May 14, 2014 / 8:40 AM / 5 years ago

Ségolène Royal brise l'unité gouvernementale au nom de sa liberté

PARIS (Reuters) - Moins de deux mois après sa nomination au ministère de l’Ecologie, Ségolène Royal fait valoir une liberté de parole en contradiction avec la cohésion voulue par Manuel Valls, n’hésitant pas à critiquer ouvertement le tandem de Bercy.

Ségolène Royal dénonce dans Paris Match les "boules puantes" et le "mépris", selon elle, de certains de ses collègues au gouvernement et prévient qu'on ne la musèlera pas. Dans un article à paraître jeudi, la ministre de l'Ecologie s'offusque des "procès en incompétence" qui lui seraient faits au sein d'une classe politique "majoritairement composée de machos sûrs de leur bon droit". /Photo prise le 7 mai 2014/REUTERS/Philippe Wojazer

“Ceux qui veulent me museler se trompent. Oui, je parle. C’est ma liberté et je la garderai quoi qu’il arrive”, affirme la ministre de l’Ecologie dans un article à paraître jeudi dans Paris Match. “Et si j’ai envie de dire autre chose que ce qui est convenu, je le dirai”.

La numéro trois du gouvernement a assuré mercredi à des journalistes ne pas se souvenir “avoir dit des choses comme cela, si ce n’est sur le ton de la plaisanterie”.

Elle s’est défendue de toute atteinte à la solidarité gouvernementale, prônée avec fermeté par le Premier ministre Manuel Valls, et a fait valoir son amitié et sa coopération avec “Arnaud et Michel” - Arnaud Montebourg et Michel Sapin qu’elle critique ouvertement dans Paris Match.

La candidate socialiste à la présidentielle de 2007, qui s’était d’abord astreinte à une relative discrétion après l’élection en 2012 de François Hollande, le père de ses quatre enfants, avait commencé à distiller l’an dernier ses critiques à l’encontre de l’équipe de Jean-Marc Ayrault, à mesure qu’enflaient les rumeurs sur son entrée au gouvernement.

“BOULES PUANTES”

Soumise à un strict code de conduite dicté par Manuel Valls après sa nomination à Matignon afin d’en finir avec la cacophonie qui marqua l’ère Ayrault, elle revendique aujourd’hui sa liberté dans son registre “franc-tireur”.

L’unité mise en avant jusqu’à présent avec un certain succès par Manuel Valls, qui avait plaisanté en avril sur l’opportunité d’un “logiciel anti-couacs”, s’en trouve ébranlée.

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a rappelé mercredi l’importance de la cohésion gouvernementale en réponse à une question sur la charge de Ségolène Royal.

“Elle est sacrée parce qu’elle est la condition de la réussite. Il n’y a pas de réussite dans un gouvernement sans la solidarité gouvernementale et sans la cohésion gouvernementale”, a-t-il dit lors du compte rendu du conseil des ministres.

Dans Paris Match, Ségolène Royal dénonce les “boules puantes”, la “condescendance”, le “mépris”, selon elle, de certains ministres et s’offusque des “procès en incompétence” qui lui seraient faits au sein d’une classe politique “majoritairement composée de machos sûrs de leur bon droit”.

Elle assure être en “phase politique” avec François Hollande et qualifie de “fluides” ses relations avec le chef de l’Etat.

“Je fais mon travail. Le reste, je m’en fiche. Je n’ai pas de temps à perdre”, souligne Ségolène Royal. “Je suis à ce poste parce que je suis compétente. Peut-être même la plus compétente”.

“INSINUATIONS”

Michel Sapin et Arnaud Montebourg sont dans son viseur.

Persistant dans son refus d’imposer une “écologie punitive” aux Français sous la forme d’une écotaxe sur les poids lourds, solution défendue notamment par le ministre des Finances et une mission parlementaire, elle accuse ce dernier de duplicité.

“Michel Sapin a une position institutionnelle qui colle, comme par hasard, à celle de la commission parlementaire présidée par le député Jean-Paul Chanteguet, dont il est le suppléant. Ce qu’il m’avait caché. Il a fallu que je le découvre par hasard”, explique-t-elle.

“Moi, j’ai une position imaginative, créative. Sur ce dossier, je suis attendue au tournant. Mais j’avancerai. A marche forcée s’il le faut”, prévient-elle.

Sur Alstom, Ségolène Royal fissure l’unanimisme de l’exécutif français, qui pousse l’offre de reprise de Siemens pour les activités énergie face au projet de General Electric, en plébiscitant la proposition du groupe américain.

“General Electric est une très bonne opportunité pour Alstom. C’est le meilleur projet industriel. Pourquoi ne pas le dire? Et pourquoi vouloir systématiquement faire fuir les investissements étrangers?”, dit-elle dans Paris Match.

La ministre a déclaré par la suite aux journalistes qu’elle n’avait pas de préférence entre GE et Siemens.

“Il y a des discussions entre ministres, des discussions franches, mais nous sommes très solidaires les uns des autres contrairement aux insinuations que tel ou tel article de presse voudrait avancer”, a-t-elle dit à l’issue d’une réunion à l’Elysée sur la transition énergétique.

“Je ne me laisserai ni dégrader ni ballotter par des déclarations de presse”, a-t-elle lancé, sans toutefois démentir les propos “sortis de leur contexte” qui lui sont prêtés dans Paris Match.

Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

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