May 2, 2017 / 11:09 AM / a year ago

L'Eglise aborde le second tour en ordre dispersé

par Marine Pennetier

Les catholiques de France abordent le second tour de l'élection présidentielle en ordre dispersé, tiraillés entre la défense des valeurs familiales qu'incarnerait selon une partie d'entre eux Marine Le Pen et le traditionnel "front républicain" qui passerait par un appel clair à voter pour Emmanuel Macron. /Photo prise le 9 avril 2017/REUTERS/Tony Gentile

PARIS (Reuters) - Les catholiques de France abordent le second tour de l’élection présidentielle en ordre dispersé, tiraillés entre la défense des valeurs familiales qu’incarnerait selon une partie d’entre eux Marine Le Pen et le traditionnel “front républicain” qui passerait par un appel clair à voter pour Emmanuel Macron.

Contrairement aux institutions juives, protestantes et musulmanes qui ont appelé à faire barrage à la candidate du Front national dimanche prochain, l’Eglise a semblé tergiverser ces derniers jours, une prudence qui a suscité l’incompréhension et un certain agacement dans ses rangs.

Dès les résultats du premier tour connus, la Conférence des évêques de France (CEF) a publié un communiqué dans lequel elle a appelé “à construire une société plus juste, plus fraternelle dans ses diversités et plus respectueuse de chacun”.

L’Eglise, a-t-elle souligné, n’a pas vocation à appeler à “voter pour l’un ou l’autre candidat” mais à “donner à chacun des éléments pour son discernement propre”, citant notamment la question de la famille, de l’Europe ou des migrants.

Une note qui tranche avec la position claire prise en 2002 par Mgr Jean-Pierre Ricard, président de la CEF, et de nombreuses figures de l’Eglise, avant le second tour opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen.

A l’époque, le président de la commission sociale de l’épiscopat français, Mgr Olivier de Berranger, estimait qu’aucun “catholique clairvoyant ne p[ouvait] voter Le Pen héritier d’une tradition totalitaire et antichrétienne”.

PRISES DE POSITION INDIVIDUELLES

Quinze ans plus tard, l’appel officiel a cédé la place à des prises de positions individuelles.

Premier à réagir, l’évêque de Troyes (Aube) Marc Stenger a mis en garde mercredi dernier, sur son compte Twitter, contre un vote Front national.

“Quel bulletin de vote le 7 mai? Pas celui de la peur, de la haine, du rejet, du mensonge, de l’exclusion, du repli : c’est l’opposé de l’Evangile”, a-t-il écrit.

“Affaiblir l’Europe et diviser les Français ? Non à Mme Le Pen. Je choisis plus que jamais l’espérance”, a renchéri Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier (Côtes d’Armor).

L’archevêque de Poitiers, Mgr Pascal Wintzer, a annoncé pour sa part qu’il ne voterait pas pour Marine Le Pen, estimant que “vouloir fermer les portes d’un pays est totalement illusoire” et serait “à l’évidence contre-productif”.

A Paris, le centre pastoral de Saint-Merry a publié un communiqué intitulé “Nous sommes catholiques et au second tour nous voterons Macron” face au “danger d’un vote Front national”.

“Face à un risque majeur, le chrétien ne peut se taire. Il doit s’engager”, peut-on y lire.

Côté politique, le président socialiste de l’Assemblée Claude Bartolone a dénoncé la semaine dernière “le prêchi-prêcha de l’Eglise catholique”, disant préférer “l’Eglise de 2002, qui a eu le courage de nommer, de dénoncer l’extrême droite”.

Mardi, c’est au tour du quotidien catholique La Croix de prendre position et d’appeler à voter pour le leader d’En Marche! “avant qu’il ne soit trop tard”.

“Notre journal n’a pas coutume d’exprimer une préférence parmi les candidats à une élection”, écrit Guillaume Goubert dans son éditorial.

“Parce que l’enjeu est considérable pour la France et l’Europe, parce que trop de responsables politiques ont adopté une position sibylline, parce qu’il y a le risque d’un résultat acquis par inadvertance, il nous paraît nécessaire de dire clairement ce que nous jugeons préférable”, ajoute-t-il.

LE PAPE BOTTE EN TOUCHE

Ces dernières années, les digues entre la droite catholique conservatrice et le Front national ont cédé, notamment sous l’effet de la Manif pour tous, organisation à la pointe de la contestation contre le mariage homosexuel.

Le mouvement a exprimé la semaine dernière son opposition à Emmanuel Macron, “candidat ouvertement anti-famille” et son émanation politique, Sens Commun, s’est elle refusée à donner une consigne de vote en évoquant la “liberté de conscience”.

Le blog traditionaliste Salon Beige a de son côté relayé l’appel du collectif Antioche, qui réunirait plusieurs évêques, à voter pour Marine Le Pen.

Cette frange de l’électorat catholique s’est réjouie des déclarations du pape François ce week-end, qui, interrogé sur le scrutin présidentiel français, a botté en touche et refusé de se prononcer.

“Je sais qu’un des candidats est un représentant de la droite forte mais l’autre, vraiment, je ne sais pas d’où il vient et c’est pour cela que je ne peux pas donner une opinion tranchée sur la France”, a dit le souverain pontife, qui avait critiqué ouvertement Donald Trump lors de la campagne présidentielle américaine.

Au premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen a séduit 23% des catholiques, soit un peu moins qu’Emmanuel Macron (24%) et loin derrière le candidat de la droite et du centre François Fillon ((28%) selon un sondage Harris Interactive.

Un autre sondage, Ifop cette fois, donnait la candidate du FN et le leader d’En Marche! à égalité, à 22%.

A cinq jours du second tour, Emmanuel Macron reste le favori des sondages face la candidate du parti d’extrême droite[L8N1I42J0].

Edité par Yves Clarisse

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