January 12, 2015 / 6:13 AM / 4 years ago

Une marée humaine défile contre le terrorisme

PARIS (Reuters) - Plus de 3,7 millions de personnes ont défilé dimanche à Paris et dans le reste de la France en hommage aux 17 personnes tuées dans une série d’attentats djihadistes, une mobilisation historique sans équivalent depuis la Libération.

Plus de 3,7 millions de personnes ont défilé dimanche à Paris (photo) et dans le reste de la France en hommage aux 17 personnes tuées dans une série d'attentats djihadistes, une mobilisation historique sans équivalent depuis la Libération. /Photo prise le 11 janvier 2015/REUTERS/Gonzalo Fuentes

Le ministère de l’Intérieur a fait état dimanche soir de 2,5 millions de manifestants en province et d’un chiffre situé entre 1,2 et 1,6 million de personnes pour le défilé de Paris, une fourchette large due au fait que la foule a débordé du parcours prévu dans la capitale, rendant tout comptage précis impossible.

Si l’on ajoute aux manifestations de dimanche, qui sont selon l’Intérieur les plus importantes jamais recensées en France, les 700.000 personnes qui ont défilé dès samedi, on arrive au chiffre d’au moins 4,4 millions de personnes. Aucun incident n’est venu ternir les rassemblements.

“Il fallait une révolte, nous l’avons vue au fond d’une certaine manière tout au long de cette journée”, a déclaré le Premier ministre Manuel Valls à son arrivée à la synagogue de la Victoire à Paris pour un hommage aux quatre victimes juives.

“Pour que cette journée reste dans l’Histoire, il faut que cette dignité, cette capacité à se rassembler, ce travail sur nous-mêmes, nous le poursuivions. Ce n’est pas une journée seulement, même si elle marquera l’histoire”, a-t-il ajouté. “Je suis tellement fier des Français, de ce que les Français ont été capables de dire au monde entier aujourd’hui.”

Séparés de la manifestation pour des raisons de sécurité, une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement ou de présidents d’institutions internationales, 130 pays en tout étant représentés, ont commencé à marcher un peu après 15H00 (14H00 GMT), avec le président français à leur tête.

Ce dernier était entouré, bras dessus bras dessous, du président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, et de la chancelière, Angela Merkel, qui donnaient respectivement le bras au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

MOBILISATION HISTORIQUE

Les dirigeants étrangers ont défilé pendant un quart d’heure, visiblement pour montrer qu’ils n’avaient pas peur, avant de repartir pour la plupart vers leur pays.

Après le départ de ses invités, auxquels il a donné l’accolade, François Hollande est resté quelques minutes de plus pour serrer dans ses bras les proches des victimes en pleurs.

Il a ensuite rendu visite à la famille d’Ahmed Merabet, le policier exécuté mercredi par les tueurs de Charlie Hebdo, avant d’aller se recueillir à la synagogue en compagnie de Benjamin Netanyahu en hommage aux victimes de la supérette casher.

La manifestation de Paris est sans conteste la plus importante depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et a rassemblé plus de monde que celles de 1968 en soutien au général de Gaulle ou de 1984 pour l’école libre, qui avaient toutes deux rassemblé autour d’un million de personnes.

Tous les axes autour de la place de la République étaient noirs de monde bien avant le début du défilé et, hormis le cortège officiel séparé, la manifestation ne s’est ébranlée que plus de deux heures après le moment prévu par les organisateurs.

La dispersion du cortège a eu lieu vers 20H00.

La mobilisation a été également très forte dimanche dans le reste du pays, avec 2,5 millions de manifestants recensés.

La police a ainsi compté 300.000 personnes à Lyon et 140.000 à Bordeaux, 115.000 à Rennes, 60.000 à Marseille, 50.000 à Nancy, Montpellier et Angers, 45.000 à Metz, 40.000 à Perpignan et Strasbourg, et plus de 16.000 manifestants dans des petites villes comme Albi et Rodez, dans le Sud-Ouest.

Partout, les “Je suis Charlie” étaient lancés par la foule, en référence à l’hebdomadaire Charlie Hebdo, où 12 personnes ont été tuées mercredi, avec des “Je suis juif” entrecoupés de débuts de Marseillaise.

Avant son départ de Jérusalem pour Paris, Benjamin Netanyahu a dit qu’Israël était le “foyer” des juifs de France.

“Tout juif qui veut immigrer en Israël y sera reçu les bras ouverts”, a-t-il déclaré.

“JE SUIS CHARLIE, JE SUIS JUIF, JE SUIS FLIC”

Dimanche matin, les organisations juives de France ont été reçues à l’Elysée par François Hollande.

“C’est très douloureux pour nous (...) d’entendre en 2015 en France, dans l’une des plus importantes démocraties du monde, que des juifs pourraient avoir peur”, a dit le grand rabbin de France, Haïm Korsia, exigeant la protection de l’Etat.

“‘Je suis Charlie, je suis juif, je suis flic et nous sommes la République’. C’est le message que des milliers de personnes porteront aujourd’hui en ce temps d’unité nationale”, a déclaré à la sortie de l’entretien Sacha Riengewirtz, président de l’Union des étudiants juifs de France.

Sur la place de la République, non loin des locaux du journal Charlie Hebdo, les manifestants ont commencé à affluer dès le début de la matinée dans une atmosphère bon enfant, les cars de CRS étant même applaudis par la foule.

“Je suis là par solidarité avec les familles des victimes, pour la liberté d’expression et pour la liberté de la presse”, a expliqué Zakaria Moumni, 34 ans, un sportif professionnel franco-marocain qui portait un drapeau Français. “Je suis là pour montrer aux terroristes qu’ils n’ont pas gagné, au contraire ça a rassemblé les gens de toutes les religions.”

“PLUS JAMAIS ÇA”

Abdel Labz, un musulman marocain de 61 ans vivant depuis 35 ans en France, s’est déclaré “horrifié par les attentats”.

“Je suis horrifié de voir la mauvaise image que ça donne au monde ‎entier. Ils sont loin, loin, loin d’être musulmans”, a-t-il dit. “Ça ne suffit pas de dire Allahou Akbar.”Fanny Appelbaum, une retraitée juive de 75 ans qui a perdu ses deux soeurs et son frère à Auschwitz‎, a dit ressentir “beaucoup de peine, pas de haine”.

“Le message aujourd’hui est ‘plus jamais ça’”, a-t-elle dit. “C’est pas une bande de petits voyous qui va faire la loi. Et des voyous il y en a de toutes les religions.”

La France a maintenu son dispositif antiterroriste Vigipirate à son niveau d’alerte le plus élevé après la mort de 17 personnes dans la série d’attentats.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a réuni dimanche à Paris ses homologues des principaux pays européens et des Etats-Unis, a fait état d’un accord pour améliorer la coopération dans la lutte contre le terrorisme.

Il a annoncé qu’une réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’UE aurait lieu vendredi prochain pour coordonner les actions, les textes européens étant selon lui insuffisants pour faire face à la menace.

Le ministre américain de la Justice, Eric Holder, a dans la foulée annoncé la tenue d’un sommet international contre le terrorisme le 18 février à Washington.

Jean-Baptiste Vey, Ingrid Melander, Elizabeth Pineau et Julien Ponthus, avec Sybille de la Hamaide, édité par Yves Clarisse

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