November 30, 2017 / 6:25 PM / 7 months ago

Macron prône une nouvelle "grammaire d'action" avec l'Afrique

par Marine Pennetier

A Accra, au Ghana. Approche "décomplexée" doublée d'un discours "franc et direct" : Emmanuel Macron a défendu lors de sa première tournée africaine une nouvelle "grammaire d'action" qu'il devra traduire en actes pour convaincre un continent habitué aux promesses de renouveau. /Photo prise le 30 novembre 2017/REUTERS/Ludovic Marin

ACCRA, Ghana (Reuters) - Approche “décomplexée” doublée d’un discours “franc et direct” : Emmanuel Macron a défendu lors de sa première tournée africaine une nouvelle “grammaire d’action” qu’il devra traduire en actes pour convaincre un continent habitué aux promesses de renouveau.

Tout comme Nicolas Sarkozy et François Hollande qui, en début de mandat, s’étaient engagés avec plus ou moins de succès à moderniser la relation entre Paris et l’Afrique, le chef de l’Etat français a appelé cette semaine à tourner la page des représentations du passé liées à l’Histoire coloniale.

Face à des étudiants au Burkina Faso, devant ses pairs au sommet Union européenne-Union africaine à Abidjan, ou à l’issue d’un entretien avec son homologue au Ghana, le président a martelé qu’il n’y a “plus de politique africaine de la France”.

“Je suis d’une génération où on ne vient pas dire à l’Afrique ce qu’elle doit faire, quelles sont les règles de l’Etat de droit mais où partout on encouragera celles et ceux qui en Afrique veulent prendre leurs responsabilités”, a dit le président de 39 ans, à l’université de Ouagadougou mardi.

Dans cette nouvelle “grammaire d’action”, la France entend mettre l’accent sur la jeunesse - 60% des Africains ont moins de 25 ans - sur l’éducation - via la formation des enseignants notamment - et sur les investissements - encouragés exclusivement si ces derniers ont des retombées locales.

Paris souhaite également un nouveau partenariat en terme de migrations et de sécurité qui doit permettre “de repenser les termes de la mobilité avec une mobilité choisie”.

“Ça ne peut pas être les frontières ouvertes à tous les vents, ça n’existe pas, les gens qui disent ça vous mentent”, a-t-il dit aux étudiants. “Par contre, avoir une politique de développement, d’exigence mutuelle et de savoir relever ces défis, ça c’est ma responsabilité et je la prends”.

ANNONCES SYMBOLIQUES

L’approche du chef de l’Etat n’est pas une surprise. Fin août, lors du discours aux ambassadeurs à Paris, il avait plaidé pour un “partenariat renouvelé” avec un “continent d’avenir” en appelant à l’ancrer dans une dimension européenne.

Lors de sa tournée, le chef de l’Etat a fait une série d’annonces, dont certaines étaient attendues de longue date par ses partenaires africains. Il s’est notamment engagé à déclassifier l’intégralité des documents français relatifs à l’assassinat de l’ancien président burkinabé Thomas Sankara.

Il a également fait savoir qu’il ferait “tout pour faciliter” l’extradition au Burkina Faso de François Compaoré, le frère du président déchu burkinabé Blaise Compaoré, arrêté en octobre dernier en France dans l’enquête sur l’assassinat d’un journaliste en 1998.

Autre mesure à forte portée symbolique, il a annoncé la restitution “temporaire” ou “définitive” dans les cinq ans d’oeuvres d’art africaines, soulignant qu’il ne pouvait “accepter” qu’elles demeurent en France ou ailleurs en Europe.

Il a également promis des visas de plus longue durée, sans donner plus de précisions, avant de se rendre au Ghana, une première pour un chef d’Etat français perçue comme un geste d’ouverture à l’Afrique anglophone.

Concernant les crises politiques africaines, il a fait savoir qu’il souhaitait que “le peuple togolais puisse s’exprimer librement” et qu’il y ait des élections en 2018 en République démocratique du Congo, tout en insistant sur l’importance du rôle de l’Union africaine.

    “Il faut que les Etats africains se saisissent du sujet. Ce n’est pas au président de la République française d’aller expliquer à tel ou tel endroit ‘tu ne dois pas faire comme ça ou tu ne dois pas faire comme ci’”, a-t-il souligné.

SCEPTICISME

A l’Elysée la semaine dernière, on reconnaissait que le discours présenté comme “fondateur” du chef de l’Etat pouvait être accueilli avec scepticisme.

“Il y a eu beaucoup de promesses de renouvellement dans notre relation avec l’Afrique. On n’est pas les premiers à vouloir la porter”, notait-on.

L’approche est plus nouvelle sur la forme que sur le fond, a estimé jeudi une source diplomatique française.

Invité de France 24 et RFI mercredi soir, le chef de l’Etat a reconnu qu’il y avait “une défiance qui s’est installée à l’égard de l’Union européenne et à l’égard de la France”.

Signes de cette défiance, les manifestations organisées aux abords de l’université de Ouagadougou, l’explosion d’une grenade près d’un véhicule de l’armée française ou encore les cailloux jetés sur une voiture de la délégation française avant le discours d’Emmanuel Macron.

Des critiques ont également fusé, en France comme sur les réseaux sociaux africains, sur l’attitude du chef de l’Etat à l’égard de son homologue burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, vis-à-vis duquel il s’est autorisé une plaisanterie.

“Le président Kaboré était très heureux de la relation que nous avons et choqué par rien”, a réagi Emmanuel Macron mercredi soir, mettant en avant une “spontanéité de l’échange”.

“Considérer qu’on ne peut pas faire de l’humour avec un dirigeant africain ce serait étrange, j’en fais avec les dirigeants européens, je considère le président Kaboré de la même façon”.

Avec John Irish à Paris,, édité par Yves Clarisse

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