June 20, 2017 / 8:10 AM / in a year

Goulard démissionne, un ricochet de l'enquête sur le MoDem

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a accepté mardi la démission de la ministre des Armées, Sylvie Goulard, qui a choisi de quitter le gouvernement afin de démontrer sa “bonne foi” si elle venait à être entendue dans l’enquête sur les assistants parlementaires au Parlement européen du MoDem, parti dont elle est issue.

Emmanuel Macron a accepté mardi la démission de la ministre des Armées, Sylvie Goulard, qui a choisi de quitter le gouvernement. /Photo prise le 18 juin 2017/REUTERS/Bertrand Guay

Cette décision, qui a pris de court la communauté militaire et intervient en plein Salon international de l’aéronautique et de l’espace, complique la tâche du chef de l’Etat et du Premier ministre, Edouard Philippe, pour former la nouvelle équipe appelée à gouverner après la victoire de La République en marche aux élections législatives.

Les industriels et militaires présents au Bourget pour la visite de la ministre, prévue à 10h30 mardi, n’ont pas caché leur stupéfaction à l’annonce de son départ, diffusée par communiqué à 09h39. Leur mécontentement aussi, selon des témoins, pour ce mauvais “timing” alors que l’industrie française de l’aéronautique et de l’armement défend ses couleurs à l’occasion de ce rendez-vous stratégique.

Sylvie Goulard, 52 ans, a mûri sa décision, selon l’Elysée, qui précise qu’elle s’en est entretenue avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe “ces derniers jours”.

“C’est une décision qu’elle a prise en son âme et conscience et qu’elle a mûrie. Quand elle l’a arrêtée, elle en a informé le président, qui l’a acceptée”, a-t-on ajouté de même source.

“La mission de Défense impose une exigence particulière. L’honneur de nos armées, celui des hommes et des femmes qui y servent, parfois au péril de leur vie, ne sauraient être mêlés à des polémiques auxquelles ils n’ont aucune part”, explique la ministre dans un communiqué.

“DÉMONTRER LIBREMENT MA BONNE FOI”

“Dans l’hypothèse où l’enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d’emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j’y ai accompli”, ajoute l’ancienne eurodéputée (2009-2017).

Spécialiste reconnue des dossiers européens dont la nomination à la tête des Armées avait surpris, Sylvie Goulard avait commencé à prendre ses marques au sein de son ministère, où l’empreinte de son prédécesseur, Jean-Yves Le Drian, restait néanmoins forte.

Lundi, alors qu’elle accompagnait Emmanuel Macron au Salon du Bourget, elle avait répondu à Ségolène Royal, présente, qui l’interrogeait sur sa nouvelle mission : “C’est passionnant!”

“C’est une décision toute à son honneur”, jugeait-on mardi de source militaire. “Désormais, nous attendons la nomination du nouveau ministre”, ajoutait-on sans plus de commentaire.

“C’est dommage, elle avait tout ‘l’équipement intellectuel’”, déplore un parlementaire de haut rang.

Les noms de Jean-Pierre Raffarin, président de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées du Sénat, ou d’Arnaud Danjean, eurodéputé (Les Républicains) spécialiste des questions de sécurité et de Défense, circulaient mardi dans l’attente du remaniement prévu d’ici mercredi 18h00.

Selon L’Opinion, Arnaud Danjean avait été proposé par Sylvie Goulard pour superviser une revue stratégique préalable à un nouvelle programmation militaire.

Une source au fait des discussions en vue du prochain remaniement écartait l’hypothèse Nathalie Kosciusko-Morizet (LR), battue dimanche dans la 2e circonscription de Paris par un candidat LREM.

DES RELATIONS TENDUES AVEC BAYROU

Au-delà de l’imbroglio politique qu’il entraîne, le départ de Sylvie Goulard projette de nouveau une lumière crue sur les arcanes du MoDem, le parti qu’elle avait choisi en 2009 pour entrer en politique et se présenter aux élections européennes dans la région Ouest, avec l’appui de François Bayrou.

Sylvie Goulard n’est pas nommément citée dans le dossier des collaborateurs de plusieurs élus français au Parlement européen. Les parlementaires du MoDem concernés sont Marielle de Sarnez, ministre sortant des Affaires européennes, et Robert Rochefort.

Le ministre de la Justice François Bayrou, qui préside le MoDem, est en première ligne dans cette affaire potentiellement embarrassante pour le parti centriste, dont Sylvie Goulard, qui s’est abstenue d’intégrer sa direction, n’a jamais apprécié la gestion autocentrée.

Ses liens avec François Bayrou se sont distendus au fil des années, et ses relations avec Marielle de Sarnez sont notoirement mauvaises.

“En prenant cette décision, elle vise clairement à mettre la pression sur François Bayrou”, estimait-on mardi de source gouvernementale.

Le garde des Sceaux a jusqu’à présent exclu de quitter le gouvernement, tandis que Marielle de Sarnez n’a pas exclu mardi de renoncer à ses fonctions.

Sophie Louet avec Marine Pennetier, Jean-Baptiste Vey, John Irish, édité par Yves Clarisse

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