March 6, 2017 / 5:32 AM / a year ago

Fillon reste, l'hypothèse Juppé en suspens

PARIS (Reuters) - François Fillon a réitéré dimanche soir son refus de renoncer à la présidentielle, malgré son isolement et les pressions de son camp, estimant que toute candidature alternative, dont celle d’Alain Juppé, signerait l’échec de la droite et du centre.

François Fillon a réitéré dimanche soir son refus de renoncer à la présidentielle, malgré son isolement et les pressions de son camp, estimant que toute candidature alternative, dont celle d'Alain Juppé, signerait l'échec de la droite et du centre. /Photo prise le 5 mars 2017/REUTERS/Philippe Wojazer

L’ancien Premier ministre, menacé d’une mise en examen le 15 mars dans l’enquête sur les emplois présumés fictifs dont auraient bénéficié son épouse et ses enfants, a assuré sur France 2 qu’il n’était ni “jusqu’au-boutiste” ni “autiste”.

Il a ajouté qu’il prendrait des initiatives “dans les prochains jours” pour “rassembler” sa famille politique avec la conviction que seul son projet peut faire rempart à la candidate du Front national (FN), Marine Le Pen.

Fort de la mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de partisans en sa faveur au Trocadéro, à Paris, - il a parlé de 200.000 personnes - François Fillon a souligné que “personne n’a[vait] le pouvoir de [l’]obliger à retirer [s]a candidature”.

“Ma décision a été confortée aujourd’hui par ce rassemblement populaire dont tout le monde pensait qu’il serait un échec et qui a été une réussite”, a-t-il expliqué.

“Cela ne veut pas dire que je ne discute pas, que je n’écoute pas, que je ne suis pas prêt à dialoguer”, a-t-il souligné, précisant qu’il se rendrait lundi soir devant le comité politique de son parti, Les Républicains, une instance qu’il a créée à la suite de sa victoire à la primaire le 27 novembre 2016 et qui réunit les ex-candidats à la primaire ou leurs représentants. Ce conclave n’a pas de pouvoir exécutif.

“Ce n’est pas le parti qui va décider. Ce n’est pas dans les coulisses qu’on va choisir”, a prévenu François Fillon.

“Ce ne sont pas des présidents de région ou des anciens candidats à la primaire qui vont prendre la décision à ma place. Je suis le seul à pouvoir la faire, je le ferai en cherchant à chaque instant l’intérêt général”, a-t-il ajouté.

Les présidents LR de région Valérie Pécresse (Ile-de-France), Christian Estrosi (Provence-Alpes-Côte d’Azur) et Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ont exprimé le souhait dimanche de s’entretenir avec le candidat afin de “restaurer l’unité de la droite et du centre”.

JUPPÉ POURRAIT S’INCLINER

François Fillon a dit parler “régulièrement” avec Nicolas Sarkozy et avoir informé Alain Juppé de chacune de ses décisions.

L’ancien président et le maire de Bordeaux, incontournables dans la résolution de la crise actuelle, se sont parlé “longuement” samedi soir, dit-on, sans plus de précisions, de sources proches de la direction du parti Les Républicains.

Alain Juppé a annoncé dimanche soir qu’il s’adresserait à la presse lundi à 10h30 à Bordeaux. Selon L’Obs, il exclurait une candidature dans tous les cas de figure.

L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, que nombre d’élus de LR et de l’UDI considèrent comme le seul recours possible, a toujours déclaré qu’il ne se prêterait pas à un “plan B contre la volonté” de François Fillon. Les propos de ce dernier dimanche soir le confortent dans cette position.

“Le fondement de la position d’Alain Juppé, c’est à la fois la loyauté et le pragmatisme. Si cela ne vient pas de François Fillon, il ne va pas faire un putsch pour le déstabiliser”, a dit à Reuters Jean Leonetti, député LR des Alpes-Maritimes qui a soutenu le maire de Bordeaux lors de la primaire.

“Si les électeurs de la droite et du centre avaient voulu le projet d’Alain Juppé, ils auraient voté pour Alain Juppé”, a déclaré François Fillon sur France 2.

Insistant sur son ouverture, sa compréhension des “difficultés” et des “critiques”, François Fillon a fait amende honorable, comme lors de son discours au Trocadéro où il a présenté à plusieurs reprises ses excuses pour les faits visés par la justice et sa défense maladroite. Il s’est toutefois redit “innocent” sur France 2.

“Peut-être que ma réaction a parfois été trop violente. Mais elle est à la mesure de la violence que j’ai reçue”, a-t-il plaidé.

“SI J’AVAIS ÉTÉ MIS EN EXAMEN IL Y A DEUX MOIS”

La “juppéiste” Fabienne Keller a salué dimanche soir sur BFM TV la modération de ses propos. Ses attaques contre la justice, mercredi, avaient choqué dans son camp et expliquent pour beaucoup les défections intervenues depuis dans son équipe.

Quant à son revirement sur l’hypothèse d’une mise en examen (il avait affirmé le 26 janvier qu’il se retirerait dans ce cas, avant d’annoncer qu’il irait jusqu’au bout), il a assuré ne rien renier de ses engagements mais a argué d’une coïncidence suspecte entre le calendrier judiciaire et la campagne.

“Si j’avais été mis en examen il y a deux mois, je n’aurais pas été candidat à l’élection présidentielle”, a-t-il dit.

La convocation des juges le 15 mars, deux jours avant la date-limite de dépôt des parrainages, “c’est fait pour m’empêcher d’être candidat”. “Et il faudrait que, parce qu’on m’impose ce calendrier, je renonce ?”

Le “sarkozyste” Gérald Darmanin a annoncé dimanche soir sur Twitter, à la suite de ces propos, qu’il démissionnait de ses fonctions de secrétaire général adjoint de LR.

“Le respect de la parole donnée est la seule façon de lutter contre le FN. La trahir, c’est creuser le fossé avec le peuple. Ce n’est pas comme cela que j’imagine l’engagement politique national”, écrit-il.

Malgré les fractures, François Fillon ne perd pas l’espoir de ressouder son camp, de convaincre “certains de ceux qui sont partis”, pour empêcher le duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, pronostiqué actuellement par les sondages.

“Je proposerai dans les prochains jours la constitution de cette équipe qui démontrera que je suis capable de rassembler pour la campagne mais aussi pour le gouvernement”, a-t-il dit sur France 2, citant les “sarkozystes” François Baroin, Luc Chatel et Eric Ciotti qui étaient à ses côtés au Trocadéro, comme Christian Jacob.

Lors de son discours, il avait fustigé “la fuite en canard d’un camp vers l’autre”, “la désertion assumée sans honte et aussi sans orgueil”.

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below