November 20, 2016 / 2:02 PM / 2 years ago

Les électeurs aux urnes pour une primaire à suspense

PARIS (Reuters) - Plus d’un million de personnes avaient déjà participé dimanche à la mi-journée au premier tour de la primaire de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de 2017 dans deux tiers des bureaux de vote, a annoncé le président du comité d’organisation de la primaire.

Le suspense plane sur l'issue du premier tour de la primaire dont les "résultats complets" sont attendus "entre 23h00 et minuit". L'ex-président Nicolas Sarkozy et les deux anciens Premiers ministres Alain Juppé et François Fillon semblent avoir des chances équivalentes d'accéder au second tour de cette primaire, dimanche prochain, mais seules deux places sont en jeu. /Photo prise le 20 novembre 2016/REUTERS/Eric Gaillard

“A midi, sur 6.874 bureaux - je vous rappelle qu’on en a 10.228 - donc sur 67% de nos bureaux, à midi, nous avions 1,138 million de votants ce qui nous permet d’apprécier une participation qui manifestement est très importante”, a dit Thierry Solère dans l’émission “Le Grand Jury” (RTL-Le Figaro-LCI).

“Il y a beaucoup de monde, il y a beaucoup de Français qui se mobilisent (...) je pense que nous dépasserons les trois millions de votants”, avait-il dit un peu plus tôt.

Des queues se sont formées dès l’ouverture des bureaux de vote à 08h00, notamment dans les grandes villes, avec parfois une trentaine de minutes d’attente, y compris pour les candidats eux-mêmes.

“On en avait marre de Hollande, donc il faut l’alternance”, a dit Marion, une juriste de 55 ans venue voter pour Alain Juppé, dans le 1er arrondissement de Paris.

Des sympathisants de gauche, convaincus d’une élimination de la gauche au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, ont également fait le déplacement.

“Je viens du centre gauche et j’estime qu’actuellement la droite a plus de chance d’avoir la présidence de la République et que le candidat le plus modéré me convient”, a expliqué Pierre, venu voter dans le 7e arrondissement de Paris.

“Je ne suis pas du tout de droite, je suis vraiment à gauche et je veux vraiment contrer Sarkozy”, a indiqué pour sa part Emeline. “Je sais que la gauche ne sera pas du tout présente au second tour donc je veux juste contrer Sarkozy et (la présidente du Front national-NDLR) Marine Le Pen”.

SUSPENSE

Le suspense plane sur l’issue du premier tour de la primaire, un exercice inédit pour les électeurs de droite et du centre en France, dont les “résultats complets” sont attendus “entre 23h00 et minuit”, selon la présidente de la Haute autorité pour la primaire, Anne Levade, invitée sur Europe 1.

L’ex-président Nicolas Sarkozy et les deux anciens Premiers ministres Alain Juppé et François Fillon semblent avoir des chances équivalentes d’accéder au second tour de cette primaire, dimanche prochain, mais seules deux places sont en jeu.

Le duel annoncé depuis des mois par les instituts de sondage entre Alain Juppé, qui survolait le classement depuis deux ans, et Nicolas Sarkozy, revenu à la tête de l’ex-UMP pour préparer la revanche de 2012, s’est mué en tiercé dans la dernière ligne droite avec la soudaine embellie de François Fillon.

L’ordre d’arrivée du trio, face à quatre “outsiders” relégués à l’arrière-plan (Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé et Jean-Frédéric Poisson), reste une inconnue tant les chiffres des intentions de vote se sont resserrés dans les ultime jours de la campagne.

Selon la dernière étude d’Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, publiée vendredi soir, François Fillon dépasse pour la première fois ses deux rivaux, avec 30% des intentions de vote, contre 29% à Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

Le corps électoral demeure la première incertitude du scrutin qui s’est tenu samedi en Guyane, en Guadeloupe ou en Martinique.

VAINQUEUR POTENTIEL

L’issue du premier tour dépendra du degré de mobilisation de chaque camp. A cette aune, le pari d’Alain Juppé, qui s’est positionné sur le créneau du rassemblement, des “déçus du hollandisme” à ceux du Front national, en passant par les centristes de l’UDI et du MoDem, paraît le plus risqué.

Nicolas Sarkozy, candidat autoproclamé de “la majorité silencieuse”, a quant à lui appliqué sans relâche la stratégie du clivage, galvanisant sa base militante et tablant sur une participation mesurée, de l’ordre de 2,5 millions d’électeurs.

François Fillon, qui se revendique d’une ligne radicale thatchérienne, aura creusé son sillon dès 2013, suscitant un intérêt poli au fil d’un tour de France loin des médias où il aura inlassablement défendu son “programme de rupture”, stagnant autour de 10% d’intentions de vote.

Les sondages dont il s’est toujours défié l’ont soudainement promu au rang de vainqueur potentiel, confortant sa stratégie au long cours, faite de “sérieux” et de “droiture” selon ses mots.

Tenant du “renouveau”, l’ancien ministre Bruno Le Maire, 47 ans, trublion de l’élection à la présidence de l’UMP en 2014, a chuté brutalement du rôle envié de “troisième homme” après ses prestations lors des trois débats télévisés.

C’est Nathalie Kosciusko-Morizet, seule femme candidate, qui a relevé le pari de la modernité sur un ton frondeur, avançant des mesures iconoclastes face à “la revanche” (Sarkozy), “la nostalgie” (Juppé) et “la déprime” (Fillon).

Jean-François Copé, revenu du purgatoire judiciaire de l’affaire Bygmalion mais condamné à des scores confidentiels au côté de l’inconnu Jean-Frédéric Poisson, a défendu son projet de “droite décomplexée” tout en multipliant les attaques contre Nicolas Sarkozy, devenu l’ennemi numéro un.

Simon Carraud et Sophie Louet, avec Reuters TV, Marine Pennetier et Michel Rose, édité par Tangi Salaün

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