September 20, 2014 / 9:29 AM / in 4 years

Exode de Kurdes syriens en Turquie face aux djihadistes

par Daren Butler

Près de la ville turque de Suruç où des tentes étaient en train d'être montées pour accueillir les réfugiés Kurdes de Syrie. Environ 60.000 d'entre eux, fuyant face à la progression des djihadistes de l'Etat islamique, sont passés en Turquie au cours des dernières 24 heures, à la suite de l'ouverture de la frontière par Ankara. /Photo prise le 19 septembre 2014/REUTERS

SURUC Turquie (Reuters) - Environ 60.000 Kurdes de Syrie, fuyant face à la progression des djihadistes de l’Etat islamique (EI), sont passés en Turquie au cours des dernières 24 heures, à la suite de l’ouverture de la frontière par Ankara, a déclaré samedi le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmus.

La Turquie a ouvert des passages à sa frontière vendredi sur un tronçon de 30 km entre Akçakale et Mursitpinar face à l’exode des civils kurdes craignant une attaque imminente contre la ville frontalière d’Aïn al Arab, appelée Kobani en kurde. Les combattants arabes de l’Etat islamique se sont déjà emparés de plusieurs dizaines de villages autour de cette localité.

Lokman Issa, agriculteur de 34 ans ayant pu gagner la Turquie, raconte que les combattants de l’EI sont arrivés dans son village, Celebi, avec des armements lourds alors que les forces kurdes leur faisant face ne disposaient que d’armes légères.

Assis dans un champ comme de nombreux autres réfugiés après avoir franchi la frontière sous le regard des soldats turcs, Abdoullah Chirane raconte des scènes d’horreur dans son village de Chirane, situé à une dizaine de kilomètres de Kobani.

“L’EI est arrivé et a attaqué et nous sommes partis avec les femmes mais les autres hommes sont restés derrière (...) Ils ont tué beaucoup de personnes dans les villages en les égorgeant. Nous étions terrifiés à l’idée qu’ils nous coupent la gorge à nous aussi”, dit cet ingénieur de 24 ans.

D’après les autorités, des milliers de Kurdes syriens attendaient toujours de pouvoir franchir la frontière samedi soir.

“Les Etats-Unis, la Turquie, la Russie, les pays amis doivent nous aider. Ils doivent bombarder l’Etat islamique. Tout ce qu’ils savent faire, c’est trancher des têtes, ils n’ont rien à voir avec l’islam”, dit Mustafa Saleh, un homme de 30 ans rencontré dans l’enceinte d’un internat à Suruç où des tentes étaient en train d’être montées pour accueillir les réfugiés.

SITUATION CHAOTIQUE

Le maire de Suruç, Orhan Sansal, a qualifié la situation de “chaotique”. “L’aide arrive mais il y a des problèmes d’hébergement. Certains s’installent chez des proches, certains dans des salles de mariage, certains dans des mosquées et dans des bâtiments municipaux”, a-t-il dit.

Les forces kurdes ont évacué au moins 100 villages depuis le début, mardi, de l’offensive de l’Etat islamique dans ce secteur du nord de la Syrie.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), l’Etat islamique a pris le contrôle total d’une trentaine de villages des environs de Kobani abandonnés vendredi soir par les forces kurdes. Trente autres villages seraient attaqués.

Toujours selon cet organisme disposant d’un réseau d’informateurs en Syrie, les djihadistes ont exécuté au moins 11 civils, dont de jeunes garçons, dans les villages qu’ils ont pris près de Kobani.

“L’Etat islamique tue tous les civils qu’il découvre dans chaque village”, affirme Mustefa Ebdi, directeur d’une station de radio locale baptisée Arta FM, resté aux abords de Kobani.

Interrogé au téléphone par Reuters, il dit voir des milliers de personnes attendant de franchir la frontière avec la Turquie.

“Les gens préfèrent fuir que de rester et mourir”, dit-il. “(L’Etat islamique veut) éliminer tout ce qui est kurde. Cela crée un sentiment de terreur.”

“Je confirme que des massacres ont eu lieu dans des villages à l’est de Kobani”, ajoute-t-il.

Sur sa page Facebook, il présente comme un fait établi le meurtre de 34 civils - des femmes, des enfants, des personnes âgées ou handicapées. Il ajoute que 200 villages ont été désertés par leurs habitants.

DES COMBATTANTS KURDES PASSENT DE TURQUIE EN SYRIE

Samedi, des affrontements étaient en cours au nord et à l’est de Kobani, a dit Esmat al Cheikh, chef des forces kurdes qui défendent la ville. Les djihadistes de l’EI, qui disposent de chars, de véhicules blindés, de pièces d’artillerie et de lance-roquettes, ne se trouvent plus qu’à 15 km de la cité, a-t-il précisé à Reuters par téléphone.

Plus de 300 combattants kurdes sont passés de Turquie en Syrie pour aider les Kurdes de ce pays à repousser la progression des djihadistes en direction de Kobani.

“Ils ont franchi la frontière la nuit dernière, ils sont plus de 300”, a déclaré Rami Abdulrahman, directeur de l’OSDH.

Le président du Kurdistan autonome irakien Massoud Barzani a lancé vendredi un appel à une intervention internationale pour protéger Kobani d’un assaut des djihadistes, estimant que ceux-ci devaient être “frappés et anéantis où qu’ils soient”.

Depuis l’offensive éclair en juin de l’EI dans le nord de l’Irak, les pays occidentaux ont accru leurs contacts avec le principal parti politique kurde syrien, le PYD, dont la branche armée est l’YPG.

Cette branche armée dit disposer de 50.000 combattants et estime qu’elle devrait être une alliée naturelle au sein de la coalition que les Etats-Unis s’efforcent de bâtir contre l’EI.

Une éventuelle coopération avec l’YPG paraît toutefois complexe à mettre en place en raison des liens des Kurdes syriens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation des Kurdes de Turquie qualifiée de terroriste par Ankara, les Etats-Unis et l’Union européenne.

Avec Asli Kandemir à Istanbul et Sylvia Westall et Tom Perry à Beyrouth; Eric Faye et Bertrand Boucey pour le service français

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