April 8, 2015 / 9:49 AM / 3 years ago

La rupture est consommée entre Marine Le Pen et son père

PARIS (Reuters) - Marine Le Pen a définitivement rompu les ponts avec son père, Jean-Marie Le Pen, en l’accusant mercredi de lui “nuire” par des “provocations grossières” et en annonçant qu’elle s’opposerait à sa candidature aux élections régionales de décembre.

Marine Le Pen a accusé mercredi son père de chercher à lui "nuire" par des provocations "grossières" entre "stratégie de la terre brûlée et suicide politique" et annonce qu'elle s'opposera à sa candidature aux régionales à la suite de l'entretien accordé à Rivarol par le président d'honneur du Front national. /Photo prise le 29 novembre 2014/REUTERS/Robert Pratta

Cette décision sans appel, qui ajoute un chapitre inédit aux annales politiques françaises, fait suite à une interview accordée à l’hebdomadaire d’extrême droite “Rivarol” par le président d’honneur et fondateur du Front national.

Dans cet entretien à paraître jeudi, Jean-Marie Le Pen se dit “trahi par les siens”, attaque le Premier ministre Manuel Valls, “l’immigré”, répète que les chambres à gaz nazies sont pour lui un “détail de l’Histoire” et réhabilite le maréchal Pétain, incarnation de la collaboration.

“Jean-Marie Le Pen semble être entré dans une véritable spirale entre stratégie de la terre brûlée et suicide politique”, estime Marine Le Pen dans un communiqué.

“Son statut de président d’honneur ne l’autorise pas à prendre le Front national en otage de provocations aussi grossières dont l’objectif semble être de me nuire mais qui, hélas, portent un coup très dur à tout le mouvement, à ses cadres, à ses candidats, à ses adhérents, à ses électeurs.

La présidente du FN, dont l’entreprise de “dédiabolisation” du parti s’est heurtée à la volonté de Jean-Marie Le Pen et à ses dérapages récurrents sur la Shoah et la Seconde guerre mondiale, annonce qu’elle s’opposera à la candidature de son père lors du bureau exécutif du parti le 17 avril.

LA RÉGION PACA EN JEU

Jean-Marie Le Pen, 86 ans, brigue la direction de la liste en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

La candidature de la députée Marion Maréchal-Le Pen, petite-fille de Jean-Marie Le Pen, serait envisagée à sa place.

Réponse en fin d’après-midi de l’intéressé : c’est devant le bureau exécutif du FN, convoqué le 17 avril par sa présidente pour examiner les investitures des têtes de liste aux régionales, qu’il entend exposer son point de vue.

Le point de vue “d’un homme politique responsable, libre, qui a toujours marché tête haute et mains propres”, ajoute-t-il dans un communiqué. Et d’inviter chacun à “profiter de ce délai pour mesurer ses responsabilités à l’égard de la France, de son peuple et du mouvement qui incarne ses espérances”.

Le père et la fille sont au moins d’accord sur une chose : la gravité de la crise que traverse le parti d’extrême droite.

“C’est une crise sans précédent”, reconnaît dans Le Monde Marine Le Pen, qui a succédé à son père en janvier 2011 à la présidence de sa formation politique.

Jean-Marie Le Pen lui a répondu mercredi soir : “Comme en d’autres temps, prenant prétexte d’une offensive médiatique sur le ‘détail’, d’aucuns ont ouvert au Front national une crise qui pourrait être grave de conséquences”.

Marine Le Pen semble envisager d’autres mesures de rétorsion “pour protéger au mieux les intérêts politiques du Front”, même si le retrait de la fonction de président d’honneur risque d’être délicate, voire impossible, pour le fondateur du FN.

“RUPTURE TOTALE ET DÉFINITIVE”

Son compagnon Louis Aliot, vice-président du parti, et Florian Philippot, également vice-président, ont aussi signifié à Jean-Marie Le Pen une rupture “totale et définitive”.

“L’entretien de Jean-Marie Le Pen dans ce torchon antisémite est parfaitement scandaleux, nos désaccords politiques [sont] désormais irréconciliables”, écrit notamment Louis Aliot.

“C’est une attaque contre Marine, contre Rassemblement Bleu Marine, contre le Front national. On a créé une nouvelle force politique, détachée de tout ce passé lointain, lointain, lointain, et Jean-Marie Le Pen, comme un vieil acteur, avec un vieux texte, remonte sur scène et ça nous fait un tort fou”, a commenté sur iTELE Gilbert Collard, secrétaire général du RBM.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a estimé sur France Inter que “le Front national, c’est lui” — Jean-Marie Le Pen.

“Jean-Marie Le Pen dit tout haut ce que nombre de responsables, de militants et même d’électeurs du FN pensent”.

Le président d’honneur du FN a été condamné 18 fois pour ses propos sur les chambres à gaz, en première instance ou en appel, dont cinq fois pour contestation de crimes contre l’humanité ou consentement à l’horrible.

Sophie Louet, avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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