February 22, 2017 / 3:50 PM / in a year

Clap de fin pour une législature marquée par les déchirements

par Emile Picy

La quatorzième législature de la Ve République, entamée en juin 2012, s'est achevée mercredi après cinq années particulièrement agitées pour laisser place aux campagnes présidentielle puis législatives du printemps en France, totalement indécises. /Photo prise le 2 novembre 2016/REUTERS/Jacky Naegelen

PARIS (Reuters) - La quatorzième législature de la Ve République, entamée en juin 2012, s’est achevée mercredi après cinq années particulièrement agitées pour laisser place aux campagnes présidentielles puis législatives du printemps en France, totalement indécises.

Tout au long du difficile quinquennat de François Hollande, la majorité de gauche s’est peu à peu affaiblie et l’opposition de droite a connu des moments d’extrême tension conduisant même à une brève scission de son principal groupe, celui de l’UMP rebaptisé Les Républicains (LR) en juin 2015.

La majorité présidentielle issue des élections de juin 2012, s’est progressivement désintégrée avec la prise de distance du groupe Front de gauche, l’implosion de celui des écologistes et enfin la montée en puissance des “frondeurs”, aile gauche très critique du groupe PS.

Un gâchis pour certains députés socialistes comme Christophe Caresche, un légitimiste qui ne briguera pas un nouveau mandat.

“Oui il y a de l’amertume”, a-t-il confié mardi avant la dernière réunion du groupe PS de la législature. “J’ai passé dix ans dans l’opposition, je pensais qu’en revenant à la majorité, aux responsabilités, on aurait pu, on aurait dû faire mieux.”

Le “frondeur” Pascal Cherki a quant à lui mis les divisions de son camp sur le dos de l’exécutif.

“Le gouvernement et le président de la République se sont enfermés dans une posture qui les a privés d’une capacité d’écoute de leur majorité et donc d’écoute du pays”, a-t-il dit devant la presse.

L’effritement à gauche s’est amorcé dès octobre 2012, lorsque les députés Front de gauche et certains écologistes et socialistes ont refusé de voter le pacte budgétaire européen, finalement adopté avec l’appui de la droite et du centre.

Le Front de gauche s’est abstenu avant de voter contre les projets de loi de finances (PLF) et les projets de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). De plus en plus critique, il fut plus tard rejoint par des “frondeurs” écologistes et socialistes.

Quant au premier groupe écologiste de l’Assemblée de l’histoire, créée en juin 2012, il implosa en mai 2016 avec le départ au PS de six “réformistes”. L’aile gauche conduite par Cécile Duflot vint grossir les rangs des non-inscrits et retrouver plusieurs ex-socialistes comme Pouria Amirshahi.

Seul les radicaux de gauche sont demeurés, à quelques exceptions près, de fidèles alliés de l’exécutif.

De crises en psychodrames, le groupe socialiste a vu s’éroder la confortable majorité absolue qu’il détenait seul en début de législature. D’abord avec une suite de défaites ininterrompues lors de législatives partielles. Ensuite avec la “grogne” grandissante en son sein qui s’est traduite par le départ de plusieurs élus et la montée des “frondeurs”.

Une colère qui a atteint son paroxysme avec l’examen de deux projets de loi en 2015 et 2016 : celui d’Emmanuel Macron sur la libéralisation de l’économie et celui de Myriam El Khomri sur la réforme du Code du travail contestée par les syndicats.

L’UMP ET LE R-UMP

Elus Front de gauche, contestataires, écologistes et “frondeurs” socialistes ont ainsi tenté - une première sous la Ve République - de censurer le gouvernement pour protester contre le “virage libéral” et l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution permettant de faire adopter un texte sans vote.

La primaire de gauche de janvier 2016 a provoqué de nouveaux remous entre partisans de l’ancien ministre devenu “frondeur” Benoît Hamon et de l’ancien chef du gouvernement, Manuel Valls.

Plusieurs élus, comme Richard Ferrand, se sont mis en retrait pour rejoindre le mouvement En marche! de l’ancien ministre Emmanuel Macron, candidat à l’Elysée.

L’opposition de droite a connu elle aussi des tensions.

La “guerre des chefs” entre François Fillon et Jean-François Copé, qui revendiquaient chacun la victoire à la présidence de l’UMP, provoqua même une scission du groupe d’opposition.

Le 27 novembre 2012, 71 députés emmenés par François Fillon quittèrent le groupe UMP pour constituer le Rassemblement-UMP (RUMP). Un accord mit fin à l’aventure le 16 janvier 2013.

Le groupe connut de nouvelles tensions avec la primaire de novembre 2016 qui vit d’affronter “fillonistes”, “sarkozystes” et “juppéistes”. Des tensions ravivées début 2016 au moment de l’affaire des emplois présumés fictifs de l’épouse du vainqueur de la primaire, François Fillon.

Ces cinq années à l’Assemblée furent marquées par de longs débats, parfois très tendus, comme lors de l’examen du texte sur le mariage homosexuel, en 2012 et 2013.

ÉMOUVANTE MARSEILLAISE

Il y eut aussi de grands moments de concorde nationale.

Après les pires attentats de l’histoire du pays, en novembre 2015, plusieurs projets de loi visant à renforcer l’arsenal sécuritaire furent adoptés à la quasi unanimité et l’état d’urgence prolongé à cinq reprises.

Le 13 janvier 2015, après les tueries de Charlie Hebdo, les députés entonnèrent debout dans l’hémicycle une Marseillaise - une première depuis la fin de la Première Guerre mondiale, ce qui se répétera le 16 novembre 2015, lorsque députés et sénateurs se réunirent en Congrès à Versailles au lendemain de nouveaux attentats à Paris et en banlieue.

Mais l’annonce présidentielle sur la déchéance de nationalité pour les auteurs d’actes terroristes fut à l’origine de profondes divisions à droite comme à gauche, avant d’être abandonnée.

Le Sénat ne fut pas épargné par les tensions.

Dès le début de la législature, le groupe Front de gauche du Sénat rua dans les brancards, refusant de voter de nombreux textes. Résultat : la faible majorité de gauche issue du renouvellement de septembre 2011 devint vite virtuelle.

La victoire de la droite aux sénatoriales de septembre 2014 mis fin au faux suspense.

Les législatives des 11 et 18 juin, dans la foulée de la présidentielle des 23 avril et 8 mai, vont profondément modifier la physionomie de l’Assemblée.

De nombreux députés ont décidé de ne pas se représenter pour différentes raisons : âge, peur d’une défaite annoncée, respect de la nouvelle législation sur le cumul des mandats qui interdit d’être à la fois parlementaire et maire.

Le Sénat, soumis à la moitié de son renouvellement le 24 septembre, devrait lui aussi changer sans que la majorité de droite puisse être menacée. Mêmes motifs : l’âge pour certains mais aussi la règle du non cumul des mandats.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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