November 28, 2017 / 1:22 PM / 9 months ago

A Ouagadougou, Macron enterre la politique africaine de la France

OUAGADOUGOU (Reuters) - “Il n’y a plus de politique africaine de la France” : Emmanuel Macron a défendu mardi sa vision du partenariat entre Paris et l’Afrique, ouvert sur l’Europe et axé sur la jeunesse, loin des “représentations d’hier” liées à la période coloniale.

"Il n'y a plus de politique africaine de la France" : Emmanuel Macron a défendu mardi sa vision du partenariat entre Paris et l'Afrique, ouvert sur l'Europe et axé sur la jeunesse, loin des "représentations d'hier" liées à la période coloniale. /Photo prise le 28 novembre 2017/REUTERS/Philippe Wojazer

Dans un discours de presque deux heures, dans l’ambiance surchauffée d’un amphithéâtre de l’université de Ouagadougou, le chef de l’Etat de 39 ans s’est posé comme le représentant d’une génération similaire à celle des quelque 800 étudiants burkinabés présents devant lui, avec lesquels il a ensuite longuement dialogué dans un style très direct.

“Il y a eu des combats, il y a eu des fautes et des crimes, il y a eu des grandes choses et des histoires heureuses”, a-t-il déclaré. “Mais j’ai une conviction profonde, notre responsabilité n’est pas de nous y enferrer, notre responsabilité n’est pas de rester dans ce passé”.

“Il n’y a plus de politique africaine de la France”, a-t-il assuré, déclenchant des applaudissements nourris. “Il y a une politique que nous pouvons conduire, il y a des amis, il y a des gens avec qui on est d’accord, d’autres non. Mais il y a surtout un continent que nous devons regarder en face”.

Un continent auquel la France continuera d’apporter son soutien via l’aide au développement - l’objectif de la porter à 0,55% du RNB d’ici 2022 sera tenu - et via des investissements avec l’objectif de faire de l’Afrique la “priorité de la diplomatie économique française”.

Un fonds d’un milliard d’euros pour contribuer au développement des petites et moyennes entreprises africaines, notamment dans les secteurs du numérique et de l’agriculture, devrait voir le jour. Paris espère multiplier le montant de ce fonds par dix en associant des fonds privés, des partenaires européens et des fonds privés européens.

Les entreprises françaises devront quant à elles être porteuses “d’un partenariat exemplaire, qui refuse la corruption et qui se plie aux appels d’offres”, a dit Emmanuel Macron, prévenant que le soutien de l’Etat français ne serait pas sans contrepartie.

Pour en bénéficier, “elles devront s’engager dans la durée et privilégier l’emploi local”, a-t-il dit. “La France n’investira plus uniquement pour faire des opérations de gouvernement à gouvernement où il n’y a aucune retombée sur la population locale et n’investira plus pour que les grandes groupes participent parfois à des organisations de corruption organisées.”

EDUCATION, FEMMES ET MOBILITÉ

Parmi les autres points évoqués par le chef de l’Etat, la question de l’éducation - “priorité absolue du nouveau partenariat” et de la mobilité - il a promis des visas de circulation de plus longue durée et la venue de “1.000 nouveaux talents africains chaque année en France”.

Deux jours après son discours sur l’égalité femmes-hommes à Paris, il a également insisté sur la nécessaire promotion des femmes dans les pays africains, “vecteur de progrès”, et assuré qu’il serait du côté des chefs d’Etat qui feront “le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles”.

“Chaque jeune fille, chaque femme, doit pouvoir choisir son destin dans nos sociétés”, a ajouté le chef de l’Etat, dont les propos en juillet au G20 sur le défi “civilisationnel” et démographique” de l’Afrique avaient soulevé une polémique.

Plus globalement, la solution aux défis auxquels l’Afrique est confrontée - terrorisme, changement climatique, démographie, urbanisation et démocratie - “ne viendra pas de l’extérieur mais elle ne viendra pas non plus du statu quo ou de vielles habitudes.”

L’échange avec les étudiants, qui a duré plus d’une heure et dont l’Elysée reconnaissait la semaine dernière le caractère potentiellement périlleux, a donné lieu à des questions incisives d’étudiants combatifs, à des réponses ironiques ou teintées d’humour, pour se clore dans un brouhaha général.

Interpellé sur les coupures d’électricité au Burkina, Emmanuel Macron a répondu : “Vous m’avez parlé comme si j’étais président du Burkina Faso. Je ne suis pas le président du Burkina Faso”.

“Quelque part vous me parlez comme si j’étais toujours la puissance coloniale, mais moi je ne veux pas m’occuper de l’électricité” dans les pays africains, a-t-il ajouté, sous les rires et les applaudissements.

Aux abords de l’université, un millier de personnes ont manifesté pour protester contre le “colonialisme” français, a constaté un journaliste de Reuters TV. Une grenade a par ailleurs explosé quelques heures avant l’arrivée d’Emmanuel Macron lundi soir près d’un véhicule de l’armée française.

Une voiture de la délégation française a également reçu quelques cailloux de la part de manifestants anti-impérialistes, sans faire de dégâts ni de blessés, selon l’entourage d’Emmanuel Macron.

avec Jean-Baptiste Vey à Paris, édité par Yves Clarisse et Simon Carraud

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