December 4, 2017 / 6:41 AM / 10 months ago

Enquête aux Philippines sur le vaccin de Sanofi contre la dengue

MANILLE (Reuters) - Les Philippines ont annoncé lundi l’ouverture d’une enquête sur la vaccination de plus de 730.000 enfants contre la dengue après une mise en garde du laboratoire français Sanofi selon laquelle son vaccin, le Dengvaxia, pourrait aggraver la maladie dans certains cas.

Les Philippines ont annoncé lundi l'ouverture d'une enquête sur la vaccination de plus de 730.000 enfants contre la dengue après une mise en garde du laboratoire français Sanofi selon laquelle son vaccin, le Dengvaxia, pourrait aggraver la maladie dans certains cas. /Photo prise le 24 octobre 2017/REUTERS/Eric Gaillard

La laboratoire français a déclaré ce même lundi que la majorité des personnes ayant été vaccinées contre la dengue avec le Dengvaxia vivaient dans des régions où elle est endémique et qu’il était donc probable que la majorité d’entre elles avaient déjà été en contact dans le passé avec la maladie.

Sanofi avait recommandé la semaine dernière de réserver ce vaccin aux personnes ayant déjà contracté la dengue dans le passé, des études montrant qu’il pouvait provoquer des formes sévères de la maladie chez les personnes n’ayant eu aucun antécédent.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait savoir qu’elle espérait mener d’ici la fin de l’année un examen complet des données sur le Dengvaxia, recommandant qu’il ne soit administré qu’aux personnes dont on sait qu’elles ont été infectées par la dengue préalablement à toute vaccination.

Le gouvernement du Brésil, où la dengue représente un défi sanitaire majeur, a confirmé qu’il avait lui aussi recommandé un usage restreint du vaccin, autorisé fin 2015, ne suspendant pas ainsi totalement son usage.

Une organisation non-gouvernementale philippine, les Volontaires contre le crime et la corruption, dit avoir été informée de la mort, sur l’île de Luzon, de trois enfants qui avaient été vaccinés contre la dengue en avril 2016. Un sénateur a dit de son côté qu’il avait connaissance de deux cas.

Gerardo Bayugo, sous-secrétaire à la Santé, a toutefois déclaré à Reuters que les trois décès mentionnés par l’ONG n’avaient rien à voir avec le vaccin et Sanofi a assuré qu’aucun décès n’avait été signalé dans le cadre de ce programme de vaccination.

“D’après ce que nous savons, il n’y a eu aucun cas de décès lié à la vaccination contre la dengue”, a dit Ruby Dizon, directrice médicale chez Sanofi Pasteur aux Philippines, lors d’une conférence de presse à Manille.

Les autorités sanitaires des Philippines ont ordonné vendredi la suspension de l’utilisation du Dengvaxia, deux jours après une mise en garde de Sanofi recommandant de ne pas utiliser le vaccin chez les personnes n’ayant jamais été exposées au virus.

Dans un communiqué publié aux Philippines, le laboratoire français affirme aussi que de nouvelles études cliniques montrent une baisse significative des hospitalisations chez les personnes de neuf ans et plus vaccinées avec le Dengvaxia.

L’an dernier, près de 734.000 enfants philippins âgés de neuf ans et plus ont reçu une dose du vaccin de Sanofi.

Le ministère philippin de la Justice a ordonné lundi une enquête pour “atteinte présumée à la santé publique (...) et, si les preuves le justifient, lancer les mises en accusation adéquates”.

L’OMS avait écrit en juillet 2016 que “la vaccination pourrait être inefficace et pourrait même théoriquement augmenter le risque futur d’hospitalisation ou de grave infection par la dengue chez les personnes séronégatives au moment de la première vaccination, quel que soit l’âge”.

L’autorité sanitaire, Health Sciences Authority, de Singapour a dit la semaine dernière qu’elle avait mentionné des risques lorsque le Dengvaxia avait été autorisé dans la ville-Etat en octobre 2016 et qu’elle collaborait avec Sanofi pour détailler les risques sur l’emballage du vaccin.

Un porte-parole du président philippin Rodrigo Duterte a déclaré dimanche que le gouvernement exigerait que les personnes ayant mis en danger des milliers de vies rendent des comptes.

Ce porte-parole, Harry Roque, a cependant ajouté qu’aucun cas de grave infection par la dengue n’avait été signalé à la suite du programme de vaccination et il a invité la population à “ne pas propager des informations susceptibles de provoquer des inquiétudes infondées”.

Même s’il représente un risque moins important que le paludisme, le virus de la dengue, transmis par les moustiques, se propage rapidement dans de nombreuses régions du monde et tue environ 20.000 personnes par an.

Avec Karen Lema à Manille et John Geddie à Singapour; Benoit Van Overstraeten, Bertrand Boucey et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Juliette Rouillon

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