May 28, 2015 / 8:15 AM / in 4 years

Fillon accuse implicitement Hollande de manoeuvre anti-UMP

PARIS (Reuters) - François Fillon a accusé implicitement jeudi François Hollande d’avoir ourdi une machination politique en faisant courir la thèse selon laquelle il avait demandé à l’Elysée d’accélérer le cours de la justice contre Nicolas Sarkozy.

François Fillon a déclaré jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris refuser la "salissure" selon laquelle il aurait demandé au plus proche collaborateur de François Hollande, Jean-Pierre Jouyet, d'accélérer les procédures judiciaires visant Nicolas Sarkozy. L'ancien Premier ministre UMP poursuit le secrétaire général de l'Élysée et deux journalistes du Monde pour diffamation. /Photo prise le 11 janvier 2015/REUTERS/Pascal Rossigno

L’ancien Premier ministre UMP poursuit le secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Jouyet, et deux journalistes du Monde en diffamation. Il a déclaré au tribunal correctionnel de Paris avoir la conviction que le bras droit du chef de l’Etat était en “service commandé” quand il a fait état devant ces deux derniers d’une démarche de cette nature de sa part.

“Je n’accepte pas une telle salissure, dont je ne conçois que trop les motifs”, a dit François Fillon, qui a parlé d’une “opération” visant à le “décrédibiliser” et à “semer la zizanie” dans sa famille politique.

Jean-Pierre Versini-Campinchi, avocat de l’ancien Premier ministre, plus explicite, a cité le nom de François Hollande. “C’est une affaire d’Etat”, a-t-il déclaré. “M. Jouyet est le premier commis de la République, donc il ne peut pas être un plaisantin.”

L’Elysée a refusé de faire le moindre commentaire.

Dans leur livre “Sarko s’est tuer”, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, présents à l’audience, écrivent que François Fillon a demandé à Jean-Pierre Joyet, lors d’un déjeuner le 24 juin 2014, de “taper vite” sur Nicolas Sarkozy, mis en cause dans plusieurs enquêtes judiciaires, pour ne pas le “laisser revenir” en politique.

L’ancien chef de l’Etat, battu par François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012, ne cache pas son intention de prendre sa revanche en 2017 et a repris pour ce faire la présidence de l’UMP. François Fillon est un de ses rivaux pour l’investiture du principal parti de la droite française.

Lors d’une rencontre avec les deux journalistes à l’Elysée, en septembre 2014, Jean-Pierre Jouyet, ami de François Hollande depuis 40 ans, a dit à ses interlocuteurs qu’ils étaient bien informés et ajouté à propos de François Fillon : “En gros, son machin, c’était de dire, ‘mais tapez vite ! Tapez vite.”

L’enregistrement de ces propos a été diffusé à l’audience.

“AUCUN SENS”

Jean-Pierre Jouyet, qui n’était pas au tribunal, dit avoir été enregistré à son insu et conteste l’interprétation de ses propos, qui ne “démontrent pas l’évidence d’une intervention judiciaire”, selon son avocat, Me Jean Veil.

Le procureur a estimé que sa responsabilité ne pouvait être retenue, faute de pouvoir démontrer qu’il avait “souhaité participer en son nom propre à la diffusion de l’information.”

Les journalistes du Monde, qui disent avoir eu confirmation de la conversation Fillon-Jouyet par plusieurs sources, dont une à l’UMP, ont maintenu leur version des faits.

François Fillon assure qu’il a échangé lors de ce déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet sur l’Europe, la nomination de Jacques Toubon au poste de défenseur des Droits et la situation économique. “A aucun moment nous n’avons évoqué des affaires.”

“J’aurais été remettre mon destin et mon honneur entre les mains de mes adversaires politiques ? Ça n’a aucun sens”, a-t-il ajouté. Une version confirmée par le troisième participant au déjeuner, entendu comme témoin.

“Il n’y a pas eu de demande d’intervention et le sujet des affaires n’a pas été évoqué”, a dit Antoine Gosset-Grainville, ex-directeur adjoint de cabinet de François Fillon à Matignon et ancien bras droit de Jean-Pierre Jouyet à la Caisse des dépôts.

L’ex-Premier ministre a rappelé qu’une affaire prétendument évoquée — la prise en charge par l’UMP des pénalités infligées à Nicolas Sarkozy après invalidation de ses comptes de campagne de 2012 — “n’existait pas” au moment du déjeuner, l’enquête préliminaire ayant été ouverte le 2 juillet 2014.

Gérard Davet et Fabrice Lhomme assurent toutefois que la question du caractère éventuellement pénal de cette affaire s’est posée “bien avant” au sein de l’UMP.

Tout en disant “avoir du mal” à juger leur enquête “très sérieuse”, le procureur a estimé que “la bonne foi (devait) profiter aux journalistes”, au vu notamment de l’enregistrement de Jean-Pierre Jouyet, dans lequel le secrétaire général de l’Elysée tient des propos “sans équivoque”.

avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse et Emmanuel Jarry

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