October 11, 2017 / 8:02 PM / in 8 months

Madrid donne huit jours à Puigdemont pour renoncer à l'indépendance

MADRID (Reuters) - Le gouvernement espagnol a donné mercredi huit jours à l’exécutif catalan pour abandonner son objectif d’indépendance, faute de quoi il suspendra l’autonomie de la région qu’il administrera directement.

Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol. Le gouvernement a donné mercredi huit jours à l'exécutif catalan pour abandonner son objectif d'indépendance, faute de quoi il suspendra l'autonomie de la région qu'il administrera directement. /Photo prise le 11 octobre 2017/REUTERS/Moncloa

Cette décision du président du gouvernement Mariano Rajoy intervient au lendemain d’un discours du chef de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont, qui a déclaré symboliquement l’indépendance tout en gelant son processus de mise en oeuvre afin de laisser la porte ouverte au dialogue avec Madrid.

Si le président de la Generalitat confirme d’ici lundi 16 octobre 08h00 GMT qu’il a proclamé l’indépendance, il aura trois jours supplémentaires, jusqu’au jeudi 19 octobre 08h00 GMT, pour revenir sur sa décision, a annoncé Mariano Rajoy devant le Parlement.

Dans le cas contraire, le gouvernement espagnol invoquera l’article 155 de la Constitution, qui permet à Madrid de suspendre l’autonomie d’une région, a-t-il averti.

Des élections régionales seraient probablement convoquées dans la perspective d’un tel scénario.

Dès la mi-journée, à l’issue d’un conseil des ministres extraordinaire, Mariano Rajoy avait réclamé de Puigdemont cette clarification, sans fixer encore d’ultimatum.

“Le gouvernement a convenu ce matin de demander solennellement au gouvernement catalan de confirmer s’il a déclaré l’indépendance de la Catalogne, indépendamment de la confusion délibérément créée sur sa mise en oeuvre”, avait déclaré le chef du Parti populaire (conservateur).

“Cette exigence, préalable à toute mesure que le gouvernement pourrait adopter en vertu de l’article 155 de notre Constitution, vise à fournir aux citoyens la clarté et la sécurité juridique que requièrent une question aussi importante”, avait-il ajouté lors d’une allocution télévisée.

Carles Puigdemont a prononcé mardi soir devant le Parlement de Barcelone un discours très attendu pour tirer les leçons du référendum d’autodétermination du 1er octobre, marqué par une victoire écrasante des partisans du “oui” à l’indépendance (90%) pour un taux de participation de 43%, de nombreux adversaires de l’indépendance ayant boycotté le scrutin.

“J’assume le mandat en vertu duquel la Catalogne doit devenir un Etat indépendant sous la forme d’une République”, a annoncé Puigdemont, avant d’ajouter: “Je propose de suspendre les effets de cette déclaration d’indépendance pour entamer des discussions afin de parvenir à une solution négociée.”

SANCHEZ (PSOE) ANNONCE UNE RÉFLEXION SUR LA CONSTITUTION

L’article 155, qui n’a jamais été appliqué dans la courte histoire de la démocratie espagnole, permettrait à Madrid de suspendre l’autonomie de la Catalogne et d’ordonner la tenue d’élections régionales anticipées pour sortir de la plus grave crise politique espagnole depuis la tentative de putsch militaire de 1981.

Pedro Sanchez, chef de file de l’opposition socialiste consulté par Mariano Rajoy comme les autres dirigeants des partis politiques nationaux, a dit partager la demande du gouvernement.

Qualifiant la séance de mardi au Parlement de Catalogne de “cérémonie de l’absurde”, le secrétaire général du PSOE a lui aussi estimé que Puigdemont devait clarifier “noir sur blanc” si l’indépendance est proclamée ou non.

Il a également annoncé s’être mis d’accord avec Rajoy sur le lancement d’une révision constitutionnelle. Un groupe de travail étudiera dans les six mois la situation actuelle, a-t-il dit, avant l’ouverture d’un débat constitutionnel au Congrès des députés.

“Nous sommes prêts à réformer la Constitution pour voir comment la Catalogne peut rester en Espagne”, a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

CASSE-TÊTE À BARCELONE

Pour les observateurs, Puigdemont se trouve désormais face à un casse-tête: soit il proclame officiellement l’indépendance et Madrid active sans doute l’article 155; soit il ne s’exécute pas, et risque de perdre le soutien nécessaire des députés indépendantistes de la CUP (Candidature d’unité populaire), le parti de la gauche radicale déjà passablement déçu par son discours de mardi - “Nous avons peut-être manqué une occasion historique”, a commenté sa dirigeante, Ana Gabriel.

“Rajoy a deux objectifs: si Puigdemont reste dans l’ambiguïté, le mouvement indépendantiste va se fracturer davantage; si Puigdemont continue de défendre l’indépendance, Rajoy pourra alors appliquer l’article 155”, explique Antonio Barroso, directeur adjoint de la firme Teneo Intelligence.

“Dans les deux cas, l’objectif de Rajoy est de restaurer l’état de droit en Catalogne et cela pourrait à terme conduire à des élections anticipées dans la région”, ajoute-t-il.

Pour l’heure, l’exécutif catalan n’a pas répondu à Rajoy.

Mais un porte-parole de la Generalitat avait mis en garde Madrid, avant le conseil des ministres, de ne pas s’engager sur la voie de l’article 155. “Nous n’avons renoncé à absolument rien. Nous avons décidé une pause, ce qui ne signifie pas un recul, une renonciation ou quoi que ce soit de ce genre”, a dit Jordi Turull au micro de Radio Catalunya.

avec Carlos Ruano à Madrid et Sonya Dowsett à Barcelone; Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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