October 27, 2014 / 4:53 PM / 4 years ago

Une explosion à l'origine de la mort de Rémi Fraisse à Sivens

par Johanne Decorse

Manifestation contre le barrage de Sivens, lundi à Albi. Rémi Fraisse, le jeune homme de 21 ans retrouvé mort dans la nuit de samedi à dimanche sur le chantier, a été victime d'une forte explosion, mais les circonstances de son décès restent encore floues. /Photo prise le 27 octobre 2014/REUTERS/Régis Duvignau

ALBI Tarn (Reuters) - Rémi Fraisse, 21 ans, retrouvé mort dans la nuit de samedi à dimanche sur le chantier du barrage controversé de Sivens (Tarn) a été victime d’une forte explosion, a déclaré lundi le procureur de la République d’Albi, Claude Dérens.

Le médecin légiste n’a pu toutefois affirmer à ce stade que la plaie “importante” située en haut du dos proviendrait d’une grenade lancée depuis la zone où se trouvaient les gendarmes, lors de heurts avec des manifestants, a-t-il précisé lors d’une conférence de presse.

“La déflagration a été forte puisque le jeune homme a été projeté au sol de façon violente”, a indiqué le magistrat.

Aucune trace de particules métalliques ou plastiques n’a été relevée sur la plaie.

Mais des investigations sont menées par la police scientifique sur les prélèvements effectués sur le corps et les effets du jeune homme pour déterminer “le rôle déterminant ou pas de la grenade qui aurait été lancée”, a dit Claude Dérens.

Les résultats devraient être connus mardi.

Plusieurs centaines d’opposants au projet de barrage ont manifesté au même moment devant le palais de justice d’Albi. Les forces de l’ordre, cibles de projectiles, ont fait usage de grenades lacrymogènes pour les disperser.

Une dizaine de rassemblements pour rendre hommage au jeune militant ont eu lieu en France. A Nantes, plusieurs centaines de personnes, dont des opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ont également manifesté pour dénoncer “les violences policières”. Une vingtaine de vitrines de commerces et du mobilier urbain ont été endommagés.

Le rapport d’expertise réalisé à la demande de la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal et publié lundi juge le projet de barrage surdimensionné mais juge peu réaliste d’arrêter le chantier, comme le demande Europe Ecologie-Les Verts.

“EVALUATION CONTESTABLE

Il semble “difficile” d’arrêter le chantier, “compte tenu de l’état d’avancement des travaux et des engagements locaux et régionaux pris avec la profession agricole”, écrivent les experts, Nicolas Forray et Pierre Rathouis.

Selon eux, une intervention ministérielle demandant l’arrêt du projet “n’aurait pas de base légale”.

Le projet de retenue de Sivens est porté par le Conseil général du Tarn et son maître d’ouvrage délégué, la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG).

D’une capacité de 1,5 million de m3 d’eau stockée, le futur barrage sera destiné à hauteur de 70% à l’irrigation des terres agricoles et à 30% au soutien d’étiage de la rivière Tescou, un affluent du Tarn qui connaît des fréquentes périodes d’assec.

Les experts critiquent une évaluation “contestable” des besoins réels d’irrigation et le fait que “le choix d’un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles”.

“Nous avons évalué cinq scénarios qui vont de ‘on continue sans rien changer’ jusqu’à ‘on arrête tout’. Pour nous, continuer, sans rien changer est à de multiples titres une erreur”, ont précisé les experts lors d’un point de presse.

Ils ont donc formulé plusieurs “recommandations” qui touchent à la gestion de la retenue et à la répartition des volumes entre soutien d’étiage et substitution pour l’agriculture.

“Si le Conseil général souhaite poursuivre, nous recommandons un certains nombre d’évolutions, d’inflexions de façon à bien utiliser la ressource en eau qui serait stockée et réduire l’impact du projet sur l’environnement”, ont résumé les deux techniciens.

“D’un drame écologique, le barrage de Sivens devient donc également un drame humain : EELV exige plus que jamais l’arrêt immédiat des travaux”, déclare pour sa part le parti écologiste dans un communiqué.

Avec Gérard Bon, édité par Yves Clarisse

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