February 12, 2015 / 11:44 AM / 4 years ago

Lueur d'espoir pour l'Ukraine après l'accord conclu à Minsk

MINSK (Reuters) - Un accord offrant un espoir de fin de conflit en Ukraine a été conclu jeudi à Minsk au terme d’une longue nuit et d’une matinée de discussions entre les dirigeants ukrainien, russe, français et allemand.

Militaires ukrainiens près de Debaltseve, dans l'est du pays. Un accord offrant un espoir de fin de conflit en Ukraine a été conclu jeudi à Minsk au terme d'une longue nuit et d'une matinée de discussions entre les dirigeants ukrainien, russe, français et allemand. /Photo prise le 12 février 2015/REUTERS/Gleb Garanich

Tous les obstacles à la paix n’ont cependant pas été levés et les divergences demeurent entre les dirigeants, ne serait-ce que dans les motifs avancés par Angela Merkel et Vladimir Poutine lorsqu’ils ont été invités à s’expliquer sur la durée des négociations.

Autre signe témoignant de la fragilité de l’accord conclu à Minsk, Kiev a annoncé jeudi qu’une cinquantaine de chars avaient pénétré en territoire ukrainien en provenance de Russie.

L’accord “global” assorti d’un cessez-le-feu appelé à entrer en vigueur le 15 février a été obtenu au terme de longues heures de pourparlers dans les salons et les couloirs couverts de marbre du palais de l’Indépendance, imposant bâtiment construit sous la houlette du président biélorusse Alexandre Loukachenko.

“L’essentiel de ce qui a été obtenu, c’est qu’un cessez-le-feu général et inconditionnel sera proclamé dans la nuit de samedi à dimanche”, s’est félicité le président ukrainien Petro Porochenko après 17 heures de négociations, ajoutant qu’il serait suivi d’un retrait des armes lourdes.

SOUVERAINETÉ PRESERVÉE

Les “quatre” ont par ailleurs assuré que la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine seraient respectées, selon un document conjoint distribué par le Kremlin.

“Nous sommes parvenus à nous entendre sur les principaux points”, a déclaré Vladimir Poutine en annonçant la conclusion de l’accord.

“C’est un espoir pour l’Ukraine, un soulagement pour l’Europe et un bel exemple de ce que l’Allemagne et la France sont capables de faire au service de la paix”, a quant à lui souligné François Hollande, rappelant que le sommet avait été organisé à l’initiative de Paris et de Berlin.

A son arrivée au Conseil européen de Bruxelles, le président français a toutefois souligné que l’accord conclu à Minsk ne garantissait pas qu’une paix durable serait instaurée.

“L’accord ne garantit pas qu’il y aura dans les jours prochains un succès durable, cela suppose que nous continuions à être vigilants, à exercer la pression et à poursuivre le mouvement qui a été engagé grâce à l’initiative que la chancelière et moi-même nous avons pu lancer”, a-t-il dit de retour de la capitale de Biélorussie.

Le président français a assuré que “toutes les questions” avaient été traitées, y compris les relations économiques, et que le texte avait été signé par les séparatistes prorusses.

François Hollande et Angela Merkel demanderont aux dirigeants européens réunis jeudi à Bruxelles, en présence de Petro Porochenko, de l’approuver.

DIVERGENCES

L’accord devrait forcément influencer le débat entre Européens sur la nécessité de durcir ou non les sanctions à l’encontre de Moscou, qui était déjà à l’ordre du jour du Conseil européen.

Le Premier ministre britannique David Cameron a déclaré que les sanctions qui visent Moscou en raison de son soutien aux séparatistes ne pourraient être levées tant que le présidence russe ne changerait pas d’attitude.

“Je pense qu’il faut être très clair et Vladimir Poutine doit savoir qu’à moins qu’il change de comportement, les sanctions mises en place, ne seront pas levées”, a-t-il dit.

Les tensions entre les dirigeants sont apparues au grand jour, notamment lors de l’annonce de l’accord à laquelle le président russe n’a pas participé.

S’exprimant devant la presse de son pays, Vladimir Poutine a mis la durée des discussions sur le compte de l’Ukraine, qui refuse selon lui d’entrer en contact avec des représentants des régions de Louhansk et Donetsk.

Angela Merkel a au contraire assuré que le président Petro Porochenko avait “fait tout son possible pour qu’il soit mis fin au bain de sang.”

“ENCORE BEAUCOUP DE TRAVAIL”

“Ce que nous avons aujourd’hui sur la table nous donne un grand espoir (...) Cette initiative valait vraiment la peine”, s’est réjouie Angela Merkel.

“Il y a encore beaucoup du travail devant nous, mais ce que nous avons représente une véritable chance d’améliorer la situation (...) A présent le groupe trilatéral va continuer ses travaux. Quant à nous, nous assurerons l’accompagnement et la surveillance de ce processus, toujours dans le format Normandie”, a-t-elle ajouté, évoquant les rencontres à quatre.

Le groupe trilatéral, ou groupe de contact, se compose de la Russie, de l’Ukraine et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Evoquant les discussions, la chancelière allemande a déclaré que Vladimir Poutine avait, “vers la fin des négociations”, fait pression sur les séparatistes pour qu’ils acceptent le cessez-le-feu à partir de samedi minuit.

Avant l’ouverture du sommet, les insurgés avaient lancé l’une de leurs plus vastes offensives contre Debaltseve, où 19 soldats ukrainiens avaient été tués en 24 heures.

Des renforts russophones à bord de blindés sans signes distinctifs se dirigent depuis plusieurs jours vers cette ville stratégique située entre les bastions séparatistes de Donetsk et de Louhansk.

Face à l’aggravation du conflit, les Etats-Unis ont commencé à envisager ouvertement de fournir des armes à l’Ukraine même si aucune décision n’a été prise par la Maison blanche.

Sur le front économique, le Fonds monétaire international (FMI) a conclu un accord de principe sur une facilité de crédit élargie de 17,5 milliards de dollars (15,4 milliards d’euros) destinée à l’Ukraine, dans le cadre d’un programme de financement total de 40 milliards de dollars, a annoncé sa directrice générale, Christine Lagarde.

Avec Aleksandar Vasovic, Alessandra Prentice, Margarita Chornokondatrenko, Gabriela Baczynska, Alexander Winning, Vladimir Soldatkin, Aleksandar Vasovic, Lidia Kelly, Richard Balmforth et Andrei Makhovsky; Jean-Philippe Lefief et Nicolas Delame pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse

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