June 26, 2015 / 6:53 AM / in 3 years

Le gouvernement tente de désamorcer le conflit des taxis

PARIS (Reuters) - Le gouvernement s’est efforcé jeudi de dissiper la colère des chauffeurs de taxi contre Uber en s’engageant à une ferme mise en oeuvre de la loi, mais il n’a pas accédé à leur principale revendication : la fermeture de l’application UberPOP.

Des chauffeurs de taxi bloquent l'accès à l'aéroport de Nice. Le gouvernement s'est efforcé jeudi de dissiper la colère des chauffeurs de taxi contre Uber en s'engageant à une ferme mise en oeuvre de la loi, mais il n'a pas accédé à leur principale revendication : la fermeture de l'application UberPOP. /Photo prise le 25 juin 2015/REUTERS/Jean-Pierre Amet

Les propositions gouvernementales n’ont pas fléchi la détermination des taxis. L’intersyndicale devait consulter la base quant aux suites de la grève, mais sur le terrain, les chauffeurs appelaient dès jeudi soir à la poursuite du mouvement.

“Les décisions prises par le gouvernement ne satisfont pas la base, donc les grévistes ont décidé de rester sur place”, a dit sur BFM TV Nordine Dahmane, secrétaire général de Force ouvrière, porte Maillot, à Paris.

Quelque 2.800 chauffeurs de taxi, selon le ministère de l’Intérieur, “plus de 5.000” selon Manuel Valls, sur les 55.000 recensés se sont mobilisés en France contre les véhicules clandestins utilisant UberPOP, une journée de protestation émaillée d’incidents, notamment en région parisienne.

Des chauffeurs UberPOP et des clients ont été pris à partie, des véhicules endommagés et la circulation a été perturbée en Ile-de-France et en province. Les accès routiers aux aéroports d’Orly et de Roissy-Charles-de-Gaulle ont été bloqués, ce qui a contraint des voyageurs et des employés à marcher jusqu’aux aérogares.

Dix personnes ont été interpellées, sept policiers ont été blessés lors des incidents et 70 véhicules ont subi des dégradations, a déclaré le ministre de l’Intérieur à l’issue d’une rencontre avec l’intersyndicale des taxis qui a duré 2h30.

“Nul ne peut jamais se faire justice lui-même dans un Etat de droit”, a souligné Bernard Cazeneuve en renouvelant son appel au calme.

“ARROGANCE” ET “ARCHAÏSMES”

Le ministre, qui s’est employé à donner force gages aux chauffeurs de taxis, a réaffirmé l’opposition résolue du gouvernement à “la loi de la jungle” et a fustigé l’”arrogante” société américaine Uber, dont il recevra les représentants français “dans les prochains jours”.

“UberPOP est un service illégal, il doit par conséquent être fermé”, a-t-il dit, précisant toutefois à l’attention des manifestants que la neutralisation de l’application ne pouvait “qu’être la conséquence d’une décision de justice”.

“L’exploitation de conducteurs en situation de précarité par une entreprise valorisée à plus de 40 milliards d’euros en Bourse, l’exercice illégal d’une activité (...) sont autant d’archaïsmes, d’infractions au droit que le gouvernement se refuse à considérer comme des progrès”, a-t-il déclaré.

Bernard Cazeneuve n’a pas annoncé de mesures nouvelles mais assuré du renforcement des contrôles de police et de la diligence de la justice dans ces dossiers. “De la poudre aux yeux”, a estimé l’un des participants à la réunion.

Le ministre a précisé que les comités départementaux anti-fraude se réuniraient lundi prochain “pour mettre en place toutes les mesures permettant de réprimer immédiatement l’exercice illégal de la profession de taxis ou de VTC”.

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, “mobilisera les procureurs afin que soient données des instructions fermes, précises et d’application immédiate”. Ainsi les véhicules UberPOP contrôlés en flagrant délit par la police seront systématiquement saisis.

NOUVELLE RENCONTRE LE 3 JUILLET

Bernard Cazeneuve se donne une semaine pour faire la preuve de son intransigeance. Il recevra de nouveau l’intersyndicale des taxis le vendredi 3 juillet à 18h30.

En marge d’une visite en Colombie, le Premier ministre, Manuel Valls, s’est engagé à épuiser “toutes les voies de droit” pour parvenir à neutraliser UberPOP et a mis en garde “les deux camps” contre tout recours à la violence.

La préfecture de police de Paris a pris jeudi un arrêté d’interdiction visant UberPOP, Heetch et Djump, comme cela a déjà été fait dans d’autres villes de France. Uber a annoncé le dépôt d’un recours devant le tribunal administratif.

“Il y a déjà eu plusieurs arrêtés, à Marseille ou à Bordeaux, ça n’a rien changé. On ne peut pas mettre un ‘flic’ derrière chaque utilisateur d’UberPOP”, a jugé sur BFM TV Ahmed Senbel, président de la Fédération nationale des taxis indépendants (FNTI).

L’application UberPOP est en principe interdite par la loi dite “Thévenoud” de 2014, mais sa mise en oeuvre se heurte à un manque de moyens et Uber, qui juge cette interdiction contraire à la liberté d’entreprendre, a obtenu de la Cour de cassation que la question soit soumise au Conseil constitutionnel.

La loi punit de deux ans de prison et 300.000 euros d’amende la mise en relation de clients avec des chauffeurs non enregistrés pour des prestations de transport payantes.

Service France, édité par Sophie Louet

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