July 19, 2017 / 10:47 AM / a year ago

La démission de Villiers ouvre une "crise institutionnelle"

PARIS (Reuters) - La démission avec fracas du chef d’état-major des armées, mécontent du sort réservé à la Défense dans les arbitrages budgétaires, ouvre une crise politico-militaire mais aussi institutionnelle “majeure”, estime le général Vincent Desportes dans une interview à Reuters.

La démission avec fracas du chef d'état-major des armées, mécontent du sort réservé à la Défense dans les arbitrages budgétaires, ouvre une crise politico-militaire mais aussi institutionnelle "majeure", estime le général Vincent Desportes dans une interview à Reuters. /Photo prise le 13 juillet 2017/REUTERS/Stéphane Mahé

Engagé depuis une semaine dans une passe d’armes avec Emmanuel Macron, Pierre de Villiers a remis mercredi sa démission au président français - un événement inédit dans l’histoire de la Ve République.

“C’est une crise majeure, qui va avoir des conséquences terribles”, juge Vincent Desportes, ancien directeur de l’Ecole de guerre, d’où sortent les plus hauts gradés de l’armée française, et désormais professeur associé à Sciences Po Paris.

Selon lui, il faut remonter au putsch des généraux favorables à l’Algérie française et opposés au général de Gaulle, en 1961, pour retrouver une crise de cette ampleur entre le pouvoir politique et la haute hiérarchie militaire.

Le départ de Pierre de Villiers “porte un grave coup au président lui-même, aux armées et à la défense de la France”, toujours selon le général Vincent Desportes, pour qui il s’agit là d’une crise “institutionnelle”.

Le débat sur le budget de l’armée, astreinte cette année à des coupes de 850 millions d’euros dans un contexte de restrictions générales, s’est brutalement crispé la semaine dernière avec l’audition, à huis clos, du général Pierre de Villiers devant des députés à l’Assemblée nationale.

Ses réserves exprimées en termes fleuris lui ont valu, le lendemain, les remontrances d’Emmanuel Macron dans un discours prononcé devant toute la hiérarchie militaire.

“On voit bien aujourd’hui que l’exécutif ne supporte plus que sa haute fonction publique puisse avoir un avis technique différent de l’avis politique concocté à l’Elysée. Ce n’est pas de l’erdoganisme, mais on n’en est pas loin”, observe le général Vincent Desportes, en référence au président turc.

“MALAISE PROFOND”

Désormais, “ce qu’il y a de plus sacré”, à savoir le lien entre le chef et le subordonné, est rompu “puisque le président Macron a poussé à la démission le meilleur d’entre nous”, poursuit-il.

“Le président Macron laisse une institution sous le choc, interloquée, qui ne comprend pas. Une institution qui donne le meilleur d’elle-même, qui va au-delà d’elle-même, qui est sous-budgétée depuis des années, qui est sous-entraînée, qui n’a pas de munitions, qui n’a pas de matériel”.

“Au lieu de reconnaître ce besoin, (le chef de l’Etat) fait exactement le contraire. Alors comment voulez-vous que les armées aient confiance, comment voulez-vous que les soldats acceptent de mourir ?”, s’interroge le général Vincent Desportes.

Mais, selon lui, les péripéties de ces derniers jours ne sont que le “paroxysme” d’un malaise ancien, aggravé sous le quinquennat précédent.

“Il faut se rappeler que le couple Hollande-Le Drian a porté un coup terrible aux armées en les sur-déployant et en les sous-budgétisant”, souligne l’ex-directeur de l’Ecole de guerre, qui s’est distingué dans sa carrière par sa liberté de ton.

Au cours des cinq dernières années, la France a envoyé ses soldats au Mali et dans les pays environnants mais aussi au Moyen-Orient pour des missions à la fois éprouvantes sur le plan humain et financièrement coûteuses.

“Nos soldats vivent dans des casernes délabrées par manque de financement”, insiste Vincent Desportes. “Parce qu’il n’y a pas de syndicats, on en demande toujours plus (...) C’est pour ça que le chef d’état-major des armées est au fond le syndicaliste en chef.”

Edité par Yves Clarisse

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