November 13, 2017 / 7:50 PM / a year ago

Des pistes de réforme pour l'emploi des handicapés

PARIS (Reuters) - Accompagner davantage les entreprises, limiter la bureaucratie, maintenir des obligations d’embauche figurent parmi les pistes envisagées par Dominique Gillot, mandatée par le gouvernement pour améliorer l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Accompagner davantage les entreprises, limiter la bureaucratie, maintenir des obligations d'embauche figurent parmi les pistes envisagées par Dominique Gillot, mandatée par le gouvernement pour améliorer l'insertion professionnelle des personnes handicapées. /Photo d'archives/REUTERS/Jacky Naegelen

La secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, et la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ont multiplié les déplacements et apparitions médiatiques lundi à l’occasion de la 21e Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées.

Le taux de chômage des personnes handicapées avoisine encore 19%, soit le double de celui de la population française.

Le taux d’emploi des travailleurs handicapés dans les entreprises privées n’était encore que de 3,3% en 2014 (derniers chiffres fournis par l’Agefiph), alors que la loi leur demande d’atteindre les 6%, et de 5,17% dans la fonction publique.

“Les personnes porteuses de handicap rencontrent encore des difficultés pour suivre un parcours scolaire, accéder aux lieux publics ou encore aux biens essentiels”, soulignaient les ministre du Travail, de la Santé et la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées fin octobre.

Elles ont confié à Dominique Gillot, ancienne ministre de Lionel Jospin, la mission de proposer des solutions pour “optimiser et faciliter la chaîne d’intervention” des acteurs dans l’accompagnement vers l’emploi des personnes en situation d’handicap.

UN CHANGEMENT DE CULTURE

Pour l’ex-sénatrice PS, l’atteinte de cet objectif passera par un changement de culture au travail.

“On a beaucoup considéré les personnes handicapées au regard de leur déficit. Moi je pense qu’il faudrait qu’on change le paradigme et qu’on considère les personnes handicapées au regard de leurs aptitudes”, a-t-elle dit à Reuters.

Imposer des quotas ne joue pas sur la perception, prévient-elle. “Ce n’est pas seulement l’obligation qui fait oeuvre, c’est aussi une conviction.”

Pour cela, il faut “une sensibilisation et un encouragement par les pairs”. Il faut que les chefs d’entreprise partagent “les bonnes pratiques”.

Pour encourager la formation professionnelle ou l’apprentissage, Dominique Gillot estime qu’il faut donner au chef d’entreprise “des garanties sur la qualité de l’accompagnement et l’adaptation de l’accueil”.

Sophie Cluzel souhaite justement promouvoir les “job coach”, principe selon lequel une tierce personne prépare en amont la prise de poste avec l’employeur et aide la personne handicapée à se maintenir à l’emploi.

Elle lancera au début de 2018 une expérimentation pour accompagner 1.000 à 1.500 travailleurs handicapés, indique-t-elle dans une interview du Figaro publiée lundi, une opération qui coûte 5 millions d’euros.

GARDER LES CIBLES D’EMBAUCHE

Pour Dominique Gillot, ce principe est “parfait” et il faudrait trouver des façons de le “généraliser”.

Il n’est cependant pas question pour elle de retirer la cible du taux d’emploi de 6% des personnes handicapées. “Il faut garder l’obligation tant que les chiffres ne sont pas atteints”.

La politique doit aussi y mettre du sien, poursuit Dominique Gillot. Elle estime que dès la conception d’un texte de loi ou d’un règlement, il faut se demander s’il est profitable pour les personnes en situation de handicap.

Elle dénonce aussi la lenteur de la mise en application de la Loi pour une République numérique, publiée au Journal officiel en octobre 2016, qui doit encore être précisée par des décrets d’application.

Cette loi prévoit, entre autres, l’obligation de rendre accessible aux personnes handicapées les sites internet des administrations. “On sent que ça traîne un peu. Il n’y a pas un grand enthousiasme à la mette en oeuvre”, dit-elle.

L’administration devrait aussi être revisitée. Dominique Gillot explique que certains dispositifs entraînent des délais dans l’attribution des prestations de compensations du handicap, ce qui peut freiner l’insertion professionnelle.

“Quand une personne attend pendant des semaines, voire des mois, une aide technique ou une aide humaine pour satisfaire à ses déplacements, ça peut être complètement négatif”, dit-elle.

Les dépenses sociales liées à la prise en charge du handicap se sont élevées à 46,6 milliards d’euros en 2014, soit 2,2 % du produit intérieur brut (PIB), selon une étude de la direction des études et des statistiques du ministère des Affaires sociales et de la Santé (Drees) publiée en mars.

Caroline Pailliez, édité par Jean-Baptiste Vey

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