October 5, 2017 / 5:14 AM / 9 months ago

Nouveau tollé contre Macron sur le thème du mépris de classe

par Elizabeth Pineau

Autoritarisme, arrogance, mépris de classe : les propos controversés tenus par Emmanuel Macron mercredi en Corrèze ont suscité des commentaires sévères de l'opposition et des réactions contradictoires de l'entourage présidentiel. /Photo prise le 4 octobre 2017/REUTERS/Ludovic Marin

PARIS (Reuters) - Autoritarisme, arrogance, mépris de classe : les propos controversés tenus par Emmanuel Macron mercredi en Corrèze ont suscité des commentaires sévères de l’opposition et des réactions contradictoires de l’entourage présidentiel.

Un épisode à même de durcir encore l’image d’un président en souffrance dans les sondages d’opinion dans un contexte marqué par la réforme contestée du Code du travail et la grogne liée à un projet de budget 2018 décrit par ses détracteurs comme favorable aux catégories les plus aisées.

A l’origine du hiatus : la diffusion d’un extrait d’une conversation captée par une caméra de pool de France 2 entre Emmanuel Macron et le président de la région Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset, en marge d’une visite à Égletons (Corrèze) sur le thème de la formation professionnelle.

A Alain Rousset, qui évoque les problèmes de recrutement d’une usine de produits en aluminium à Ussel, en Corrèze, le chef de l’Etat répond : “Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent avoir des postes là-bas. Parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire. C’est pas loin de chez eux.”

Au cours de sa visite à Égletons, des heurts avaient éclaté entre les forces de l’ordre et des salariés de l’équipementier automobile GM&S, une usine proche dont la moitié des employés n’ont pas retrouvé de travail avec le repreneur.

“ARRÊTER LA LANGUE DE BOIS”

Diffusé par BFM TV, puis par d’autres chaînes, l’extrait a d’abord été décrit par le porte-parole de l’Elysée, Bruno Roger-Petit, comme sorti de son contexte, ce qui n’a pas empêché un tollé sur les réseaux sociaux.

Jeudi, le porte-parole du gouvernement a changé de terrain, prenant la défense d’un président anti-“langue de bois” et “cultivé”, ce qui l’empêche pas de parler “comme les Français”.

“On peut être cultivé et parler comme les Français. Je pense qu’on peut aussi avoir l’objectif en politique (...) d’arrêter la langue de bois et d’oser nommer les choses”, a déclaré Christophe Castaner sur Radio Classique. “Moi j’assume qu’un président de la République puisse nommer les choses et utiliser les mots que nous utilisons tous au quotidien.”

Le tollé suscité par cet épisode rappelle celui qui avait suivi l’utilisation du mot “fainéants” dans un discours prononcé devant la communauté française en Grèce. Emmanuel Macron avait dit assumer ses propos, contredisant les efforts déployés dans un premier temps par ses équipes pour les atténuer.

En rencontrant des ouvriers en Corrèze, terre d’élection des anciens présidents Jacques Chirac et François Hollande, Emmanuel Macron voulait illustrer le volet social de sa politique. Les propos tenus à Egletons ont, au final, donné des arguments à ses détracteurs.

“Comme les déclarations précédentes, c’est de l’arrogance. On a un président qui ne supporte pas la moindre contestation”, a dit sur franceinfo le président du groupe LR à l’Assemblée.

Dénonçant une “provocation d’enfant gâté”, Christian Jacob a noté qu’à la différence d’autres présidents, Emmanuel Macron “n’a jamais été élu local, jamais été confronté à des gens qui sont dans cette situation, qui du jour au lendemain reçoivent leur lettre de licenciement, avec des petits salaires, parfois leur conjoint est aussi au chômage, ils viennent d’acheter une maison, ils ont des dettes, des charges”.

“‘LES ‘ILLETTRÉES’, LES ‘FAINÉANTS’ ET LES ‘RIENS’”

Dès mercredi soir sur Twitter, la députée LR Valérie Boyer et l’ex-numéro deux du Front national Florian Philippot avaient dénoncé le “mépris” d’Emmanuel Macron.

Une accusation également portée, à gauche, par la députée La France insoumise Clémentine Autain. “Cela traduit un grand mépris de classe. Il ne cesse d’avoir des phrases injustes pour les milieux populaires”, a-t-elle dit sur LCI.

Olivier Faure, président du groupe Nouvelle gauche à l’Assemblée a quant à lui dénoncé sur Twitter “le mépris social pour les ‘illettrées’, les ‘fainéants’ et les ‘riens’, et ‘en même temps’ la compassion fiscale pour les grandes fortunes”.

“Le vrai bordel ce sont les ordonnances”, a renchéri par la même voie le député PS Luc Carvounas, en référence à la réforme du Travail à l’origine d’une fronde ces dernières semaines.

Pour contrer l’image de “président des riches”, le mouvement présidentiel La République en marche (LREM) a été mis à contribution, notamment pour la mise au point d’amendements au budget 2018 visant à taxer les biens de luxe comme certaines voitures, les lingots d’or, les yachts et les jets privés.

“Les mêmes qui accusaient pendant la campagne Emmanuel Macron d’être le candidat des banques l’accusent aujourd’hui d’être le président des riches, il y a une certaine constance”, analyse un député LREM. “Mais il va en effet falloir mieux communiquer pour ne pas se laisser s’enfermer dans cette étiquette.”

Selon le baromètre mensuel Kantar Sofres-OnePoint pour Le Figaro Magazine diffusé jeudi, Emmanuel Macron est plus populaire chez les sympathisants LR, où 51% des sondés lui confiance, que chez les socialistes, où sa cote est de 35%, en recul de 17 points en un mois.

Avec Myriam Rivet et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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