November 9, 2016 / 10:57 AM / 2 years ago

Donald Trump, le milliardaire contre les élites

par Bill Trott

Donald Trump, le milliardaire new-yorkais, star de la télé-réalité, maintenant président élu des Etats-Unis, a surtout su capter la colère de nombreux Américains contre l'élite de Washington jugée déconnectée du pays, pour remporter l'élection presidentielle. /Photo prise le 9 novembre 2016/REUTERS/Mike Segar

WASHINGTON (Reuters) - “Demain, la classe ouvrière américaine va contre-attaquer”, avait lancé Donald Trump lors de son ultime meeting de campagne, lundi soir dans le New Hampshire. Le milliardaire new-yorkais, star de la télé-réalité et pourfendeur des délocalisations, ne s’y est pas trompé.

Celui qui a mené campagne dans une débauche de scandales, de provocations et d’insultes, et avec un art consommé de l’usage des médias, a réussi à incarner le statut d’outsider antisystème, défenseur des laissés pour compte de l’économie américaine.

Après avoir déjoué toutes les prédictions depuis son entrée en campagne, le 16 juin 2015, depuis sa Trump Tower, à New York, il est allé au bout de son ambition, remportant mardi soir l’élection présidentielle aux Etats-Unis.

Donald Trump, qui s’exposait mardi pour la première fois de sa vie au verdict des urnes face à Hillary Clinton, a surtout su capter la colère de nombreux Américains contre l’élite de Washington jugée déconnectée du pays.

Et malgré les courbes des sondages qui s’écartaient de nouveau en faveur de la candidate démocrate dans les tout derniers jours de la longue campagne, il a continué de s’afficher plus sûr de lui que jamais, se disant porté par un “mouvement”.

LA MACHINE TRUMP

A chacun de ses meetings, Trump a attiré une foule de partisans enthousiastes. Ses admirateurs s’émerveillent qu’il “dise ce que tout le monde pense” et l’admirent pour sa dénonciation du “système” et son rejet des convenances.

Les autres voient en lui un misogyne, un démagogue, un raciste ou un prédateur sexuel. Ils le jugent incompétent, instable et incapable d’exercer la fonction présidentielle. Autant d’accusations qu’il balaie d’un revers de la main et qui, malgré quelques remous, n’ont pas enrayé sa marche vers la présidence.

Il ne lui a fallu que dix mois pour tailler en pièces tout ce que le Parti républicain comptait de postulants à la Maison blanche, à commencer par Jeb Bush, fils et frère d’anciens présidents qui avait la faveur des analystes et des politologues. Mais l’ex-gouverneur de Floride a jeté l’éponge très tôt dans la primaire républicaine, après un échec cinglant en Caroline du Sud en février.

Dès lors, la machine Trump était lancée. Après avoir un temps intrigué pour ne pas avoir à l’investir, les dirigeants républicains ont dû se rendre à l’évidence que rien ne l’arrêterait, même si nombre d’entre eux ont gardé leurs distances, ou ne lui ont apporté qu’un soutien de façade.

Investi le 21 juillet par le Grand Old Party à la convention de Cleveland, Trump devient à 70 ans le premier candidat sans aucune expérience politique depuis le général Dwight Eisenhower dans les années 1950.

POLÉMIQUES EN SÉRIE

L’ancienne vedette de la télé-réalité a attiré un nombre record d’électeurs pendant les primaires républicaines, qui se sont de nouveau déplacés aux urnes mardi, mais il a aussi ouvert des brèches béantes au sein du Parti républicain, au point d’avoir parfois semblé faire campagne contre son propre camp.

Il a choqué de nombreux Américains en déclarant qu’il ne reconnaîtrait pas forcément les résultats de l’élection, et a répété à l’envi qu’elle serait de toute façon “truquée” au bénéfice de sa rivale, “candidate du système” qu’il n’a jamais citée sans l’affubler du qualificatif “escroc” ou “corrompue” et a affirmé lors du deuxième débat télévisé de la campagne qu’elle finirait en prison s’il était élu.

Sa campagne a parfois tangué, juste après la convention de juillet par exemple quand il se lance dans une interminable polémique avec les parents d’un capitaine musulman de l’armée américaine mort au combat en Irak.

Il est de nouveau en difficulté début octobre lorsque le Washington Post diffuse une vidéo tournée à son insu en 2005 dans laquelle il raconte de manière crue à un journaliste que sa fortune et son statut de célébrité lui permettent d’agresser sexuellement des femmes en toute impunité. “On les attrape par la chatte. On peut faire tout ce que l’on veut”, l’entend-on dire.

Impassible face à l’avalanche de critiques et d’appels émanant de son propre camp à se retirer de la course, Donald Trump résume la question à une simple “conversation de vestiaire” qui “ne reflète pas” sa personnalité. Et il rejette avec le même aplomb les accusations de harcèlement ou d’agressions sexuels formulées dans les jours qui suivent par une dizaine de femmes.

RENDRE SA GRANDEUR À L’AMÉRIQUE

Pendant toute sa campagne, et en particulier lors de son discours devant la convention républicaine qui l’a investi à contrecoeur en juillet, le magnat de l’immobilier a dressé le portrait au vitriol d’une Amérique mise à genoux par la Chine, le Mexique, la Russie ou le groupe Etat islamique.

Le rêve américain est mort, a-t-il martelé, assassiné par des affairistes et des politiciens corrompus que lui seul dit pouvoir remettre au pas.

Donald Trump, qui n’a de cesse de répéter qu’il “rendra sa grandeur à l’Amérique” - son slogan de campagne - grâce à sa personnalité, ses talents de négociateur et son sens des affaires, se dit aussi en mesure de ramener les emplois délocalisés, de renégocier les accords commerciaux, de modifier les rapports de force dans le commerce mondial.

Il jure de mettre au pas la Chine sur le plan commercial, d’ériger un mur le long de la frontière mexicaine en le faisant financer par Mexico ou encore d’interdire l’entrée du territoire américain aux musulmans.

Il promet d’enterrer l’Obamacare, la réforme de santé du président sortant, de sortir de l’accord de Paris sur le climat et d’être “le plus grand faiseur d’emplois que Dieu ait jamais créé”.

Le discours a porté auprès de la classe ouvrière, comme dans la “Rust Belt”, la “ceinture de rouille” des anciens bastions industriels des Etats-Unis que sont l’Ohio, la Pennsylvanie, l’Indiana ou bien encore le Wisconsin, qu’il a tous remportés.

D’après un sondage sortie des urnes réalisé par Reuters/Ipsos, le milliardaire a largement remporté le vote des électeurs non diplômés de l’enseignement supérieur (il devance Clinton de 31 points parmi les électeurs blancs qui n’ont pas été à l’université et de 27 points parmi les électrices blanches dans le même cas).

INCARNATION DE LA “SUCCESS STORY”

Donald Trump se veut l’incarnation de la “success story”. Il a fait fortune, épousé trois femmes dont la dernière en date est un ancien mannequin, eu sa propre émission de télévision et érigé des gratte-ciels portant son nom en lettres dorées.

A l’écouter, sa vie n’est que superlatifs. Et qu’importent les banqueroutes, les investissements hasardeux, le fiasco des casinos d’Atlantic City, dans le New Jersey, ou le fait qu’il n’ait apparemment pas payé d’impôts depuis vingt ans.

Si la composition de son équipe de campagne a évolué au gré des scandales et des glissements dans les sondages, elle est restée concentrée autour d’un noyau dur composé de ses trois premiers enfants, Donald Jr, Eric et Ivanka, et du mari de cette dernière, Jared Kushner.

L’homme d’affaires se moque des conventions autant que des contradictions. Dans ses meetings, il promet de ramener des emplois en Amérique alors qu’il a fait confectionner sa ligne de vêtements à l’étranger. Il dénonce la corruption et le pouvoir de l’argent en politique dans une phrase, et se réjouit dans la suivante d’avoir obtenu des passe-droits grâce à sa fortune.

Donald Trump se comporte et s’exprime sur la scène politique comme il le faisait dans “The Apprentice”, son émission de télé-réalité où il distribuait avec gourmandise des “Vous êtes viré !” aux candidats malheureux sous les vivats des spectateurs.

Ses discours sont souvent décousus, remplis d’improvisations et de digressions sur sa richesse ou son intelligence, ou de remarques fielleuses et d’insinuations à l’adresse de ses adversaires. Quitte à dire ensuite qu’elles ont été “déformées” ou “mal comprises”.

QUATRE FAILLITES

Pendant toute cette campagne hors norme, le milliardaire a multiplié les provocations, qui auraient sans doute été fatales à tout autre candidat que lui.

Comme la fois où, vantant la loyauté de ses partisans, il a raconté qu’il pourrait assassiner quelqu’un sur la Cinquième Avenue, à New York, sans perdre la moindre voix. Ou lorsqu’en plein débat électoral, il a évoqué la taille de son pénis.

Ce goût immodéré de l’autopromotion et de l’adversité, le candidat républicain le doit en partie à son père, Fred Trump, qui fut l’un des grands promoteurs immobiliers new-yorkais de l’après-guerre.

Né le 14 juin 1946 dans l’arrondissement new-yorkais du Queens, Donald Trump est un enfant difficile, le quatrième d’une famille de cinq. Au point qu’à son entrée en quatrième, ses parents l’envoient à l’Académie militaire de New York pour qu’il y apprenne la discipline.

Il en ressort, dit-il, “avec plus d’entraînement militaire que beaucoup de gars qui ont fait l’armée”. Mais avec une exemption fort opportune pour la guerre du Vietnam.

Diplômé de l’université de Pennsylvanie, Donald Trump a suivi un chemin tout tracé en faisant plutôt ses armes dans l’entreprise de son père, avant de lancer ses propres affaires à Manhattan grâce à un prêt paternel d’un million de dollars.

Ses affaires immobilières ont prospéré et en 1983, il a fait ériger les 58 étages de la Trump Tower aux portes de Central Park, symbole éclatant de sa réussite.

S’ensuivirent une série d’investissements plus ou moins avisés et réussis, dont celui, catastrophique, dans les casinos d’Atlantic City, qui ont fini par mettre à terre son empire.

Le groupe Trump a déposé le bilan à quatre reprises, en 1991, 1992, 2004 et 2009. Donald Trump, qui a toujours échappé à la faillite personnelle, en a abandonné la présidence quatre jours avant que la dernière banqueroute ne soit déclarée, et que les créanciers du groupe ne se retrouvent spoliés.

Il s’était déjà lancé à l’époque un nouveau défi à la télévision avec “The Apprentice”. Sans pourtant renoncer à son ultime ambition immobilière: la Maison blanche. Qui est aujourd’hui accomplie.

avec Diane Craft; Tangi Salaün pour le service français, édité par Henri-Pierre André et Eric Faye

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