March 2, 2017 / 2:49 PM / a year ago

La campagne de Fillon entre défections et appels à Juppé

PARIS (Reuters) - François Fillon a repris jeudi le fil ténu de sa campagne malgré des troupes en plein doute dont les rangs commencent à se clairsemer depuis l’annonce de sa possible mise en examen.

François Fillon a repris jeudi le fil ténu de sa campagne, dans "une posture gaullienne" selon Bruno Retailleau, malgré des troupes en plein doute dont les rangs commencent à se clairsemer depuis l'annonce de sa probable mise en examen. /Photo prise le 2 mars 2017/REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Quatre soutiens de poids d’Alain Juppé, dont son ancien directeur de campagne Gilles Boyer, ont annoncé leur retrait de l’équipe du candidat de la droite et du centre à l’Elysée.

Plusieurs élus Les Républicains et UDI en appellent désormais ouvertement à Alain Juppé, finaliste malheureux de la primaire, mais si le maire de Bordeaux “est prêt techniquement”, il n’incarnera un recours que s’il y est “unanimement invité”, souligne son entourage. Une vingtaine de maires de droite et du centre ont par ailleurs cosigné un appel au retrait du candidat.

François Fillon, en déplacement dans le Gard, a balayé cette nouvelle salve de mauvaises nouvelles en s’en remettant au peuple. “Je m’appuie sur les Français, ce sont les Français qui se prononceront”, a-t-il dit à la presse. “La base, elle tient”.

Après la démission de son représentant aux affaires internationales Bruno Le Maire, ce sont le directeur adjoint de la campagne, le “lemairiste” Sébastien Lecornu, et le “juppéiste” Vincent Le Roux, conseiller auprès du directeur de campagne Patrick Stefanini, qui avaient fait défection jeudi matin.

Dans l’après-midi, les députés Benoist Apparu, Edouard Philippe et Christophe Béchu, suivi par Gilles Boyer, ont signifié la désapprobation juppéiste.

“La tournure que prend aujourd’hui la campagne nous apparaît incompatible avec notre façon d’envisager l’engagement politique”, expliquent les trois députés dans un communiqué.

“PEU IMPORTE!”

Dans une tribune publiée dans Le Figaro, l’ancien Premier ministre chiraquien Dominique de Villepin estime que François Fillon “emporte son camp dans une course vers l’abîme”.

Les jeunes “juppéistes” du collectif “5 ans pour des idées” quittent également l’équipe de campagne, jugeant dans un communiqué que François Fillon, qui a décidé de maintenir sa candidature malgré sa convocation par les juges le 15 mars, “fait courir un danger mortifère” à la droite.

“Des ‘petites mains’ ont aussi décidé de partir. Elles n’arrivent plus à faire campagne, nous disent-elles, ce n’est plus possible”, a dit à Reuters une source proche de LR.

“Peu importe!”, a lâché sur RTL le lieutenant en chef de François Fillon, Bruno Retailleau, qui a implicitement imputé ces départs à un manque de courage.

“Dans la tempête, il y a des gens qui tiennent, et il y a des gens qui tiennent moins”, a-t-il dit, ajoutant qu’il ne refusait à “personne le fait de pouvoir s’interroger”.

Lors d’une réunion de l’état-major de campagne jeudi matin au QG, le président du Sénat Gérard Larcher, compagnon de longue date de François Fillon, et le secrétaire général de LR, Bernard Accoyer, autre “filloniste”, étaient absents.

Tous deux avaient appelé mercredi le candidat à se retirer lors d’une matinée aux allures de psychodrame où, selon plusieurs sources au fait des discussions, l’hypothèse d’une candidature de substitution d’Alain Juppé a été retenue, avant que Nicolas Sarkozy ne s’y oppose.

“L’HOMME DE LA SITUATION”

Lors de la réunion de jeudi, à laquelle participaient entre autres Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, François Baroin, Eric Woerth, des réserves ont été émises, par la présidente LR d’Ile-de-France notamment, sur le rassemblement de soutien au candidat dimanche à Paris, a dit une source proche du parti.

Présentée initialement comme une manifestation “contre les juges” par Valeurs actuelles, cette initiative, dont l’organisation est confiée à Sens commun, émanation politique de “La Manif pour tous”, a choqué, notamment chez les “juppéistes”.

“Nous ne participerons pas à cette campagne nauséabonde, aux relents d’années 30, visant à jeter l’opprobre sur les journalistes, la justice, et l’ensemble des corps intermédiaires”, écrivent les membres de “5 ans pour des idées”.

“Plus que jamais, ajoutent-ils, nous pensons qu’Alain Juppé est l’homme de la situation”.

Des élus appellent à parrainer Alain Juppé pour un éventuel scénario alternatif. François Fillon, qui bénéficie déjà des 500 parrainages nécessaires à sa candidature, est convoqué chez les juges deux jours avant la date-limite du dépôt des paraphes.

“Alain Juppé est techniquement prêt à y aller”, précise-t-on dans l’entourage du maire de Bordeaux, “qui n’entend pas s’exprimer dans la situation actuelle”. “Si l’appel à sa candidature est unanime, il le considérera”, ajoute-t-on.

“La vérité, c’est que la ‘Sarkozie’ est contre lui”, souligne un proche du premier cercle. “Alain Juppé le sait, Nicolas Sarkozy fera tout pour l’empêcher”.

Sophie Louet avec Simon Carraud à Paris, Claude Canellas à Bordeaux et Gilbert Reilhac à Strasbourg

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