June 16, 2017 / 3:49 PM / a year ago

Peines "exemplaires" requises contre des djihadistes

PARIS (Reuters) - L’avocat général Philippe Courroye a requis vendredi la réclusion à perpétuité pour le leader de la cellule djihadiste dite de Cannes-Torcy et 14 à 25 ans de prison pour dix de ses autres membres, dans le premier procès du genre en France.

L'avocat général Philippe Courroye (photo) a requis vendredi la réclusion à perpétuité pour le leader de la cellule djihadiste dite de Cannes-Torcy et 14 à 25 ans de prison pour dix de ses autres membres, dans le premier procès du genre en France. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Dix-sept prévenus comparaissaient depuis le 20 avril devant une cour d’assises composée de magistrats professionnels, qui s’est efforcée de décortiquer la mécanique d’une radicalisation ordinaire, prémisses des attentats de 2015-2016.

Trois autres membres présumés du groupe, qui gravitait autour d’un trafiquant de drogue, Jérémie Louis-Sidney, devenu selon les termes de l’accusation un “islamiste fanatique” et abattu lors de son arrestation, étaient jugés par défaut.

Philippe Courroye a requis la perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans contre le lieutenant de Jérémie Louis-Sidney, Jérémy Bailly, âgé de près de 30 ans, comme lui délinquant multirécidiviste et converti à un islam radical.

Il était notamment jugé pour avoir, avec son mentor, lancé une grenade dans une épicerie juive de Sarcelles (Val d’Oise) en 2012. L’explosion, atténuée par des caddies, n’avait fait qu’un blessé, un “miracle” selon l’avocat général.

Le fait que ni cet attentat, ni les activités ultérieures de la cellule n’aient causé la mort de quiconque n’enlève rien à la dangerosité de ce groupe, mu notamment par une “haine des juifs et des mécréants”, a dit Philippe Courroye.

Le but de l’attentat de Sarcelles et de ceux qui ont été déjoués par la suite grâce au démantèlement de la cellule “était à l’évidence” de tuer, a-t-il ajouté.

“PROPENSION À RÉCIDIVER”

Il a estimé que les accusés restaient des fanatiques particulièrement dangereux” : “Il nous est interdit de nous laisser abuser, parce que l’enjeu est trop grave (...) Je vous demande d’être lucides sur leur propension à récidiver.”

Il a demandé des “peines exemplaires” et requis ainsi 25 ans de réclusion, dont les deux tiers sous le régime de la sûreté, contre le troisième homme directement impliqué dans l’attaque de Sarcelles, Kévin Phan, d’origine laotienne, 23 ans, converti à l’islam comme plus de la moitié des prévenus.

Les peines requises oscillent entre deux à neuf ans pour neuf accusés, en majorité des seconds couteaux, et 11 à 20 ans assortis d’une période de sûreté pour les huit derniers.

Le point de ralliement des membres de la cellule d’origines sociales très diverses était pour les uns la salle de prière de Torcy (Seine-et-Marne), pour les autres la mosquée Al Medina de Cannes (Alpes-Maritimes). Le lien s’était constitué en 2012.

Après Sarcelles, le groupe avait envisagé un attentat à l’explosif contre un restaurant McDonald, projet très avancé mais finalement avorté.

DES MILITAIRES VISÉS

Des membres de la branche cannoise avaient rejoint des groupes djihadistes en Syrie, ébauche d’une filière structurée pour les candidats au djihad.

Le démantèlement de la cellule a permis de déjouer un attentat visant des militaires à Canjuers, dans le sud-est de la France, en juin 2013, en réaction à l’intervention française au Mali. D’autres actes violents préparés début 2014 par deux membres du groupe de retour de Syrie, Ibrahim Boudina et Abdelkader Tliba, ont également été déjoués.

Trois bombes artisanales à base de TATP, explosif utilisé dans les attentats de novembre 2015, avait été découverts dans l’immeuble où se cachait Ibrahim Boudina, contre lequel l’avocat général a requis 20 ans de réclusion.

L’un des trois absents, Yassine Chebil, qui avait rejoint les rangs de l’Etat islamique en Syrie, serait en fait mort en 2015, bien qu’il n’y ait pas de preuve formelle de son décès. Un autre, Rached Riahi, est aussi présumé en Syrie et un troisième, Joan-Mich Bokamba-Yangouma, en fuite au Congo-Brazzaville.

“On a tous les ingrédients qu’on retrouvera dans les attentats de 2015”, avait dit à Reuters au début du procès Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération des victimes d’attentats et d’accidents collectifs : “Des personnes venant d’horizons divers, des conversions, des radicalisations en détention, un chef fanatique qui arrive à fédérer très rapidement deux groupes, une obsession antisémite forte.”

Edité par Yves Clarisse

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