June 24, 2014 / 9:26 AM / 4 years ago

L'UMP sanctionnerait Jérôme Lavrilleux, qui se rebiffe

PARIS (Reuters) - L’UMP s’est penché mardi soir sur le sort de Jérôme Lavrilleux, qui, menacé d’exclusion après ses révélations sur les fausses factures présumées de l’affaire Bygmalion, s’insurge contre “un procès politique” bafouant la présomption d’innocence.

L'UMP se penchera mardi soir sur le sort de Jérôme Lavrilleux, qui, menacé d'exclusion après ses révélations sur les fausses factures présumées de l'affaire Bygmalion, s'insurge contre "un procès politique" bafouant la présomption d'innocence. /Photo d'archives/REUTERS/Benoît Tessier

Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon, qui assument la gouvernance provisoire du parti depuis la démission forcée de Jean-François Copé, ont affronté un nouveau bureau politique statutaire sous haute tension.

La date du premier tour de l’élection du futur président de la formation a été fixée au 29 novembre prochain et celle du second tour au 6 décembre. L’UMP tiendra ensuite un congrès qui se veut “au-dessus de tout soupçon” le 7 décembre.

Après les soubresauts judiciaires de l’affaire Bygmalion, un montage présumé destiné à masquer des dépassements de frais de l’ordre de 11 à 17 millions d’euros durant la campagne de Nicolas Sarkozy, la révélation d’un prêt de trois millions d’euros à l’UMP en 2012 par le président du groupe UMP à l’Assemblée, à l’insu des députés, agite désormais le parti.

Christian Jacob s’est expliqué mardi matin - “sans esclandre”, selon un participant - devant ses pairs, qui lui ont réaffirmé leur soutien à la quasi-unanimité.

Il a confié un audit des finances du groupe au député UMP Gilles Carrez, président de la commission des Finances de l’Assemblée. “Je présenterai en début d’année un budget du groupe et en fin d’année l’exécution de ce budget”, a-t-il précisé lors d’un point de presse.

Christian Jacob a déclaré avoir consenti ce prêt en toute discrétion pour ne pas exposer au grand jour les problèmes de trésorerie de l’UMP. Au total, 580.000 euros ont été remboursés à ce jour, a-t-il indiqué.

“ÉVITER LE CLASH”

Le “filloniste” Eric Ciotti a estimé mardi sur France Inter que l’ancien ministre chiraquien, qui s’est affranchi récemment de la tutelle de Jean-François Copé, avait été “l’instrument” de ce dernier et que son initiative n’avait rien d’illégal.

“On essaie d’éviter le clash, la rupture, la cassure”, a déclaré sur Europe 1 Jean-Pierre Raffarin.

“J’appelle tout le monde à ce que les tensions personnelles s’apaisent, il nous faut une double vérité. La vérité des militants, avec un congrès serein et démocratique, transparent, en novembre, et d’autre part la vérité de la justice qui nous dira la situation réelle du parti”, a-t-il ajouté.

Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin assurent qu’ils ne se substitueront pas aux juges, contrairement à François Fillon qui veut “toute la lumière” sur la “mafia” copéiste, mais ils devraient enclencher une procédure d’exclusion à l’encontre de l’ex-directeur de cabinet de Jean-François Copé qui a révélé le 26 mai sur BFMTV le système des fausses factures.

Jérôme Lavrilleux, élu député européen le 25 mai, fut directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Il a été entendu la semaine dernière durant douze heures par la police judiciaire.

Il se dit prêt à assumer ses responsabilités dans l’affaire tout en souhaitant que les autres membres de l’équipe de campagne fassent de même, notamment le directeur de campagne Guillaume Lambert, l’ex-directeur général de l’UMP Eric Cesari et l’ex-directrice financière du parti, Fabienne Liadzé.

Jérôme Lavrilleux dédouane catégoriquement Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé.

“LE TYPE QUI PAIERA POUR TOUS”

Alain Juppé a confirmé à Europe 1 l’ouverture d’une procédure à son encontre “en accord avec le collège, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon”. “Cette procédure, qui comprend des garanties pour le parlementaire qu’est M. Lavrilleux, se déroulera sans doute sur un certain temps”, a-t-il précisé.

Ce moine-soldat, entré au RPR en 1989, refuse de jouer les victimes expiatoires.

“Je ne serai pas le type qui paiera pour tous. Je suis un des rares à avoir eu le courage d’assumer certaines choses mais je ne serai pas le gentil mouton que l’on peut amener à l’abattoir sans rien dire”, a-t-il dit au Monde.

“Si mon exclusion de l’UMP était prononcée, cela s’appellerait fouler aux pieds la présomption d’innocence”, prévient-il.

“Je me battrai jusqu’au bout contre cette décision, en allant au bout de la procédure contradictoire. Je porterai plainte contre mon exclusion, qui ne repose sur rien car les statuts de l’UMP ne prévoient pas d’exclure une personne citée dans une affaire. Si mon exclusion était prononcée, ce serait donc un procès politique”.

Plusieurs élus de l’UMP pressent Jérôme Lavrilleux de démissionner de son mandat européen, ce qu’il exclut. La session inaugurale du Parlement de Strasbourg, où siégeront les 751 eurodéputés, est prévue le 1er juillet.

Sophie Louet avec Emile Picy, édité par Gérard Bon

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