June 19, 2014 / 3:38 PM / 4 years ago

Le retour de Nicolas Sarkozy menacé par l'affaire Bygmalion

PARIS (Reuters) - La “bombe à retardement” de l’affaire Bygmalion, en se rapprochant de Nicolas Sarkozy au fil des investigations judiciaires, menace de peser sur sa stratégie de retour.

La "bombe à retardement" de l'affaire Bygmalion, en se rapprochant de Nicolas Sarkozy au fil des investigations judiciaires, menace de peser sur sa stratégie de retour. /Photo d'archives/REUTERS/Yves Herman

“Il faut tout changer”, proclame l’ancien président en Une du Figaro Magazine à paraître vendredi, comme une amorce de programme pour l’élection présidentielle de 2017.

Mais sa volonté affirmée d’un aggiornamento politique, idéologique et moral se heurte à la litanie des “turpitudes” présumées de son ancienne garde rapprochée, pour reprendre un terme de François Fillon, son principal adversaire aujourd’hui.

“Bygmalion, c’est une bombe à retardement, quand elle va exploser pour de bon, il n’échappera pas à l’impact “, juge un cadre de l’UMP.

Son entourage l’assure, Nicolas Sarkozy n’est en rien “concerné” par le système de fausses factures instauré durant la campagne de 2012 pour masquer des dépassements de frais faramineux, de l’ordre de 11 à 17 millions d’euros.

Jérôme Lavrilleux, l’ancien directeur adjoint de la campagne qui a amorcé la bombe avec ses aveux télévisés sur des “dérives” internes, affirme que le président-candidat n’était pas au courant - ni Jean-François Copé, alors secrétaire général de l’UMP - mais que les autres membres de l’équipe, eux, l’étaient malgré leurs dénégations.

Désormais, la “désarkoïsation” rampante à l’UMP ne puise plus au registre de la seule politique mais à celui de la morale. “L’intégrité” dont l’ancien Premier ministre François Fillon veut faire son mantra pour 2017.

RISQUE D’UNE MISE EN EXAMEN

Comment, en effet, rebâtir une “virginité” politique et légitimer une nouvelle candidature pour le Damoclès de la droite?

“Il a un excellent avocat, mais il y a toujours le risque, qu’il ne maîtrise pas, qu’il soit mis en examen six mois avant la présidentielle de 2017”, relève le politologue Thomas Guénolé, en rappelant les six dossiers judiciaires qui le menacent potentiellement.

Le député UMP Hervé Mariton, candidat à la présidence du parti, peu soupçonné d’inféodation aux clans en conflit, a ouvertement mis en cause Nicolas Sarkozy jeudi.

“Je souhaite que la vérité du parti n’anticipe pas la vérité judiciaire, ce serait un peu facile de faire payer les exécutants alors qu’il y a un dossier complexe”, a-t-il dit sur France Info.

“Il est tout à fait possible que Nicolas Sarkozy n’ait pas été au courant des débordements de sa campagne (...). Simplement, il est le candidat, et quand on est le patron, on est responsable”, a-t-il ajouté.

La veille, sur Canal+, Xavier Bertrand jugeait nécessaire que “l’ancien président s’exprime maintenant sur cette affaire, qu’il donne sa version”.

Coutumier des attaques au mortier, le député “filloniste” Bernard Debré a récidivé pour sa part jeudi sur Radio Classique et LCI : “Il y a un problème d’éthique en politique, on ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Il y a des règles, surtout quand on est Président de la République”.

Pour l’élu de Paris, Nicolas Sarkozy “est en train de largement pénaliser son camp au profit de Marine Le Pen”.

“Il faut couper les branches mortes.”

UNE PRÉSIDENCE “DANGEREUSE”

Deux députés UMP, Etienne Blanc et Pierre Morel-A-L’Huissier, ont déposé plainte mercredi contre “X” au nom des élus du parti et de militants “dégoûtés”.

“Comment préparer une présidentielle en 2017 avec une telle suspicion, un tel climat délétère, où tout le monde soupçonne tout le monde?”, justifie Etienne Blanc, par ailleurs avocat.

“Le capitaine sera d’autant plus fort que les choses auront été clarifiées”, ajoute-t-il à propos de l’élection à la présidence de l’UMP prévue lors d’un congrès à l’automne.

Selon Le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy en est toujours au stade de la “réflexion” quant à ses intentions pour le congrès et la primaire d’investiture présidentielle, dont il admettrait désormais le principe selon Brice Hortefeux.

Si l’on en croit l’ancien ministre Patrick Devedjian, lui aussi avocat, “prendre” l’UMP - option défendue par des sarkozystes depuis la démission forcée de Jean-François Copé - serait “dangereux” pour l’ancien président.

“Le nouveau président de l’UMP devra répondre, devant la justice et devant l’opinion, de toutes les accusations à venir. (...) Ce n’est pas maintenant que ça se joue. Nous ne connaissons pas encore l’étendue des irrégularités, le nombre de personnes impliquées...”, déclarait-il récemment au Nouvel Observateur.

avec Marion Douet, édité par Yves Clarisse

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