May 30, 2017 / 3:58 PM / a year ago

Quinze jours de présidence Macron entre rupture et tradition

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a donné en l’espace de quinze jours le ton de la présidence qu’il entend incarner, tournant ostensiblement le dos aux quinquennats Hollande et Sarkozy et renouant avec le statut de chef d’Etat “jupitérien” des années de Gaulle et Mitterrand dont il revendique la ligne en matière de diplomatie.

Emmanuel Macron a donné en l'espace de quinze jours le ton de la présidence qu'il entend incarner, tournant ostensiblement le dos aux quinquennats Hollande et Sarkozy et renouant avec le statut de chef d'Etat "jupitérien" des années de Gaulle et Mitterrand dont il revendique la ligne en matière de diplomatie. /Photo prise le 14 mai 2017/REUTERS/Alain Jocard

“Emmanuel Macron, c’est un personnage complexe qui est fait de modernité et de tradition, sa modernité est construite dans la tradition”, souligne Christian Delporte, spécialiste d’histoire politique et professeur à l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

“Il y a eu toute une série de symboles le soir de son élection, et même avant, des références subliminales aux grands chefs d’Etat”, ajoute-t-il. “On est dans une sorte de retour aux sources de la Ve République”.

Profitant de ses premiers pas sur la scène internationale et du début des négociations sur la réforme du droit du travail, premier test de son mandat, le nouveau chef de l’Etat a multiplié les prises de distance avec Nicolas Sarkozy et François Hollande en matière de gouvernance.

Parole rare, communication maîtrisée, le plus jeune président de la Ve République avait prévenu pendant la campagne qu’il ne serait pas un président “de l’événement et de la réaction [qui] banalise la fonction”.

A l’exception des quelques phrases accordées au Journal du Dimanche dans lesquelles il commente sa longue poignée de mains avec son homologue américain Donald Trump, Emmanuel Macron a eu depuis son investiture officielle un rapport avec les journalistes limité aux conférences de presse, en marge de sommets internationaux.

DOMAINES RÉGALIENS

De quoi trancher avec la présidence sortante.

“Ce choix s’explique par sa vision présidentielle : si le président de la République prend de la hauteur, il ne peut pas être dans le dialogue quotidien avec les journalistes”, souligne Christian Delporte. “La parole doit se faire rare pour qu’elle soit attendue. C’est en quelque sorte un retour à une certaine normalité, à ce que doit être un président sous la Ve République”.

Au-delà de cette communication maîtrisée - consigne a été passée auprès des ministres d’éviter les confidences à la presse - le retour à la tradition est également perceptible dans son choix des ministres régaliens et dans la répartition des rôles avec son Premier ministre Edouard Philippe.

“Le président préside, il ne gouverne pas”, a répété à plusieurs reprises Emmanuel Macron lors de la campagne. A lui le long terme et la définition de caps, au Premier ministre les arbitrages quotidiens ou de moyen terme, souligne son entourage.

En ne reconduisant pas Jean-Yves Le Drian à la Défense, le chef de l’Etat semble également avoir voulu reprendre la main sur des dossiers régaliens et les décisions stratégiques et militaires qui avaient été délaissées par François Hollande au profit de l’élu breton.

Pour Stéphane Rozès, politologue et président de CAP, les quinze premiers jours de la présidence Macron marquent une rupture très nette avec ses deux prédécesseurs.

“La rupture avec Nicolas Sarkozy, c’est qu’Emmanuel Macron porte en majesté la fonction présidentielle. Quant à sa rupture avec François Hollande, c’est que sa présidence est l’inverse de la présidence banale, normale”, poursuit-il. “Il assume le fait d’agir au plan européen, international et national pour promouvoir la place de la France et de son action là où Hollande pouvait agir mais jamais ne l’énonçait”.

TENIR SUR LA DURÉE

Sur l’international, Emmanuel Macron a revendiqué ces derniers jours, au fil de ses rencontres bilatérales, son “pragmatisme”, que ce soit vis-à-vis de Donald Trump ou de Vladimir Poutine, à qui il a fait part de ses “désaccords” sur certains sujets, parfois de manière abrupte, tout en laissant la porte ouverte à la discussion.

Son optimisme à l’issue de sa rencontre avec le président américain la semaine dernière, sur la question du climat, a tranché avec les doutes exprimés par la chancelière allemande Angela Merkel qui a évoqué “un climat difficile”.

“Il s’est distingué de Merkel lors du G7 face à Trump”, note Stéphane Rozès. Emmanuel Macron a “une confiance dans la capacité des Français à entendre l’énonciation des choses, une confiance quant à la place de la France et de l’Europe dans le monde et une confiance que c’est dans le mouvement qu’on trouve ses propres marges de manoeuvre”.

Vis-à-vis de Moscou, cette confiance se traduit par la “prise en compte de l’imaginaire russe, du besoin par rapport à l’inquiétude russe de reconnaître à la fois la grandeur et la puissance du peuple russe et à la fois de pouvoir s’adresser d’égal à égal avec Poutine”.

Reste à déterminer si ce “retour aux sources” de la Ve République tiendra sur la durée et face aux difficultés.

“Est ce que c’est possible à une époque où, contrairement à De Gaulle et Mitterrand, il y a l’information en continu et il y a les réseaux sociaux? Ça marche uniquement quand tout va bien”, souligne Christian Delporte. “Avec l’affaire Ferrand aujourd’hui, on a un cas d’école : Emmanuel Macron reste pour l’instant en haut, protégé par le fusible Edouard Philippe, alors que ce serait à lui de régler cette question”.

Edité par Yves Clarisse

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