November 9, 2016 / 7:52 AM / 2 years ago

Trump en route pour la Maison blanche après une victoire éclatante

par Steve Holland et John Whitesides

Trump a remporté l'élection présidentielle américaine, mardi, déjouant tous les pronostics et les sondages qui prédisaient la victoire de son adversaire, Hillary Clinton. /Photo prise le 9 novembre 2016/REUTERS/Andrew Kelly

WASHINGTON (Reuters) - Donald Trump a remporté mardi l’élection présidentielle américaine, déjouant tous les pronostics et les sondages qui prédisaient la victoire d’Hillary Clinton.

Le succès inattendu de l’homme d’affaires new-yorkais âgé de 70 ans, qui deviendra le 20 janvier le 45e président des Etats-Unis et succédera à Barack Obama à la Maison blanche, met fin à huit années d’administration démocrate et place la première puissance mondiale sur une voie nouvelle et incertaine.

Au bout d’une longue nuit électorale, la victoire du milliardaire a été annoncée vers 07h30 GMT lorsqu’il est apparu qu’il avait réuni plus de 270 grands électeurs sur 538, la majorité absolue requise pour accéder à la présidence.

Les républicains conservent parallèlement le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat.

S’exprimant à son QG new-yorkais, le futur président des Etats-Unis a lancé un appel à l’unité au terme d’une campagne qui a mis en lumière de manière souvent crue les divisions profondes de la société américaine.

“Il est temps pour nous de nous rassembler”, a-t-il déclaré. “Je serai le président de tous les Américains.”

Hillary Clinton a reconnu sa défaite mercredi et a proposée de coopérer avec le nouveau président républicain, espérant qu’il serait un bon dirigeant pour tous les Américains.

“Ce n’est pas le résultat que nous voulions et pour lequel nous avons travaillé si dur et je suis désolée que nous n’ayons pas gagné cette élection pour les valeurs que nous partagions et la vision que nous avons pour notre pays”, a-t-elle déclaré.

“C’est douloureux et ce le sera encore longtemps”, a reconnu la candidate démocrate, qui essuie à 69 ans son second échec lors d’une course présidentielle.

OBAMA INVITE TRUMP

Barack Obama a quant à lui souhaité une transition aussi réussie que possible et a invité Trump jeudi à la Maison blanche pour une réunion de travail. “Nous voulons tous désormais qu’il rencontre le succès pour conduire le pays dans l’unité”, a-t-il dit.

“Je veux m’assurer que tout se passe bien car au final nous faisons tous partie de la même équipe”, a ajouté le président, qui s’était engagé personnellement dans la campagne auprès de Hillary Clinton et n’a pas ménagé ses critiques envers le candidat républicain.

Changeant lui aussi de ton après avoir dénoncé sans relâche pendant des mois “Hillary la véreuse” et réclamé qu’elle soit jetée en prison, Donald Trump a déclaré devant ses partisans en liesse avoir remercié sa rivale pour son action et une campagne durement menée.

Sa directrice de campagne, Kellyanne Conway, a cependant dit mercredi que le camp républicain n’excluait pas de nommer un procureur spécial pour enquêter sur les éventuels agissements d’Hillary Clinton, comme Donald Trump en avait brandi la menace le mois dernier pendant un débat télévisé.

TRIOMPHE DANS LES “SWING STATES”

Maigre consolation pour la candidate démocrate, elle a remporté plus de voix au niveau national que Donald Trump, selon les décomptes des médias américains.

C’est la deuxième fois en seize ans qu’un tel cas de figure se produit: en 2000, le démocrate Al Gore avait devancé le républicain George W. Bush sans pour autant entrer à la Maison blanche.

Le candidat républicain a bâti son succès en remportant la quasi-totalité des Etats clés (“swing States”) tels que la Floride, l’Ohio ou la Caroline du Nord et en faisant basculer des bastions démocrates comme le Wisconsin, qui n’avait pas voté républicain depuis 1984.

Le magnat de l’immobilier a obtenu le soutien massif de l’électorat ouvrier blanc peu diplômé en promettant d’être le “plus grand président de l’emploi que Dieu ait jamais créé”.

Mercredi en début de matinée, c’est à cet électorat qu’il s’est adressé en célébrant sur Twitter une “soirée tellement belle et importante”. “L’homme et la femme oubliés ne le seront plus jamais”, a-t-il assuré.

Dans son discours de victoire, il a déclaré avoir en tête un grand projet économique pour reconstruire les infrastructures américaines et doubler la croissance du pays.

Une enquête de Reuters/Ipsos sur l’Election Day montre qu’Hillary Clinton n’a pas fait le plein des voix féminines, malgré les propos misogynes tenus tout au long de la campagne par son adversaire. Elle ne gagne le vote féminin qu’avec une avance d’environ sept points, autant que Barack Obama en 2012.

Et même si elle a remporté le vote hispanique, noir et jeune, elle a été loin d’obtenir les mêmes écarts que Barack Obama lors de sa réélection. A titre d’exemple, la candidate démocrate a été soutenue par 80% des électeurs noirs de 35-54 ans, alors qu’Obama était proche de 100% en 2012.

“AMERICA FIRST”

La victoire de Donald Trump soulève un grand nombre de questions. Fidèle à son slogan “America First” (L’Amérique d’abord), l’homme d’affaires a fait campagne en promettant d’appliquer une politique isolationniste et protectionniste.

Donald Trump n’a jamais exercé de mandat électif et on ne sait pas quelles seront ses relations avec le Parti républicain, qu’il a profondément divisé.

Durant la campagne, le milliardaire a peint un sombre tableau de l’Amérique, malmenée par la Chine, le Mexique, la Russie ou le groupe Etat islamique, et affirmé vouloir “rendre sa grandeur” au pays.

Donald Trump veut renégocier les accords commerciaux et promet de renouer des relations cordiales avec le président russe Vladimir Poutine, qui a souhaité coopérer avec la nouvelle administration “pour restaurer des relations russo-américaines en crise”.

L’annonce de la victoire de Donald Trump a été accueillie par une salve d’applaudissements au Parlement russe. Moscou espère notamment obtenir la levée des sanctions imposées par les Etats-Unis et l’Union européenne après l’annexion de la Crimée en 2014.

Les dirigeants de l’UE ont de leur côté invité le président élu américain à un sommet dès qu’il le pourra, jugeant primordial de préserver de bonnes relations transatlantiques alors que Donald Trump a notamment critiqué, pendant la campagne, le fonctionnement de l’Otan.

Certaines capitales n’ont pas caché leur désarroi face à l’élection d’un dirigeant au caractère réputé imprévisible.

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a parlé de “choc énorme”. Le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a exprimé “bien des inquiétudes”.

Tous les partis d’extrême droite en Europe se sont félicités de la victoire du milliardaire, qualifié de “pionnier d’un courant international autoritaire et chauvin” par le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel.

La réaction des marchés financiers, clairement négative initialement, s’est retournée au fil des heures, les investisseurs semblant soulagés de la désignation d’un lauréat et se prenant à espérer qu’il saura faire preuve de pragmatisme.

Le peso mexicain a en revanche atteint son cours le plus bas et un resserrement monétaire n’est pas exclu. Donald Trump a menacé notamment de mettre un terme à l’accord de libre-échange avec le Mexique et affirmé que Mexico devrait financer le mur qu’il se propose d’ériger entre les deux pays pour endiguer l’immigration.

Avec les rédactions de Reuters, Pierre Sérisier, Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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