March 10, 2015 / 12:00 PM / in 3 years

Le couple franco-allemand ressoudé dans l'épreuve

par Yves Clarisse

Après s'être ressoudé pour affronter la crise ukrainienne, éviter un schisme de la zone euro sur la Grèce et tenter d'enrayer la montée du Front national en France, le couple franco-allemand connaît une nouvelle période faste. /Photo prise le REUTERS/Pascal Rossignol

PARIS (Reuters) - Le couple franco-allemand connaît une nouvelle période faste après s’être ressoudé pour affronter la crise ukrainienne, éviter un schisme de la zone euro sur la Grèce et tenter d’enrayer la montée du Front national en France.

Des responsables des deux pays et des analystes conviennent que ce spectaculaire rapprochement explique la grande mansuétude dont fait désormais preuve Angela Merkel envers un François Hollande qu’elle entend aider à réussir quelques réformes économiques malgré sa majorité rétive, à défaut d’obtenir les changements structurels initialement espérés à Berlin.

“Il y a eu une prise de conscience lors des attentats de Paris qui, en plus, coïncidaient avec le moment où Merkel est descendue dans l’arène de la crise en Ukraine”, explique Claire Demesmay, directrice des relations franco-allemandes à l’Institut allemand de politique étrangère.

“A partir de là, il y a eu sur les deux tableaux, intérieur et extérieur, le sentiment qu’il y avait un danger et qu’on était à nouveau confronté aux questions de guerre et paix dans l’Union européenne”, ajoute la politologue. “Ça a rapproché Hollande et Merkel et ce n’est pas seulement du jeu politique.”

Les deux dirigeants se sont retrouvés à Minsk le 12 février face à Vladimir Poutine pour une négociation à haute intensité dramatique, voire historique, ce qui les a encore plus soudés.

A Berlin, on confirme ce que Gunther Krichbaum, président chrétien-démocrate de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, qualifie de “résurrection” du partenariat franco-allemand en raison de la gravité des enjeux.

“VÉRITABLE CAPACITÉ D’AGIR”

Après avoir longtemps exigé des réformes structurelles de son allié français, la chancelière a apporté sa bénédiction à la loi sur la croissance et l’activité du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, pourtant qualifiée par la droite française -son camp politique- de collection de mesurettes.

“Je sais à quel point il est difficile de faire passer le changement, les réformes”, a-t-elle dit le 20 février lors d’une conférence de presse aux côtés de François Hollande à l’Elysée. “Il y a une véritable capacité d’agir qui existe.”

C’est notamment sur la foi de cette réforme adoptée en force en raison du risque que les “frondeurs” du Parti socialiste faisaient peser sur l’adoption du texte que la Commission européenne a recommandé fin février d’octroyer à la France un nouveau délai pour ramener son déficit public sous la barre des 3% du PIB.

Le gouvernement socialiste, qui avait initialement promis de remplir cet objectif en 2013, aura donc obtenu plus d’un quinquennat, jusqu’à fin 2017, pour y parvenir, sans aucune protestation du gouvernement allemand de grande coalition.

Ce traitement de faveur dont aucun autre pays n’a bénéficié dans la zone euro, et surtout pas l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande, très durement traités, a ulcéré une bonne partie de la Commission mise devant le fait accompli.

“Les règles sont à peine compréhensibles, et leur mise en oeuvre tient du bazar politique”, a également déclaré le président de la Bundesbank, Jens Weidmann.

CRÉDIBILITÉ

Le ministre français des Finances, Michel Sapin, a même dit à des journalistes comprendre l’”énervement” de certains pays.

“Objectivement, la France est affaiblie par son historique”, a-t-il dit. “Quand vous mettez tout cela l’un à côté de l’autre et qu’à côté de ça vous prenez des pays comme la Slovénie, la Lettonie, le Portugal à qui on a dit: ‘quoi qu’il arrive (...) tu respectes, tu n’as pas de délai’, je comprends que ça crée une certaine émotion, une certaine impatience.”

Des sources allemandes haut placées jugent d’ailleurs que François Hollande mène des réformes que son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, n’a jamais faites, qu’il est impossible d’imposer ces changements de l’extérieur et qu’adopter une approche punitive se révélerait contre-productif.

Berlin a en outre conscience du caractère éruptif de la France, où forcer la marche risque d’entraîner des mouvements sociaux qui bloqueraient tout changement, et espère que le président français trouvera dans les encouragements de l’Allemagne des ressources pour accélérer les réformes.

“Peut-être cela aidera-t-il Hollande à se montrer plus audacieux”, souligne Gunther Krichbaum.

Un diplomate français de haut rang estime que la chancelière a bien changé de ton et d’orientation sur les réformes, notamment après l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter en force la loi Macron.

“Ça a mis un peu de temps à créer de la crédibilité sur ce sujet parce qu’il y a un passif en France”, souligne-t-il. “Les choses sont bien clarifiées, si besoin était l’usage du 49-3 a remis les points sur les ‘i’.”

BERLIN SCRUTE LA PROGRESSION DU FN

Pour Claire Demesmay, “il y a clairement une volonté de ne pas brusquer le partenaire français qui est remise dans le contexte européen” et l’Allemagne, consciente de sa mauvaise image dans nombre de pays de l’UE où elle est perçue comme responsable de l’austérité, entend grâce à son tandem avec la France faire passer des messages aux autres capitales.

De ce point de vue, la manière dont Paris a rappelé au nouveau gouvernement grec de gauche radicale que la France exigerait que la Grèce respecte ses engagements, a grandement rassuré l’Allemagne, qui craignait de voir l’exécutif socialiste abonder dans le sens du Premier ministre Alexis Tsipras.

François Hollande, qui avait au début de son mandat tenté de nouer des alliances de contournement de l’Allemagne, notamment avec l’Italie, pour atténuer les exigences budgétaires, s’est aussi, comme tous ses prédécesseurs, rendu compte que seul l’axe Paris-Berlin permettait de faire avancer les choses.

Enfin, la politique intérieure française est scrutée à la loupe à Berlin, où la progression du Front national, désormais crédité de quelque 30% des voix, alarme la classe politique.

“Il y a à Berlin une conscience très vive du risque que fait peser le Front national sur le jeu politique français”, dit Claire Demesmay, qui note toute l’attention portée parallèlement à Berlin à la fragilité de la majorité socialiste.

“L’intérêt est surtout de ne pas affaiblir Hollande davantage qu’il ne l’est aujourd’hui vis-à-vis de l’aile gauche du PS et du Front national”, ajoute-t-elle.

Avec Paul Taylor, Julien Ponthus et Andreas Rinke, édité par Jean-Baptiste Vey

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below