March 28, 2015 / 11:34 AM / 3 years ago

Election présidentielle serrée au Nigeria

ABUJA (Reuters) - Le président nigérian Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, remet son mandat en jeu ce samedi face à son principal opposant, Muhammadu Buhari, un musulman du Nord et ex-dirigeant militaire, dans un pays en proie à la corruption et à l’insécurité.

A l'entrée d'un bureau de vote à Daura, dans le nord-ouest du Nigeria. Les Nigérians sont appelés aux urnes ce week-end pour les élections législatives et présidentielle, les principaux prétendants au poste de chef de l'Etat étant le président sortant Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud et Muhammadu Buhari, un musulman du Nord et ancien militaire qui a déjà dirigé le pays. /Photo prise le 28 mars 2015/REUTERS/Akintunde Akinleye

Douze autres candidats prétendent également devenir chef de l’Etat le plus peuplé d’Afrique, première puissance économique et pétrolière du continent, en proie depuis six ans à la violence des islamistes de Boko Haram qui a fait des milliers de morts.

Les quelque 120.000 bureaux de vote ont ouvert à 08h00 (07h00 GMT) mais le vote proprement dit ne devait commencer qu’à partir de 13h30 (12h30 GMT) et se poursuivra jusqu’à ce que la dernière personne ait voté, donc sans doute jusqu’à dimanche. Quelque 57 des 170 millions d’habitants sont autorisées à voter.

Dans le contexte des difficultés de la lutte engagée contre Boko Haram, le scrutin s’annonce très serré -il s’agit de la première véritable compétition électorale depuis la fin du régime militaire en 1999. Et compte tenu des invectives qui ont plu entre les deux camps et des échauffourées qui ont précédé le scrutin, des violences sont à craindre.

Deux explosions ont été signalées dans des bureaux de vote de l’est du pays, sans faire de victimes. Plus inquiétant pour la suite, des problèmes techniques ont également été enregistrés. Des scanners de reconnaissance de cartes d’électeurs et d’empreintes digitales, mis en place pour éviter les fraudes électorales, ont montré des signes de défaillance. Le président sortant lui-même a dû patienter une quarantaine de minutes avant de pouvoir voter.

“LE DANGER RÉSIDE DANS L’APRÈS-ÉLECTIONS”

Lors du précédent scrutin, en 2011, la défaite de Muhammadu Buhari face à Goodluck Jonathan avait déclenché des violences dans le Nord musulman, faisant 800 morts et 65.000 sans-abri.

Craignant un bain de sang plus dramatique encore en cas de scrutin contesté, le président américain Barack Obama, le Premier ministre britannique David Cameron et l’Union européenne ont fait pression sur les deux camps pour qu’ils calment leurs partisans.

Les deux principaux candidats ont signé eux un “accord de paix”. “Maintenant que la campagne est terminée, nous nous sommes réunis aujourd’hui pour réaffirmer notre promesse d’élections pacifiques. Nous appelons donc nos compatriotes (...) et les militants de notre parti à s’abstenir de toute violence”, peut-on lire dans cette déclaration diffusée jeudi, à deux jours du scrutin.

C’est la deuxième fois cette année qu’un tel pacte est conclu entre les candidats. Le premier avait été rendu public en janvier, en prévision d’un scrutin qui devait alors avoir lieu le 14 février, mais que les autorités ont repoussé de six semaines en raison de l’instabilité dans le nord-est du pays, où opère le groupe djihadiste Boko Haram.

Dans un discours télévisé vendredi, Goodluck Jonathan a réitéré ses mises en garde contre la tentation de la violence.

Mais cela n’a pas suffi à rassurer les Nigérians qui ont fait la queue en masse pour retirer de l’argent, acheter du carburant et faire des réserves de vivres dans les supermarchés.

Dans ce climat délétère, le parti de Muhammadu Buhari, l’APC (All Progressives Congress) a mis en garde contre “les tentatives diaboliques de ceux (...) résolus à truquer les élections et à plonger le pays dans la crise.”

“Ces élections seront un moment décisif pour le Nigeria, la concurrence est rude, les électeurs sont face à un véritable choix”, a commenté Bakili Mulizi, ancien président du Malawi qui dirige la mission d’observation du Commonwealth.

“Le danger réside dans l’après-élections. Nous avons été rassurés par l’accord de paix entre les principaux candidats, mais la façon dont il sera appliqué, là réside le danger”, a-t-il ajouté.

LE VOTE DES YORUBAS

Le principal argument de campagne mis en avant par Muhammadu Buhari, qui est âgé de 72 ans, est le sentiment généralement partagé qu’il ne s’est pas servi dans les caisses du pays lors de ses deux années passées à la tête du Nigeria, après le coup d’Etat de décembre 1983, alors que le mandat de Goodluck Jonathan, 57 ans, a été émaillé d’affaires de corruption en matière pétrolière.

Sa réputation d’homme à poigne séduit également une partie de l’électorat qui accuse le gouvernement sortant de n’avoir pas su les protéger contre la violence de Boko Haram. Cette incapacité a été patente au moment de l’enlèvement de quelque 200 lycéennes par la secte islamiste en avril dernier.

Le sentiment ethnico-religieux risque toutefois de prévaloir encore lors de ce scrutin. Muhammadu Buhari est très populaire dans le Nord et Goodluck Jonathan dans le sud et dans l’est.

Ce qui fait que la région du sud-ouest, centrée autour de la capitale économique, Lagos, pourrait donc faire la différence. Peuplée essentiellement de Yorubas mais où cohabitent chrétiens et musulmans, elle a voté Goodluck Jonathan en 2011 mais depuis, les élites yorubas se sont ralliées derrière la candidature de Muhammadu Buhari.

Pour l’emporter, un candidat devra obtenir la majorité simple des suffrages ainsi qu’au moins 25% des voix dans les deux tiers des 36 Etats du pays et la capitale fédérale. Si au moins une de ces conditions n’est pas remplie, un second tour aura lieu dans les sept jours suivant l’annonce des résultats.

L’élection présidentielle s’accompagne d’élections législatives qui mettront notamment aux prises le Parti démocratique populaire (PDP) de Jonathan et le Congrès progressiste de Buhari.

Avec Bate Felix à Abuja, Julia Payne à Port Harcourt et Alexis Akwagiram à Kaduna; Jean-Stéphane Brosse et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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