November 4, 2016 / 8:52 AM / 2 years ago

Attentat en Turquie après l'arrestation d'élus pro-kurdes

ANKARA (Reuters) - Un attentat à la voiture piégée a fait neuf morts et une centaine de blessés vendredi à Diyarbakir, la grande ville kurde du sud-est de la Turquie, quelques heures après l’arrestation de douze parlementaires du Parti démocratique des peuples (HDP), un mouvement pro-kurde.

Un attentat à la voiture piégée a frappé le centre de Diyarbakir, la grande ville du sud-est de la Turquie. L'explosion a fait huit morts et une centaine de blessés. L'attaque a été imputée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). /Photo prise le 4 novembre 2016/REUTERS/Sertac Kayar

Parmi les élus interpellés figurent Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, co-présidents de la formation.

Ces arrestations ont suscité une vive réaction de la communauté internationale, déjà préoccupée par la vaste purge dans la fonction publique entamée après le coup d’Etat militaire manqué du 15 juillet.

La responsabilité de l’attentat a été imputée par le Premier ministre turc Binali Yildirim au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), mais l’Etat islamique (EI) s’en est attribué en fin de journée la paternité dans un communiqué diffusé par son organe de communication, Amaq.

L’explosion s’est produite dans le quartier de Baglar, près d’un commissariat de police où plusieurs des élus du HDP ont été placés en garde à vue dans le cadre d’une enquête antiterroriste, a-t-on appris de sources proches de la sécurité.

Dans un enregistrement vidéo diffusé sur internet après les arrestations, l’un des chefs militaires du PKK promet une intensification de la lutte armée.

“VIVE PRÉOCCUPATION”

Les diplomates turcs en poste à Berlin et Copenhague ont été convoqués par les autorités allemandes et danoises.

Pour le président du Parlement européen, Martin Schulz, les actes d’Ankara “remettent en question les bases d’une relation durable entre l’UE et la Turquie”.

Federica Mogherini, Haute Représentante de l’UE pour la politique extérieure et de sécurité commune, s’est dite “extrêmement préoccupée par l’arrestation de Demirtas et des autres élus du HDP”.

En France, le ministère des Affaires étrangères a exprimé lui aussi sa vive préoccupation.

“La France et la Turquie sont liées par des valeurs communes qui fondent leurs relations et se traduisent notamment par l’adhésion de nos pays à la convention européenne des droits de l’homme. Aussi, l’arrestation de plusieurs députés du parti HDP soulève une vive préoccupation”, a déclaré le porte-parole du ministère, Romain Nadal.

Les Etats-Unis ont aussi critiqué les arrestations tandis que le Conseil des droits de l’homme de l’Onu a déploré que les autorités turques utilisent l’état d’urgence pour prendre des mesures “qui vont au-delà de ce qui est admissible”.

Le gouvernement turc a, lui, défendu sa position.

“La Turquie est un Etat de droit. Personne n’est au-dessus des lois (...) Ce qui a été fait entre dans le cadre du droit. La politique ne peut être un alibi pour commettre des crimes”, a déclaré le Premier ministre.

Les autorités turques reprochent aux députés du HDP d’avoir refusé de témoigner dans des affaires de “propagande terroriste”.

RÉSEAUX SOCIAUX PERTURBÉS

Lors d’une conférence de presse, le porte-parole du HDP a dénoncé une “opération politique” dont l’objectif est selon lui de provoquer une “guerre civile” et d’éradiquer un parti qui a réuni plus de cinq millions de voix lors des deux élections législatives de l’année dernière.

Selahattin Demirtas, candidat à l’élection présidentielle remportée en 2014 par Recep Tayyip Erdogan, s’est dit prêt à répondre de ses actes “devant une justice équitable et impartiale”.

“Mais je refuse d’être un acteur d’un théâtre judiciaire juste parce qu’Erdogan, dont le propre passé politique est suspect, l’a ordonné”, ajoute-t-il sur Twitter.

Selon de nombreux Turcs, l’accès aux réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook ou au système de messagerie WhatsApp a été perturbé à la suite de ces arrestations. L’utilisation est cependant possible en connexion VPN (réseau virtuel privé).

Ankara accuse de longue date les membres du HDP d’être liés au PKK, ce que réfute la formation d’opposition. Avec 59 sièges, le HDP est la troisième force politique au Parlement turc.

Depuis juin, les députés ne sont plus protégés par l’immunité parlementaire

La Turquie vit sous le régime de l’état d’urgence depuis la tentative de coup d’Etat de juillet. Plus de 110.000 fonctionnaires, policiers, soldats, juges, journalistes et autres ont été arrêtés ou démis de leurs fonctions.

Ils sont soupçonnés de liens avec le réseau de Fethullah Gülen, prédicateur exilé aux Etats-Unis qu’Ankara présente comme l’instigateur du putsch avorté. Ce qu’il dément.

Les pouvoirs élargis liés à l’état d’urgence ont en outre conduit à des arrestations de responsables politiques de l’opposition pro-kurde et à la fermeture de nombreux organes de presse, dont tous les grands médias kurdes.

Avec Humeyra Pamuk et David Dolan à Istanbul, Michel Rose à Paris, Michelle Martin à Berlin et Ahmed Tolba au Caire; Henri-Pierre André, Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français

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