April 12, 2015 / 2:48 PM / 3 years ago

Le pape parle de "génocide" des Arméniens, tension avec Ankara

par Steve Scherer

Le pape François et le primat de l'Eglise apostolique arménienne, Guaréguine II Nersissian. en la basilique Saint-Pierre de Rome. Le souverain pontife a célébré dimanche le 100e anniversaire du massacre des Arméniens en en parlant comme du "premier génocide du XXe siècle", des propos qui ont suscité une vive réaction de la part d'Ankara qui a convoqué le nonce apostolique (ambassadeur) du Vatican en Turquie. /Photo prise le 12 avril 2015/REUTERS/Tony Gentile

CITE DU VATICAN (Reuters) - Le Pape François a célébré dimanche le 100e anniversaire du massacre des Arméniens en en parlant comme du “premier génocide du XXe siècle”, des propos qui ont suscité une vive réaction de la part d’Ankara, qui a convoqué le nonce apostolique (ambassadeur) du Vatican en Turquie pour protester.

Le ministère turc des Affaires étrangères a annoncé qu’Ankara rappelait pour consultations son ambassadeur en poste au Vatican.

C’est la première fois qu’un pape prononce publiquement le mot de “génocide” à propos du massacre des Arméniens, utilisant là un terme employé par certains pays européens, dont la France, et sud-américains, mais qu’évitent les Etats-Unis et d’autres pays afin de préserver de bonnes relations avec un important allié.

Le pape Jean Paul II et le primat de l’Eglise apostolique arménienne, Guaréguine II Nersissian, avaient toutefois déjà parlé du “premier génocide du XXe siècle” dans une déclaration écrite commune remontant à 2001.

François, indifférent à nombre d’aspects du protocole depuis le début de son pontificat il y a deux ans, a en outre déjà prononcé le mot de “génocide” lors d’une audience privée accordée au Vatican à une délégation arménienne en 2013, s’attirant alors une vive protestation de la part d’Ankara.

Après les propos publics de dimanche, le nonce apostolique du Vatican à Ankara a été convoqué au ministère turc des Affaires étrangères. “Les lieux de culte ne sont pas des endroits où l’on incite à la haine et à la vengeance, sur la base d’accusations sans fondement”, a dit sur Twitter le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavuşoğlu.

Les autorités turques ont dit au nonce apostolique avoir été “profondément désolées et déçues” par les déclarations de François, a déclaré un responsable turc pour qui les propos du pape posent un “problème de confiance” dans les relations entre Ankara et le Vatican.

En novembre dernier, le pape François s’est rendu en visite officielle en Turquie, dans le cadre de ses efforts pour renforcer les relations avec les pays où domine un islam modéré.

APPELS À LA RÉCONCILIATION

La Turquie reconnaît qu’un grand nombre de chrétiens arméniens sont morts dans une guerre civile qui a commencé en 1915 sur son territoire actuel mais n’est pas d’accord sur le fait que le nombre de morts se compterait par centaines de milliers, chiffre permettant à certains de parler de “génocide”.

Lors d’une messe de rite arménien célébrée en la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape a évoqué un “massacre insensé” il y a un siècle, “premier génocide du XXe siècle” qui a été suivi par “le nazisme et le stalinisme”.

“Il est nécessaire, et c’est même un devoir, d’honorer leur mémoire (des victimes), car chaque fois que la mémoire s’efface, cela veut dire que le mal fait suppurer les blessures. Occulter ou nier le mal, c’est comme laisser une blessure continuer à saigner sans la panser”, a dit le pape.

Les propos du pape ont été reproduits dimanche à Erevan par la présidence arménienne.

“Nous sommes vivement reconnaissants à sa sainteté le pape François pour l’idée de cette liturgie sans précédent(...), qui symbolise notre solidarité avec les fidèles de la chrétienté”, a déclaré le président arménien, Serj Sarkissian, dans un discours prononcé samedi soir lors d’un dîner au Vatican.

Le pape a dit par ailleurs que le génocide se poursuivait aujourd’hui contre les chrétiens “qui, en raison de leur foi dans le Christ et de leur origine ethnique, sont publiquement et cruellement mis à mort - décapités, crucifiés, brûlés vifs, ou contraints à l’exil”.

François a appelé à la réconciliation entre la Turquie et l’Arménie, ainsi qu’entre Erevan et l’Azerbaïdjan, dont les relations sont envenimées depuis la fin des années 1980 par la question du Haut-Karabakh, enclave peuplée d’Arméniens de souche en territoire azerbaïdjanais.

Danielle Rouquié et Eric Faye pour le service français

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