April 5, 2014 / 4:08 PM / 5 years ago

La fronde s'amplifie chez les députés socialistes

PARIS (Reuters) - Près d’une centaine de députés socialistes ont signé un texte appelant à changer de cap politique et menacent de ne pas voter la confiance au gouvernement que Manuel Valls engagera mardi.

Près d'une centaine de députés socialistes ont signé un texte appelant à changer de cap politique et menacent de ne pas voter la confiance au gouvernement que Manuel Valls engagera mardi. /Photo prise le 26 février 2014/REUTERS/Jacky Naegelen

La fronde des députés PS, sortis groggy de la déroute aux élections municipales, prend de l’ampleur à l’approche du discours de politique générale du Premier ministre, qui y donnera des éléments du contesté “pacte de responsabilité”.

L’aile gauche du PS impulse ce mouvement mais de plus en plus de députés s’y joignent, a dit samedi à Reuters Pouria Amirshahi, l’un des initiateurs du “contrat de majorité” lancé vendredi soir.

“Les noms des signataires seront rendus publics dimanche. Je ne revendique pas que ce soit une initiative de l’aile gauche. Ça va plus loin”, a-t-il dit. “Le désaccord est plus profond qu’un simple désaccord entre gauche et droite du PS.”

Manuel Valls a obtenu vendredi le feu vert du conseil des ministres pour demander la confiance et ainsi éviter un vote sur le seul pacte de responsabilité, qui ulcère la gauche du PS et figurera donc dans un discours plus large.

Jean-Marc Germain, chef de file des “reconstructeurs” et très proche de la maire de Lille Martine Aubry, avait prévenu vendredi que 65 députés voulaient obtenir des “assurances”, notamment sur un rôle plus fort du Parlement.

Les rangs ont grossi avec la diffusion d’un “contrat de majorité” lancé entre autres par Pouria Amirshahi, Jean-Marc Germain ou Laurence Dumont, vice-présidente de l’Assemblée jusqu’à lors plutôt discrète.

Ce texte appelle le gouvernement à consulter davantage sa majorité et à réorienter sa politique et celle de l’Europe afin de combattre l’austérité, d’investir directement pour l’emploi et de privilégier un “choc de demande” à travers des mesures en faveur du pouvoir d’achat.

Il associe des sensibilités du PS allant au-delà de ce qui est en général présenté comme son aile gauche (Maintenant la Gauche, Un monde d’avance, La gauche populaire) avec une partie des “reconstructeurs” ou encore une poignée de proches d’Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l’Economie, et des députés sans courant.

NI “CHÈQUE EN BLANC”, NI VOTE CONTRE

“Les municipales ont sanctionné une politique économique et la désorganisation de la majorité, du fait que le pouvoir a contourné le Parlement et confié le pacte de responsabilité à deux syndicats et au patronat”, a dit Pouria Amirshahi, qui évoque l’accord entre CDFT, CFTC et organisations patronales sur les contreparties aux baisses de charges.

“Il serait temps de comprendre qu’un gouvernement procède d’une majorité (...) Valls ne représente pas un point d’équilibre mais un point de bascule de la famille socialiste. Nous n’avons pas voulu lui faire de procès d’intention a priori mais il n’y aura pas de chèque en blanc.”

Il concède toutefois que nombre de signataires du “contrat de majorité” pourraient céder à “l’argument d’autorité” et, au final, voter la confiance au gouvernement.

Il établit en outre une frontière nette entre l’abstention, choix envisagé par beaucoup, et un vote avec l’opposition.

“Je ne vois pas de votre contre, ça ne serait pas responsable. Ce serait provoquer avec la droite la chute du gouvernement ou une dissolution”, a-t-il dit.

Le président François Hollande avait promis le 14 janvier d’engager la responsabilité du gouvernement sur le pacte de responsabilité, qui inclut une baisse du coût du travail de 10 milliards d’euros.

Mais le remaniement gouvernemental et les critiques de plus en plus dures dans la majorité ont changé la donne.

La politique de l’offre privilégiée par François Hollande, qui a ajouté ces dix milliards aux 20 prévus par le crédit impôt compétitivité emploi, et les 50 milliards d’euros d’économies envisagés pour redresser les comptes publics attisent la fronde.

Le chef de l’Etat a esquissé un “pacte de solidarité” qui doit résulter en un geste fiscal pour les ménages d’ici 2017 et une baisse des cotisations salariales sur les bas salaires, mais les contestataires voient dans les diminutions de cotisation “le germe d’une baisse généralisée du niveau de protection sociale”.

L’absence de changement de ligne politique a déjà pesé lourd dans la décision des écologistes de sortir du gouvernement et de laisser planer l’incertitude sur leur vote, mardi.

François Hollande et son gouvernement sont ainsi pris entre deux feux, celui d’une majorité où l’on réclame de plus en plus la fin de l’austérité et celui de la Commission européenne qui, pour l’heure, refuse à la France un délai supplémentaire pour atteindre ses objectifs de réduction des déficits.

Emmanuel Jarry et Grégory Blachier

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