January 9, 2015 / 9:03 AM / 3 years ago

Charlie Hebdo : les deux suspects retranchés dans une imprimerie

par John Irish

Une importante opération de police est en cours en Seine-et-Marne dans le cadre de la recherche des présumés tueurs de Charlie Hebdo. De source policière, on fait état de la prise en otage d'une personne dans une entreprise de Dammartin-en-Goële, où les deux suspects de l'attentat qui a fait 12 morts auraient été identifiés. /Photo prise le 9 janvier 2015/REUTERS/Pascal Rossignol

DAMMARTIN-EN-GOELE, Seine-et-Marne (Reuters) - Les deux suspects de la tuerie de Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, sont cernés dans le local d’une imprimerie de Seine-et-Marne par les forces de l’ordre, qui s’efforcent d’établir un dialogue avec eux.

“Au moment où nous parlons, les forces de police et de gendarmerie sont en train, je l’espère, d’être en situation d’appréhender, de mettre hors d’état de nuire, les auteurs de cet acte barbare”, a déclaré le Premier ministre, Manuel Valls, lors d’une visite dans les locaux du quotidien Libération, qui héberge depuis vendredi les journalistes de Charlie Hebdo.

Chérif et Saïd Kouachi, activement recherchés depuis la veille dans une région située au nord-est de Paris, se sont barricadés dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de la capitale et non loin de l’aéroport Charles-de-Gaulle.

Une source policière a fait état de la prise en otage d’une personne dans l’imprimerie, un bâtiment situé dans une zone industrielle.

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Pierre-Henry Brandet, a catégoriquement démenti qu’il y ait eu des victimes vendredi en Seine-et-Marne et a dit ne pas pouvoir confirmer la présence d’un otage avec les “forcenés” qui sont retranchés.

Il a ajouté que la priorité était l’établissement d’un dialogue pour tenter d’obtenir leur reddition.

“Ça peut prendre beaucoup de temps, des heures, quelquefois des jours. On a vu des évènements de ce type se dérouler sur plusieurs jours”, a-t-il dit à la presse à Dammartin-en-Goële.

Les deux suspects ont dit qu’ils voulaient mourir en martyr, a dit le député UMP de Seine-et-Marne Yves Albarello, présent au PC de crise sur place, sur iTELE.

LOURD SILENCE

Sur place, les cinq hélicoptères qui survolaient la zone industrielle se sont posés et un lourd silence pèset dans la région.

Le GIGN (Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale) pilote les opérations mais les forces d’élite de la police, le Raid, notamment, sont présentes en renfort.

La mairie de Dammartin-en-Goële a invité ses administrés à rester chez eux et a confiné les enfants dans les écoles.

Bernard Cazeneuve a par ailleurs annoncé que l’enquête sur l’assassinat jeudi d’une policière à Montrouge (Hauts-de-Seine), près de Paris, avançait avec l’identification d’un suspect qui n’a pas été interpellé.

Une fusillade a éclaté vendredi dans un supermarché casher de la porte de Vincennes, dans le XIIe arrondissement de Paris, et des otages ont été pris, ajoutant à la lourdeur du climat.

Lors d’une réunion avec des préfets, Manuel Valls a fait savoir qu’il serait “sans doute nécessaire de prendre de nouvelles mesures” pour répondre aux menaces.

L’entourage de François Hollande a précisé que les autorités savaient depuis jeudi que les suspects de la tuerie de Charlie Hebdo étaient restés dans la zone où ils avaient été identifiés.

Une vaste opération avait été menée jeudi dans la région de Villers-Cotterêts (Aisne), à 80 km au nord-est de Paris, pour appréhender les frères Kouachi, dont la présence sur place avait été signalée par des témoins.

FILIÈRE YEMENITE

Neuf personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur cet attentat sans précédent en France et qualifiée de “terroriste” par François Hollande.

L’une des personnes en garde à vue est un jeune homme de 18 ans, Hamyd Mourad, qui s’est présenté de lui-même mercredi au commissariat de Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Les huit autres sont des proches ou des membres de l’entourage des frères Kouachi.

Si le plus jeune des frères Kouachi, Chérif, avait été condamné en France pour avoir fait partie d’un réseau djihadiste — il avait été interpellé en 2005 alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Irak pour y combattre —, les autorités françaises n’ont pas fait état du même parcours pour l’aîné, Saïd.

Mais des sources européennes et américaines proches de l’enquête ont déclaré jeudi à Reuters que Saïd Kouachi s’était rendu au Yémen en 2011 pour s’entraîner avec des militants islamistes liés à Al Qaïda.

Il serait resté plusieurs mois au Yémen pour s’entraîner avec les militants d’Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa).

Un haut responsable des services de renseignement yéménites a précisé vendredi que Saïd Kaouchi avait rencontré l’ancien prédicateur d’Al Qaïda Anouar al Aoulaki lors de son séjour.

Mais il n’a pas confirmé qu’il avait suivi un entraînement militaire, évoquant des études religieuses. Anouar al Aoulaki a été tué en septembre 2011 dans une frappe de drone américain.

L’attaque contre la rédaction de Charlie Hebdo, qui a suscité une vive émotion dans le pays, est la plus meurtrière commise en France depuis les vagues d’attentats islamistes à Paris en 1986 (12 morts dans une dizaine d’attentats) et 1995 (huit morts et près de 120 blessés dans le RER B à la station Saint-Michel.

Avec Nicolas Bertin et le service français, édité par Yves Clarisse et Gilles Trequesser

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