October 16, 2017 / 7:18 PM / 10 months ago

Abdelghani Merah charge son frère Abdelkader

PARIS (Reuters) - Le frère aîné de Mohamed Merah, Abdelghani, a accusé lundi le troisième homme de la fratrie, Abdelkader, jugé depuis deux semaines par une cour d’assises spéciale à Paris, d’avoir été le mauvais génie de l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012.

Le frère aîné de Mohamed Merah, Abdelghani, a accusé lundi le troisième homme de la fratrie, Abdelkader, jugé depuis deux semaines par une cour d'assises spéciale à Paris, d'avoir été le mauvais génie de l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012. /Photo d'archives/REUTERS/Stéphane Mahé

Mohammed Merah a été abattu le 22 mars 2012 à Toulouse par la police lors de l’assaut donné à l’appartement où il s’était retranché, après avoir tué par balles trois militaires, trois écoliers juifs et le père de l’un d’eux.

“Abdelkader, qu’il sorte ou qu’il reste en prison, restera un danger”, a déclaré Abdelghani Merah, 40 ans, aujourd’hui sans profession et sans domicile fixe. Il était entendu comme témoin au 11e jour de ce procès qui peine jusqu’ici à démontrer la complicité du principal prévenu avec le tueur, au-delà de la conviction intime des enquêteurs.

Le principal accusé, Abdelkader Merah, Franco-Algérien de 35 ans, qui a rejoint la mouvance salafiste toulousaine en 2006 après une jeunesse de délinquant multirécidiviste, est incarcéré depuis mars 2012.

Il est notamment accusé d’avoir participé au vol du scooter utilisé par le tueur. Il a reconnu avoir été présent lors du vol mais nie avoir eu connaissance des intentions de son frère.

Lors de son premier interrogatoire, au deuxième jour du procès, Abdelkader Merah avait dit avoir un temps considéré Abdelghani comme un modèle, lorsque l’aîné de la fratrie était lui-même un délinquant “tombé dans l’alcool” et violent.

“Je buvais de l’alcool avec lui, je fumais du shit avec lui, je volais pour lui, il me battait mais comme c’était un modèle, je ne faisais pas attention”, a-t-il raconté.

Les deux frères ont ensuite pris des chemins divergents, Abdelkader blessant même grièvement à coups de couteau son aîné en 2003, trois ans avant sa “conversion” à un islam radical.

Abdelghani, mince silhouette en T-shirt et jeans, crâne rasé et voix monocorde, dit aujourd’hui s’être “réinséré” et essayer “de prendre le bon chemin” pour être un “exemple” pour son fils.

Au début d’une déposition de trois heures, tout au long de laquelle son frère est resté imperturbable, il a tenu à présenter ses condoléances aux familles des victimes.

“Depuis mars 2012, j’ai tenu à dire la vérité, aussi douloureuse qu’elle soit”, a-t-il poursuivi, dénonçant la “loi du silence” observée par le reste d’une famille qui “cultivait la haine du juif, la haine de la France”.

“COMPLICES IDÉOLOGIQUES”

“Je dénonce, je combats le radicalisme qui a détruit ma famille, je dénonce cette doctrine mortifère”, a-t-il ajouté.

Pour lui Abdelkader et Mohamed Merah étaient bien “complices idéologiques” et le second n’a fait que suivre le “chemin” du premier, qu’il a dit avoir vu “sillonner les quartiers, habillé comme un taliban, coran à la main et prêchant la bonne parole”. Et d’ajouter : “Il a essayé sur moi.”

Selon les enquêteurs, Abdelkader et Mohamed Merah étaient en contact avec les frères Fabien et Jean-Michel Clain, qui, plus tard, partiront en Syrie et revendiqueront les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, et avec un gourou de la pensée islamique radicale, Olivier Corel.

Abdelghani a décrit aux enquêteurs, ainsi que dans un livre et des interviews, l’influence qu’ont eue, selon lui, Abdelkader et d’autres membres de la famille, dont sa soeur Souad. Il a dit à l’audience avoir entendue celle-ci parler de “guerre sainte”, notamment contre la police, les juifs et les militaires.

“Abdelkader (...) a façonné Mohamed”, a-t-il répété à la cour. “Mon intime conviction est que si Mohamed a touché des enfants, c’est qu’il a été téléguidé par Abdelkader.”

A propos du scooter, il a déclaré avoir entendu Abdelkader et Mohamed dire que “le vol devient légal si c’est pour servir la cause” de l’islam et “quand vous volez un mécréant”.

Il s’est également dit convaincu que ses deux frères avaient parlé ensemble des projets du tueur, ce que les enquêteurs n’ont pas réussi à établir formellement.

Le témoin précédent, un ancien directeur régional du renseignement intérieur, Christian Balle-Andui, a pour sa part dit qu’Abdelkader Merah était un “redoutable propagandiste” et qu’il avait été le “mentor idéologique” de Mohamed Merah.

“Les attentats de Toulouse sont le fruit d’un projet collectif (...) dont Mohamed Merah est le bras armé”, a-t-il déclaré, tout en précisant qu’il n’en avait pas la preuve mais que c’était son “intime conviction”.

Abdelkader Merah encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Emmanuel Jarry, édité par Danielle Rouquié

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