July 3, 2017 / 5:49 PM / a year ago

L'opposition dénonce un discours "creux" de Macron

VERSAILLES, Yvelines (Reuters) - Un mélange de satisfaction, de circonspection et d’ironie a accueilli lundi le discours de Versailles d’Emmanuel Macron, qui a présenté aux parlementaires sa vision d’une action dictée par “l’impatience d’agir” et l’”amour de la patrie”.

Un mélange de satisfaction, de circonspection et d'ironie a accueilli lundi le discours de Versailles d'Emmanuel Macron. Le député Les Républicains Eric Ciotti a déploré un monologue "tout sauf concret" au contenu "creux, passablement pompeux et quelque part assez ennuyeux". /Photo d'archives/REUTERS/Eric Gaillard

En l’absence des communistes, des députés de la France insoumise et de quelques autres élus en désaccord avec ce rendez-vous désormais annuel, environ 850 députés et sénateurs ont écouté la première grande allocution politique du président élu le 7 mai dans la salle du Midi du château de Versailles.

Dans son intervention d’une heure trente sagement applaudie à la fin et précédée par une minute de silence à la mémoire de l’ancienne ministre Simone Veil, décédée vendredi, le chef de l’Etat a prôné la réduction d’un tiers du nombre de parlementaires et la nécessité de “retrouver le souffle premier” de l’engagement européen.

A Versailles comme sur les réseaux sociaux, des élus ont déploré le ton de cette allocution riche en principes mais pauvre en annonces, dans l’attente du discours de politique générale du Premier ministre, mardi à l’Assemblée.

Le député Les Républicains (LR) Eric Ciotti a ainsi déploré un monologue “tout sauf concret” au contenu “creux, passablement pompeux et quelque part assez ennuyeux”.

“Mi-harangue politique, mi-prêche philosophique, l’étrange discours impérial plane au-delà du réel”, a commenté son collègue Guillaume Larrivé.

Invitant son auditoire à “une transformation résolue et profonde” des pratiques politiques, Emmanuel Macron n’a pas épargné ses prédécesseurs, prônant la rupture avec “les années immobiles” de François Hollande et “les années agitées” de Nicolas Sarkozy, “toutes aux résultats également décevants”.

Une façon de justifier la posture régalienne adoptée par le nouveau chef d’Etat de 39 ans, qui séduit autant qu’elle agace.

MÉLENCHON DÉNONCE UNE “PLUIE DE TRUISMES”

Absent de Versailles, le chef de file des “Insoumis”, Jean-Luc Mélenchon, a été cinglant. “Interminable pluie de truismes à Versailles. Faux marbre, bonapartisme surjoué, européisme bêlant, ennui mortel”, a-t-il dénoncé sur Facebook.

Lors du débat qui a suivi le discours présidentiel, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, a mis en garde contre toute “tentation hégémonique” tout en se posant en acteur d’une “opposition libre et vigilante”.

“Refusez cette tentation hégémonique qui ne serait pas bonne, ni pour votre gouvernement ni d’ailleurs votre majorité”, a-t-il dit, alors que la République en marche contrôle désormais l’Assemblée nationale et ne cache pas ses visées sur le Sénat, qui sera renouvelé pour moitié en septembre.

“Nous refusons de vous donner un blanc-seing”, a renchéri Virginie Duby-Muller, membre du groupe LR à l’Assemblée.

“Méfiez-vous de vous-mêmes”, a conseillé pour sa part le député socialiste Olivier Faure, citant l’ancien Premier ministre Michel Rocard : “‘Ce qui est accepté a infiniment plus de force que ce qui est imposé’”.

“Nous vous jugerons sur vos actes”, a-t-il ajouté.

Richard Ferrand, chef de file des députés La République en marche majoritaires au Palais-Bourbon, a donné le “la” à ses troupes, où figurent nombre de novices en politique.

“Libérer, protéger, réconcilier seront les points cardinaux de notre action”, a dit l’élu breton. “Chaque fois qu’une idée nous paraîtra bénéficier à la France, nous la soutiendrons sans en contrôler l’appellation d’origine.”

Assis au Premier rang, Edouard Philippe a écouté le débat en prévision de son discours de mardi au Palais-Bourbon, qui sera suivi d’un vote de confiance. L’occasion de répondre à ceux qui ont reproché au président d’affaiblir, par son discours de Versailles, le “grand oral” du chef du gouvernement.

“Le discours sera différent. Le Premier ministre sera très concret”, promet-on à Matignon.

Une centaine de militants communistes ont manifesté aux abords du palais leur hostilité au chef de l’Etat sur le thème de la Révolution française.

“Monsieur Macron fait un défi à la démocratie. Pour lui, ce n’est pas le Parlement qui gouverne, ce n’est pas le peuple, c’est lui, Jupiter”, a dit à Reuters Nicole Coulbaut, retraitée de l’éducation nationale de 65 ans, un bonnet phrygien sur la tête.

Elizabeth Pineau, avec Sophie Louet, Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse

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