October 30, 2017 / 6:13 PM / in 8 months

Perpétuité requise contre Abdelkader Merah

par Emmanuel Jarry

La salle d'audiance avant le procès d'Abdelkader Merah. Le ministère public a requis lundi la prison à perpétuité contre le frère de Mohamed Merah jugé depuis le 2 octobre par une cour d'assises spéciale pour participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle et complicité d'assassinats. /Photo prise le 2 octobre 2017/REUTERS/Philippe Wojazer

PARIS (Reuters) - Le ministère public a requis lundi la prison à perpétuité contre le frère de Mohamed Merah jugé depuis le 2 octobre par une cour d’assises spéciale pour participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle et complicité d’assassinats.

“La culpabilité d’Abdelkader Merah ne fait aucun doute”, a déclaré l’avocate générale, Naïma Rudloff, qui a demandé que la perpétuité soit assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, après quatre semaines d’audiences sous tension ponctuées d’incidents.

Mohamed Merah a été tué le 22 mars 2012 à Toulouse dans l’assaut donné à l’appartement où il s’était retranché, après avoir abattu trois militaires, trois écoliers juifs et le père de l’un d’eux, les 11, 15 et 19 mars à Toulouse et Montauban.

Ces assassinats revendiqués par les “Soldats du Califat”, groupe affilié à Al Qaïda avec lequel il avait pris contact au Pakistan, ont bouleversé la perception du terrorisme islamiste, qui a fait plus de 240 morts en France depuis janvier 2015.

“La cible, c’est la démocratie”, a dit l’avocate générale. “Le terrorisme aujourd’hui a un nouveau visage et le rôle de la justice est de le démasquer.”

“Abdelkader Merah a fabriqué Mohamed Merah” en lui fournissant un corpus idéologique pour justifier ses actes, a-t-elle expliqué. Il est “porteur d’un projet de société” dont le but est de “répandre l’islam par l’intimidation et la terreur.”

Elle s’est ainsi efforcée de répondre par avance à la ligne de défense du principal avocat de cet ancien caïd de quartier de 35 ans, converti en 2006 à un islam radical.

Me Eric Dupond-Moretti, que de vives altercations ont opposé tout au long du procès à Naïma Rudloff, au président de la cour et aux avocats des parties civiles, soutient que la justice veut punir son client faute de pouvoir juger Mohamed Merah.

SURNOMMÉ “BEN LADEN”

Abdelkader Merah nie avoir eu connaissance des projets de son cadet et avoir été impliqué dans leur exécution. Mais pour l’accusation comme pour les parties civiles, c’est lui qui en a été l’inspirateur, Mohamed Merah n’étant que le bras armé.

Abdelkader Merah était en contact avec les frères Fabien et Jean-Michel Clain, qui deviendront des voix de l’organisation de l’Etat islamique, et Sabri Essid, autre salafiste toulousain, parti en 2014 faire le djihad en Syrie.

Son enthousiasme pour les attentats du 11 septembre 2001 à New York lui a valu dans son quartier le surnom de “Ben Laden”, du nom du fondateur d’Al Qaïda.

Il jure n’avoir jamais adhéré à la nébuleuse islamiste et se dissocier de ses actes. Mais les enquêteurs ont retrouvé dans sa bibliothèque, sur des lecteurs multimédia et des disques durs une abondante littérature sur Al Qaïda, le Djihad, ou justifiant les attentats, a rappelé l’avocate générale.

Il a lui-même reconnu qu’il écoutait, sur les chantiers où il était peintre, quelques semaines avant les attaques de son frère, les conseils opérationnels d’un cadre d’Al Qaïda, une vingtaine d’heures enregistrées au total.

Pour améliorer son arabe et sa “culture générale”, a-t-il soutenu la semaine passée : “Al Qaïda a un projet d’Etat islamique, je voulais connaître leur méthodologie.”

Mais pour l’avocate générale, ce sont précisément certains de ces conseils opérationnels que Mohamed Merah a appliqués.

Elle a passé au crible tous les indices pointant vers une complicité active d’Abdelkader Merah, comme sa présence lors du vol du scooter qui a servi au tueur, ou ses retrouvailles avec son frère avant et après chaque attentat, “pour que le doute ne s’installe pas” dans l’esprit du tueur.

DISSIMULATION

Abdelkader Merah a condamné du bout des lèvres les actes de son “petit frère” et admis que c’était un “musulman terroriste”. Mais il a aussi espéré qu’il était “au paradis”.

Il n’a eu de cesse d’opposer la “culture de la rue”, dans laquelle il est normal, selon lui, de mentir aux policiers, ou la culture musulmane à la “culture occidentale” ou “bourgeoise”.

L’avocate générale a rappelé que la dissimulation, la “taqiya”, dont il a beaucoup été question durant le procès, était une caractéristique des nouvelles formes de terrorisme.

Elle a requis 20 ans de prison dont deux tiers de peine de sûreté contre l’autre prévenu, Fettah Malki, 35 ans, compagnon de délinquance de Mohamed Merah, accusé de lui avoir fourni un pistolet mitrailleur Uzi, des munitions et un gilet pare-balle.

Fettah Malki, qui s’est très peu exprimé pendant ce mois d’audiences, est “sans loi, sans foi, sans morale. Ce qui compte pour lui, c’est que ça rapporte”, a résumé Naïma Rudloff.

Un “parfait opportuniste”, dont elle a reconnu qu’il n’était pas religieux. Mais elle a estimé qu’il avait apporté de facto son soutien à une “entreprise potentiellement terroriste” et ne pouvait ignorer la radicalisation de Mohamed Merah.

Abdelkader Merah est en détention provisoire depuis le 25 mars 2012 et Fettah Malki depuis le 1er juin 2013. La cour rendra son jugement jeudi.

Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse et Simon Carraud

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