April 11, 2014 / 12:57 PM / 5 years ago

Syndicats sur leur faim, patronat impatient après avoir vu Valls

PARIS (Reuters) - Le patronat a demandé vendredi à Manuel Valls une accélération de la mise en oeuvre des baisses de charges et d’impôts pour les entreprises lors d’un premier contact avec le nouveau Premier ministre, qui a laissé les syndicats sur leur faim.

Les premiers syndicats reçus par Manuel Valls sont restés sur leur faim vendredi, après un contact inaugural avec le Premier ministre qui compte sur les partenaires sociaux pour la mise en oeuvre du pacte de responsabilité. /Photo prise le 4 avril 2014/REUTERS/Philippe Wojazer

Trois jours après son discours de politique générale, le chef du gouvernement a reçu successivement cinq centrales syndicales et trois organisations patronales avec les ministres du Travail, de l’Economie et de la Fonction publique.

“C’est une journée de dialogue social. C’est ma marque (...) et cette volonté sera permanente”, a-t-il déclaré à la fin des consultations, soucieux de “rassembler les énergies” pour l’emploi et la croissance.

Il a annoncé la “mobilisation” des préfets, sous-préfets et responsables de Pôle emploi avec les ministres concernés pour “donner une impulsion dans les prochains jours en faveur du pacte de responsabilité”.

Si les organisations patronales se sont montrées les plus positives après leur passage à Matignon, le Medef, la CGPME et l’Union professionnelle artisanale (UPA) ont insisté sur l’urgence de la situation pour les entreprises.

Le président du Medef s’est dit prêt à jouer le jeu du pacte de responsabilité, qui prévoit, en échange d’investissements et d’embauches, près de 39 milliards d’euros bruts de baisses de cotisations et d’impôts sur les entreprises en trois ans, dont les 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE).

Mais “cette trajectoire n’est pas suffisamment rapide, il faut accélérer la baisse des impôts et des taxes”, a estimé Pierre Gattaz. Il a en outre demandé que les mesures décidées par Manuel Valls dans le cadre du pacte soient “impérativement” transcrites dans la loi “avant l’été”.

Hormis le CICE, déjà opérationnel, les baisses de charges et d’impôts sont essentiellement prévues à partir de 2015 et 2016.

S’il estime que le pacte “va dans le bon sens”, le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, a jugé trop lointain l’horizon de 2020 fixé pour l’abaissement du taux nominal de l’impôt sur les sociétés (IS) à 28% au lieu de 33,3%. Il a souhaité qu’une étape intermédiaire “de l’ordre de 30%” en 2016 soit annoncée “très rapidement”.

INQUIÉTUDES SYNDICALES

“C’est immédiatement qu’il faut que des mesures soient prises, avec un budget rectificatif éventuellement”, a renchéri le président de l’UPA, Jean-Pierre Crouzet.

Le Premier ministre entend s’en tenir au calendrier qu’il a défini dans son discours de politique générale, dit-on cependant dans son entourage, où l’on insiste en revanche sur la nécessité pour toutes les branches d’engager des négociations d’ici le début de l’été sur les contreparties aux baisses de charges.

Du côté syndical, la CFDT, qui a signé avec la CFTC et le patronat un accord sur des négociations dans les branches sur les contreparties du pacte en matière d’emploi, s’est une nouvelle fois montrée la plus allante.

Mais son secrétaire général, Laurent Berger, n’en a pas moins exprimé des inquiétudes sur plusieurs points, dont la réduction des cotisations sociales patronales et salariales au coeur du pacte de responsabilité.

“Nous avons demandé au gouvernement d’être le garant de la tenue des engagements”, a-t-il déclaré, invitant le Medef à accélérer “les négociations dans les branches”.

Outre un strict contrôle des aides, qui doivent être selon elle distribuées sur trois ans, de 2015 à 2017, la CFDT se veut vigilante sur la mise en place effective du “compte pénibilité”, prévu par la réforme des retraites mais contesté par le patronat, en particulier la CGPME et l’UPA.

Le président de la CFTC, Philippe Louis, s’est pour sa part dit frustré par la lenteur du processus.

“Quand des négociations s’engagent, on est plus sur le maintien d’emplois que sur la création d’emplois”, a-t-il dit. “On a demandé au Premier ministre de raisonner le patronat.”

Les secrétaires généraux de la CGT et Force ouvrière (FO), Thierry Lepaon et Jean-Claude Mailly, ont redit leur hostilité au pacte de responsabilité et se sont montrés inquiets de l’avenir du financement de la protection sociale.

Le gouvernement envisage de baisser en partie les cotisations patronales pour les accidents du travail et maladies professionnelles, et les cotisations retraite des salariés modestes.

MOBILISATION

L’entourage du Premier ministre a fait savoir que cela n’aurait “aucune incidence” sur les droits des salariés et serait compensé par l’Etat. Mais Jean-Claude Mailly dénonce “des risques sérieux sur les prestations sociales.

FO et la CGT veulent mettre l’emploi, les salaires, les services publics et la protection sociale à l’ordre du jour de la conférence sociale prévue au début de l’été.

Thierry Lepaon a brandi la menace d’une mobilisation dans la rue, en particulier pour exiger des négociations salariales.

“Il faut que les salariés fassent irruption sur le terrain social”, notamment le 1er mai, a-t-il dit.

La présidente de la CFE-CGC a pour sa part insisté sur le sort des classes moyennes, que le syndicat de l’encadrement juge insuffisamment prises en considération.

“L’encadrement, les classes moyennes ne sont pas la variable d’ajustement de l’ensemble des réformes à venir”, a dit Carole Couvert. “Nous jugerons sur les faits.”

Avec Elizabeth Pineau, édité par Marine Pennetier

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