales pour les hélicoptères et d’hélices pour les avions de transport, Transall notamment, à cause du sable et de la poussière. Les hélicoptères sont particulièrement vulnérables aux “posés poussière” (non sur une piste en dur) et aux stationnements sur des terrains sablonneux.

AUGMENTER LE PARC? “ILLUSOIRE”

Autre problème relevé notamment par la commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée, les coques radar des Mirage 2000 et des Rafale ne sont pas épargnées par les nombreux ravitaillements en vol que nécessite la configuration des théâtres d’opérations, comme en Jordanie.

Flottes anciennes comme récentes sont affectées, réduisant considérablement la disponibilité des matériels. “C’est un équipage qui ne s’entraîne pas, ce sont des pilotes qui perdent leurs qualifications”, a expliqué la ministre.

Florence Parly a souligné que le coût d’heure de vol de l’hélicoptère Caracal, mis en service en 2005 par Airbus Helicopters, était passé de quelque 19.000 euros en 2012 à 34.000 euros en 2016, “soit une augmentation de 81% (...) pour une disponibilité amputée d’un cinquième”.

Quant aux aéronefs “historiques”, l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la marine, s’inquiétait récemment de la vétusté des Alouette III, hélicoptères en service depuis les années 60 “sur lesquels volait Fantomas!”. “L’entretien d’un Alouette coûte entre 5.000 euros et 13.000 euros, c’est trop”, a-t-il déploré devant des journalistes.

“Lequel d’entre nous, pour son usage personnel, accepterait de devoir acquérir quatre voitures pour disposer de la certitude de pouvoir en conduire une, mais pas davantage, en payant de plus en plus cher son garagiste?”, s’est interrogée la ministre.

Refusant d’opter pour “une illusoire et onéreuse augmentation de parc”, elle juge qu’une rationalisation du MCO et de sa gouvernance, trop “complexes”, trop “segmentés”, peut permettre de redresser la barre.

“FACTEURS D’AMÉLIORATION”

“Les Anglais l’ont bien fait. On peut gagner 30 points de disponibilité”, a assuré lundi à des journalistes l’ingénieur Christian Chabbert, ex-directeur du service de la maintenance aéronautique et auteur d’un rapport sur la question.

Sur la base de ces réflexions, la ministre a décidé que la SIMMAD, structure interarmées chargée du maintien en condition opérationnelle aéronautique, serait transformée en Direction de la maintenance aéronautique le 1er mars 2018 pour piloter les contrats de maintenance.

“La conception de nos équipements neufs doit désormais être systématiquement pensée en intégrant leur future maintenance, dont les coûts excèdent bien souvent le prix d’achat”.

Dans cette perspective, Florence Parly a adressé un rappel à l’ordre aux industriels afin qu’ils “se sentent concernés par la disponibilité des aéronefs qu’ils construisent”. “Nous achetons pour voler, pas pour stocker”.

“Est-ce trop demander? Mesdames et messieurs les industriels, je vous pose, avec franchise et très directement, cette question”, a-t-elle dit en présence notamment d’Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, des dirigeants de Safran, Airbus et Airbus Helicopters.

Une source militaire insiste : “Les industriels privés doivent transcender leur modèle économique, voir au-delà des dix ans d’un programme”.

“Le MCO, on sait ce que c’est, on est tout à fait à l’aise sur la question, même si rien n’est jamais parfait”, a commenté Eric Trappier. “La ministre crée une dynamique, on a des solutions, on va apporter des facteurs d’amélioration”, a-t-il dit à Reuters.

Edité par Yves Clarisse

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