June 11, 2014 / 1:39 PM / 4 years ago

Les djihadistes de l'EIIL progressent vers Bagdad

TIKRIT Irak (Reuters) - Les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont continué mercredi à gagner du terrain dans le nord de l’Irak, où, après la prise de Mossoul, ils ont progressé le long du Tigre en direction de Bagdad, fondant sur la ville pétrolière de Baïji puis s’emparant de Tikrit.

ATTAQUES DE DJIHADISTES EN IRAK

A Mossoul, ils retiennent au total 80 ressortissants turcs capturés en deux endroits différents de la ville, dont 49 au consulat de Turquie, a dit le ministère turc des Affaires étrangères. Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a prévenu que son pays réagirait de la manière “la plus sévère” s’il leur était fait le moindre mal.

Selon des sources proches des services de sécurité irakiens, les hommes de l’EIIL, dont l’objectif est de restaurer un califat sunnite englobant une partie de la Syrie et de l’Irak, sont arrivés mardi soir à Baïji à bord de véhicules armés. Ils ont incendié le tribunal et le commissariat de police après avoir libéré des prisonniers.

Ces djihadistes, dont le chef, Abou Bakr al Baghdadi, s’est émancipé de la tutelle d’Al Qaïda, ont laissé environ 250 gardiens de la raffinerie de Baïji quitter les lieux sains et saufs.

Située en périphérie de la ville, elle-même à mi-chemin entre Mossoul et Bagdad, cette raffinerie d’une capacité de 300.000 barils par jour fournit en produits pétroliers la plupart des provinces d’Irak et elle est essentielle à l’alimentation en électricité de Bagdad.

Selon des responsables locaux et des habitants, les djihadistes se sont retirés mercredi dans les villages environnants. Les dignitaires tribaux les ont convaincus de ne pas s’en prendre aux installations énergétiques de la ville, la raffinerie et les centrales électriques.

Selon des sources proches des services de sécurité, les combattants de l’EIIL ont pénétré mercredi dans Tikrit, fief de l’ancien dirigeant Saddam Hussein, à bord de plus de 60 véhicules. Ils ont pris le contrôle des bâtiments publics et hissé le drapeau noir de leur mouvement.

“Je me trouvais dans un poste de sécurité à Tikrit. Il y avait trois policiers avec moi et nous avons été surpris lorsque les activistes ont commencé à tirer à la mitrailleuse et à parler à travers des haut-parleurs en nous disant de partir”, raconte le capitaine de police Saleh al Djoubbouri.

“Les trois policiers ont changé de vêtements et ont disparu.”

Le ministre irakien des Affaires étrangères, Hochiar Zebari, a appelé tous les dirigeants irakiens à s’unir face au péril “grave, mortel” que représente la progression des insurgés sunnites, déjà installés depuis le début de l’année dans des villes de la vallée de l’Euphrate comme Falloudja et Ramadi.

DEMANDE D’AIDE AUX PESHMERGAS?

Hochiar Zebari a annoncé une “coopération plus étroite” entre le gouvernement central de Bagdad et les autorités autonomes du Kurdistan pour lutter contre les djihadistes. A Bagdad, certains responsables évoquent une possible demande d’aide aux peshmergas, les combattants kurdes.

Le Premier ministre, Nouri al Maliki, a imputé la chute de Mossoul à un “complot” et a promis de punir les déserteurs. Le dirigeant chiite a affirmé que dans de nombreuses provinces, des volontaires se mobilisaient pour aller combattre les djihadistes aux côtés de l’armée.

“Dans chaque province, une brigade entière est formée et des centaines de milliers de volontaires demandent à s’engager pour combattre le danger auquel est confronté l’Irak”, a-t-il déclaré.

A Sadr City, vaste quartier chiite de Bagdad, des hommes constituaient des stocks d’armes en prévision d’une bataille contre les djihadistes sunnites de l’EIIL.

“L’armée a apporté la preuve de son incompétence. Les gens commencent à ne compter que sur eux-mêmes car l’EIIL peut entrer dans Bagdad à tout instant”, dit l’un de ces habitants, Mouhannad al Darradji.

“Je connais 70 jeunes hommes qui attendent des ordres. Ils pensent tous que cette bataille est une question de survie, face à un ennemi qui sera là pour tuer les chiites. C’est un ennemi sans pitié”, ajoute-t-il.

Quasiment au moment où il s’exprimait, un attentat suicide a fait au moins 16 morts à Sadr City.

Les Etats-Unis, qui ont retiré leurs forces combattantes d’Irak fin 2011, plus de huit ans après avoir renversé Saddam Hussein, se sont engagés mardi à “fournir toute l’aide nécessaire au gouvernement irakien” pour “repousser cette agression”.

Alors qu’ils ont formé et équipé pour près de 25 milliards de dollars les forces de sécurité irakiennes, qui comptent un million de membres, les Etats-Unis jugent que l’EIIL “est non seulement une menace pour la stabilité de l’Irak, mais une menace pour l’ensemble de la région”.

Les combattants de l’EIIL ont fait tomber Mossoul, cité historique de l’islam sunnite, après quatre jours de combats contre les forces gouvernementales.

DRAPEAU NOIR

Un demi-million d’Irakiens ont déjà fui cette ville de deux millions d’habitants et la province dont elle est la capitale, Ninive, a déclaré mercredi l’Organisation internationale des migrations (OIM).

D’après des habitants ayant choisi cet exode, les hommes de l’EIIL impriment leur marque dans toutes les villes qu’ils font tomber, hissant leurs drapeaux noirs sur les commissariats, les casernes de l’armée et les divers bâtiments publics.

Un homme de 40 ans ayant fui la ville avec sa famille témoigne pour sa part: “Nous sommes effrayés parce qu’on ne sait pas qui ils sont. Ils se présentent comme des révolutionnaires. Ils nous ont dit de ne pas avoir peur et qu’ils étaient venus nous libérer de l’oppression.”

Réputés pour leur rigorisme religieux et leur audace au combat, les hommes de l’EIIL se sont aussi implantés en Syrie à la faveur de la rébellion armée contre le président Bachar al Assad, n’hésitant pas à combattre d’autres groupes insurgés sunnites pour y étendre leur territoire.

La prise de Mossoul après les avancées enregistrées dans la province d’Anbar, où se trouvent Ramadi et Falloudja, permet à l’EIIL de consolider ses positions le long de la frontière avec la Syrie.

Cette offensive fragilise en outre Nouri al Maliki, accusé par ses détracteurs d’avoir nourri la rébellion en marginalisant la minorité sunnite en huit années d’exercice du pouvoir.

Avec Raheem Salman, Ahmed Rasheed et Isra al Rubei'i à Bagdad; Jean-Stéphane Brosse, Guy Kerivel et Bertrand Boucey pour le service français

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