November 25, 2015 / 12:31 PM / 3 years ago

Tensions Moscou-Ankara après la destruction d'un avion russe

ISTANBUL/NIJNI TAGUIL, Russie (Reuters) - La Russie a décidé de déployer des batteries antimissiles S-400 en Syrie afin de protéger ses avions engagés contre les insurgés, au lendemain de la destruction d’un bombardier Sukhoï-24 par la chasse turque à la frontière syro-turque.

Un chasseur Sukhoi Su-24 sur une base aérienne en Syrie. La Russie a décidé de déployer des batteries antimissiles S-400 en Syrie afin de protéger ses avions engagés contre les insurgés, au lendemain de la destruction d'un bombardier Su-24 par la chasse turque à la frontière syro-turque. L'armée turque de son côté s'est dit prête à "toutes les formes de coopération". /Photo diffusée le 22 octobre 2015/REUTERS/Ministère russe de la Défense/Handout

Le Kremlin a assuré que les appareils russes engagés contre les “terroristes” poursuivraient leurs missions, y compris près de la frontière turque.

La destruction du Su-24 mardi est le plus grave incident entre la Russie et un pays membre de l’Otan depuis un demi-siècle et vient compliquer les efforts internationaux pour combattre les djihadistes de l’Etat islamique (EI) en Syrie.

Les responsables russes ont exprimé leur colère contre les autorités turques et évoqué des mesures de représailles, notamment économiques et commerciales. Déjà, le voyagiste russe Brisco a annulé tous ces programmes en Turquie.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé que la destruction du bombardier russe était un acte prémédité qui aurait des conséquences sur les négociations de Vienne consacrées au conflit syrien.

“Nous n’avons pas l’intention de nous lancer dans une guerre avec la Turquie”, a-t-il ajouté mais a annoncé que la Russie allait revoir “sérieusement” ses relations avec ce pays à la lumière de ce grave incident.

Le ministre russe a dit espérer que cette affaire ne sera pas utilisée pour défendre l’idée d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du nord de la Syrie, à laquelle s’oppose la Russie.

L’armée turque a indiqué avoir pris contact avec les autorités militaires russes à Moscou et s’est dit prête à “toutes les formes de coopération”.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry et la porte-parole de la diplomatie européenne Federica Mogherini se sont entretenus séparément avec Sergueï Lavrov pour inviter Moscou à résoudre calmement son différend avec Ankara.

François Hollande a indiqué lors d’une conférence de presse avec la chancelière allemande Angela Merkel que la France travaillait à apaiser la situation entre les deux pays. Le président français rencontre son homologue russe jeudi à Moscou.

“SOUTIEN TURC À L’ISLAMISATION”

A Ankara, le ministère turc des Affaires étrangères avait annoncé en fin de matinée que le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, avait eu mercredi un entretien téléphonique avec son homologue russe et que les deux hommes étaient convenus de se rencontrer dans les prochains jours.

Moscou a rapidement démenti une telle rencontre mais un responsable turc a déclaré que les deux hommes pourraient se voir lors du prochain sommet de l’OSCE à Belgrade les 3 et 4 décembre.

En visite à Nijni Taguil, dans l’Oural, le président Vladimir Poutine a accusé les dirigeants turcs d’avoir encouragé l’islamisation de leur société. “Le problème, ce n’est pas la tragédie à laquelle nous avons assisté hier (...) Le problème est bien plus profond. Ce que nous voyons depuis un certain nombre d’années, c’est un régime turc qui mène une politique délibérée de soutien à l’islamisation de son pays”, a-t-il dit.

Il a annoncé l’envoi d’un système de défense antimissiles ultraperfectionné sur la base aérienne russe de Khmeïmim, dans la province syrienne de Lattaquié. Il s’agit de batteries S-400, a-t-on appris plus tard de source autorisée.

“J’espère que cela, avec les autres mesures que nous sommes en train de prendre, sera suffisant pour assurer la sécurité de nos avions”, a dit Poutine aux journalistes.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souligné que les avions russes étaient bien obligés d’opérer près de la frontière turque puisque c’est là que se trouvent de nombreux rebelles. “Les opérations vont se poursuivre”, a-t-il assuré.

NOUVELLES FRAPPES RUSSES

Ainsi, les forces russes ont intensément pilonné mercredi des zones tenues par les insurgés dans la province de Lattaquié, non loin de l’endroit où le Su-24 a été abattu, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Au moins 12 frappes aériennes ont eu lieu dans des zones rurales de cette province, où les forces syriennes affrontent le Front al Nosra (branche syrienne d’Al Qaïda) et des insurgés turkmènes, dans les secteurs de Djabal Akrad et de Djabal Tourkman.

Un commandant turkmène a déclaré que des missiles tirés à partir de navires de guerre russes en Méditerranée sont tombés dans la région, ainsi que des obus d’artillerie lourde.

L’un des deux pilotes du Su-24 a pu être récupéré sain et sauf mardi soir par les forces spéciales syriennes et russes, dans une zone où opèrent les insurgés, rapporte l’agence de presse syrienne Sana. Le militaire russe a été ramené à sa base.

L’autre pilote qui s’était également éjecté a été tué par les rebelles.

S’exprimant lors d’une conférence économique à Istanbul, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dit vouloir éviter l’escalade et a de nouveau affirmé que l’appareil russe avait été abattu alors qu’il se trouvait dans l’espace aérien turc.

“Nous n’avons pas l’intention de provoquer une escalade après cet incident. Nous avons seulement défendu notre propre sécurité et les droits de nos frères”, a-t-il dit prévenant que l’attitude turque à l’égard de la Syrie ne changerait pas.

Parallèlement, à Ekaterinbourg, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a prévenu qu’Ankara devait s’attendre à subir des sanctions économiques et financières et que certains importants projets communs russo-turcs pourraient être annulés. Il n’est pas non plus à exclure que les sociétés turques voient leurs parts de marché diminuer en Russie.

La Turquie est le deuxième plus gros acheteur de gaz naturel russe après l’Allemagne. La Russie est de son côté son principal fournisseur, Ankara achetant chaque année 28 à 30 milliards de mètres cubes de gaz sur les 50 milliards de mètres cubes qu’elle importe.

Avec Humeyra Pamuk, Can Sezer et Ayla Jean Yackley à Istanbul, Seyhmus Cakan à Yayladagi, Turquie, John Davison à Beyrouth, Maria Kiselyova à Moscou, Paul Carrel et Madeline Chambers à Berlin, Eric Faye, Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français

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