June 6, 2017 / 1:21 PM / 2 years ago

Le malaise du FN au révélateur des législatives

PARIS (Reuters) - Frustré par le score de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, partagé sur son propre programme économique et soumis à des forces centrifuges, le Front national aborde les élections législatives avec l’espoir de calmer - au moins provisoirement - les remous dans ses rangs.

Frustré par le score de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, partagé sur son propre programme économique et soumis à des forces centrifuges, le Front national aborde les élections législatives avec l'espoir de calmer - au moins provisoirement - les remous dans ses rangs. /Photo d'archives/REUTERS/Philippe Wojazer

Officiellement, le parti d’extrême droite ne se donne aucun objectif en nombre de sièges mais ses dirigeants voient la constitution d’un groupe, qui requiert au minimum 15 députés, comme un seuil plutôt que comme un plafond.

Le FN n’a plus envoyé de délégation importante à l’Assemblée depuis 1986, lorsque 35 parlementaires se sont fait élire sous son étiquette à la faveur d’une révision du mode de scrutin.

Durant le quinquennat Hollande, ses deux seuls députés, en comptant Gilbert Collard (apparenté), ont tenu pour l’essentiel un rôle d’observateurs, perdus dans les hauteurs de l’hémicycle, au dernier rang, tout à droite.

“Notre objectif, c’est d’assurer une entrée massive, non pas simplement pour la performance elle-même mais pour assurer une opposition solide, déterminée dans les cinq prochaines années”, a déclaré la semaine dernière Nicolas Bay, directeur de campagne pour les législatives, lors d’une conférence de presse.

Car le FN se présente, depuis son accession au second tour de la présidentielle, comme la première force d’opposition à Emmanuel Macron, et érige Marine Le Pen en chef de file des mécontents face à la coalition hétéroclite des ralliés au pouvoir, Républicains et socialistes confondus.

Nicolas Bay fonde ses espoirs sur les données de la présidentielle : le 7 mai dernier, Marine Le Pen a dépassé les 50% dans 45 circonscriptions législatives et obtenu au moins 45% des voix dans près de 70 autres.

“PAS MAÎTRE DE SON DESTIN”

Mais, en interne, on croit de moins en moins à l’hypothèse d’une déferlante à l’Assemblée nationale depuis la prestation de Marine Le Pen lors du débat de l’entre-deux-tours - un ratage, de son propre aveu - et la déception du résultat final (33,9%).

“La vendange sera de qualité moyenne et l’idée a été intériorisée”, selon un cadre du parti. “Je crois qu’on n’en tiendra grief à personne.”

Le FN n’a de toute façon aucune assurance de compter ses futurs députés par dizaines, souligne Thomas Ehrhard, maître de conférence en sciences politiques à l’université Panthéon-Assas.

“Je considère que ce sera un succès si le FN arrive à avoir un groupe et rien ne garantit qu’ils y parviendront”, juge-t-il. “Je table plutôt sur l’hypothèse basse, c’est-à-dire qu’ils n’atteignent pas le seuil d’un groupe parlementaire.”

Traditionnellement, les perdants d’une présidentielle bénéficient d’une dynamique moins favorable que les vainqueurs.

A ce facteur, il faut ajouter les nombreuses incertitudes, comme les configurations de second tour, l’effet produit sur l’électorat frontiste par la retraite anticipée de Marion Maréchal-Le Pen ou le nombre, particulièrement élevé cette année, des sortants qui ne briguent pas leur succession.

Autrement dit, “le FN n’est pas maître de son destin”, selon Thomas Ehrhard.

Les législatives revêtent pourtant une importance capitale pour le parti qui laisse, depuis un mois, apparaître ses divisions.

LA “RÉSILIENCE” DU FN

Au-delà du débat sur l’opportunité de conserver la sortie de l’euro dans le programme, dirigeants et militants se déchirent sur le cas Florian Philippot, tenu par une partie de l’appareil comme le principal responsable de l’échec du 7 mai.

Déjà en butte à la méfiance de certains, le vice-président a soulevé une vague de protestations sans précédent en lançant une association, les Patriotes, qu’il présente comme un laboratoire d’idée et en menaçant de rendre sa carte si le parti devait faire volte-face sur l’euro.

Le prochain congrès, prévu à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine, est annoncé comme le lieu où seront tranchés sujets les plus épineux.

Mais, sans attendre, pro et anti-Philippot ont commencé à s’écharper en public, à l’image de deux conseillers régionaux frontistes, Pascal Gannat (Pays-de-Loire) et Kévin Pfeffer (Grand Est), qui se sont livrés à des échanges acerbes sur Twitter dans la nuit de lundi à mardi.

Il faut toutefois se garder d’annoncer l’éclatement du FN, qui a démontré dans le passé sa capacité de “résilience”, selon le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite.

“Méfions-nous des moments où le Front échoue et où l’on prévoit sa disparition. Il ne faut pas oublier qu’il est à la tête d’un capital de voix. Et à la présidentielle, ce capital était élevé (10,6 millions-NDLR)”, juge-t-il.

Avec ces législatives, “il peut se confirmer que sa nature est d’être confiné à une position de contre-pouvoir ou à ce qu’on appelait, en parlant du Parti communiste, une fonction tribunicienne”, ajoute-t-il.

Edité par Yves Clarisse

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