October 16, 2016 / 10:32 AM / 2 years ago

Royal s'oppose à Valls sur Notre-Dame-des-Landes

PARIS (Reuters) - Ségolène Royal poursuit son bras de fer avec Manuel Valls sur la question de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) en appelant, dans une interview publiée dimanche, à “arrêter les frais” face à l’évacuation annoncée pour l’automne du site occupé par les opposants à ce projet controversé d’aéroport.

Les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) pendant les manifestations. Ségolène Royal poursuit son bras de fer avec Manuel Valls sur la question de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) en appelant à "arrêter les frais" face à l'évacuation su site annoncée pour l'automne. /Photo prise le 8 octobre 2016/REUTERS/Stéphane Mahe

Ce dossier, qui donne lieu depuis deux ans à des désaccords entre la ministre de l’Ecologie et le Premier ministre, s’annonce comme l’un des sujets épineux de la fin du quinquennat de François Hollande.

Pour tenter de déminer la crise, le chef de l’Etat avait organisé une consultation locale en juin dernier qui a vu le projet, dont les opposants mettent en doute la pertinence, recueillir 55% de voix favorables.

A la suite du référendum, le Premier ministre avait annoncé que l’évacuation du site de 1.600 hectares, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes, aurait lieu à l’automne et a réaffirmé cette position cette semaine.

“Est-il pertinent de faire prendre des risques pour une infrastructure inadaptée comme l’ont dit les experts indépendants ?”, s’interroge Ségolène Royal dans les colonnes du Journal du Dimanche. “N’y a-t-il pas actuellement d’autres priorités pour la nation?”

“Les élus locaux ne veulent pas perdre la face, c’est compréhensible”, poursuit-elle. “Mais le résultat du référendum, positif pour eux, leur permet justement de prendre acte de cette caution tout en reconnaissant que devant le blocage sur le terrain, il vaut mieux arrêter les frais.”

“Il est de ma responsabilité d’alerter sur le risque d’une évacuation à la force”, ajoute-t-elle. “Je suis prête à donner du temps pour des réunions de travail afin de sortir par le haut de cette situation, et j’appelle toutes les parties à faire un effort de bon sens.”

Une première tentative d’évacuation du site avait échoué en 2012. Début octobre, plusieurs milliers d’opposants au projet ont manifesté pour affirmer leur détermination à défendre la ZAD, la “zone d’aménagement différée”, qu’ils ont rebaptisée “zone à défendre”.

RECADRAGE

L’évacuation “devra se faire avec sang-froid et méthode pour éviter les violences mais ne pas le faire, ça serait un affaiblissement de l’autorité et un affaiblissement de la démocratie”, a prévenu un proche de Manuel Valls dimanche, précisant que le non-respect du résultat du référendum de juin était “inconcevable”.

Les déclarations de Ségolène Royal ont fait réagir cette semaine le syndicat mixte aéroportuaire (SMA), qui regroupe les 22 collectivités locales favorables au projet.

Dans une déclaration commune, le président (LR) de la région Pays de la Loire Bruno Retailleau, la maire (PS) de Nantes Johanna Rolland, son homologue (PS) de Saint-Nazaire David Samzun et le président (PS) du conseil départemental de la Loire-Atlantique Philippe Grosvalet ont notamment appelé François Hollande et Manuel Valls à “recadrer” Ségolène Royal.

“De telles déclarations sont totalement irresponsables car elles apparaissent clairement comme un encouragement à la violence envers les forces de l’ordre”, écrivent-ils.

“Après 156 décisions de justice, plus de 200 exactions commises (...), Mme Royal est bien la seule à croire encore à la volonté des opposants d’un dialogue ‘à bâtons rompus’”, ajoutent-ils.

Le président de l’association “les Ailes pour l’Ouest”, qui milite en faveur de la construction de l’aéroport, Alain Mustière, a pour sa part estimé que la ministre “souffl[ait] sur les braises et cautionn[ait] l’opposition illégale à un projet qui a suivi tous les processus démocratiques”.

Son association a symboliquement déposé vendredi 500 cartons de déménagement dans le bourg de Notre-Dame-des-Landes pour appeler les zadistes à quitter les lieux de leur propre chef.

“En restant, les zadistes feront le choix d’un affrontement dont ils seront les responsables”, a estimé Alain Mustière.

A six mois de l’élection présidentielle, le sujet s’est invité dans la campagne. Invité dimanche dans l’émission Punch Line dimanche sur C8, Nicolas Sarkozy a dénoncé des déclarations “irresponsables”.

“Mme Royal vient en disant ‘on ne tient pas compte des décisions de justice, on ne tient pas compte du résultat du référendum et on ne fait pas l’aéroport’”, a déclaré l’ancien chef de l’Etat et candidat à la primaire de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle.

“Pour quelqu’un qui voulait la démocratie participative, un mensonge de plus”, a-t-il conclu.

Chine Labbé, Marine Pennetier, Guillaume Frouin et Jean-Baptiste Vey, édité par Jean-Stéphane Brosse

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