April 1, 2014 / 1:38 PM / 4 years ago

L'Europe bouc émissaire de retour dans le discours socialiste

PARIS (Reuters) - L’Europe bouc émissaire fait son retour dans le discours des dirigeants socialistes français sonnés par leur déroute aux élections municipales, qui parlent de nouveau de “réorienter” l’Union européenne et ne jurent plus que par Matteo Renzi.

L'Europe bouc émissaire fait son retour dans le discours des dirigeants socialistes français sonnés par leur déroute aux élections municipales, qui parlent de nouveau de "réorienter" l'Union européenne et ne jurent plus que par Matteo Renzi. /Photo d'archives/REUTERS

Le président du Conseil italien a testé la vigilance de Bruxelles pour lancer un programme de relance de 90 milliards d’euros et détrôné l’homme du redressement allemand, Gerhard Schröder, référence des sociaux-démocrates du PS français.

Souvent cité quand il s’agit de réformer le marché du travail, l’ancien chancelier allemand est aujourd’hui synonyme d’une austérité accusée de tous les maux par une partie de la gauche française -ainsi que par les extrêmes.

Ministres et élus de la majorité ont reconnu dimanche soir leur responsabilité dans l’ampleur d’une défaite qui en annonce une autre au moins aussi lourde, lors des européennes de mai.

Selon un sondage Ipsos-Steria, le Front national, crédité de 22% des intentions de vote, devancerait alors le PS (19%), qui arriverait en troisième position derrière l’UMP (24%).

Mais très vite est revenue la rengaine traditionnelle des dirigeants français, de droite ou de gauche, quand ils sont confrontés à l’échec politique et à l’impuissance économique.

“L’Europe fouettarde, l’Europe des règles, l’Europe des disciplines, ça suffit!” dit ainsi le président socialiste de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, sur son blog.

“Nous devons nous présenter devant Bruxelles et défendre bec et ongles une nouvelle donne européenne”, ajoute-t-il. “C’est-à-dire de nouvelles protections des travailleurs et de nouveaux investissements européens.”

MONTEBOURG ANTI-“AUSTÉRITAIRE”

Claude Bartolone et une quarantaine de députés PS du courant des “reconstructeurs” se sont réunis mardi matin dans une annexe de l’Assemblée pour demander une “réorientation” de la politique économique et européenne en faveur des investissements publics et d’un rythme moins soutenu de réduction des déficits.

“Il faut tourner le dos définitivement à l’austérité”, a résumé leur chef de file, le député Jean-Marc Germain.

Le ministre sortant du Redressement productif a pour sa part tenu à rappeler mardi sur France Inter qu’il avait en commun avec le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, d’avoir voté en 2005 contre la Constitution de l’UE et d’être “eurocritique”.

Arnaud Montebourg a brocardé les “états de services peu brillants”, selon lui, de la Commission européenne: l’UE est “quand même la seule région au monde qui ne connaît pas la croissance et qui connaît pire, le risque de déflation.”

“Je crois que nous avons la possibilité de réussir (...) à réorienter l’Europe, parce que pour le moment c’est l’Europe qui nous réoriente dans un sens austéritaire”, a-t-il ajouté. “Nous avons besoin (...) de faire évoluer les idées de la Commission.”

La pression de l’aile gauche de la majorité, qui rejette plus que jamais le choix de la rigueur budgétaire affiché par François Hollande, est plus forte encore.

“Il est temps de desserrer l’étau des contraintes du pacte de stabilité”, estime un de ces courants, Maintenant la gauche, dans une lettre ouverte adressée dimanche au chef de l’Etat.

Ses membres exhortent celui-ci à “engager le rapport de force” et à notifier à Bruxelles “le refus de respecter dans les délais” des critères de déficit “restrictifs”.

HOLLANDE PLAIDE L’INDULGENCE

Le courant Un Monde d’avance, fort d’une vingtaine de députés, plaide pour une “confrontation au niveau européen” - “Hollande l’a refusée en 2012, maintenant il se retrouve au point de départ”, dit son secrétaire général, Guillaume Balas.

Le chef de l’Etat, qui a pris devant ses partenaires européens l’engagement de ramener le déficit français sous la barre des 3% du PIB en 2015, semble avoir au moins partiellement entendu ces appels.

Il a annoncé dès lundi soir son intention d’obtenir de nouveau l’indulgence de Bruxelles vis-à-vis de déficits que la France n’est pas parvenue à contenir dans les limites promises.

Il a certes promis de mettre en oeuvre le programme de 50 milliards d’euros d’économies annoncé avant les municipales.

Mais “je ne veux surtout pas fragiliser la croissance qui repart”, a-t-il ajouté dans son intervention télévisée.

“Le gouvernement aura aussi à convaincre l’Europe que (la) contribution de la France à la compétitivité, à la croissance, doit être prise en compte dans le respect de nos engagements”, a-t-il poursuivi. “Car (...) renforcer l’économie française, c’est la meilleure façon de réorienter l’Europe.”

Pour Arnaud Montebourg, il n’y a aucune ambiguïté : “Cette question de la réorientation est sur la table et le président l’a posée en termes assez lisibles et crus.”

François Hollande peut se prévaloir de la caution d’un banquier réputé de gauche, Matthieu Pigasse, qui déclarait à Reuters la veille du second tour des municipales que Paris devait s’inspirer des réformes de Matteo Renzi.

“Nous continuons de mener en Europe des politiques d’austérité dont nous savons qu’elles sont mortifères”, estime le directeur général de la banque d’affaires Lazard France. “En Italie, vous avez un Premier ministre, Matteo Renzi, qui a décidé d’un coup de renverser la table, de casser les dogmes.”

Mais comme en écho, la France s’est attiré mardi un rappel à l’ordre du président de l’Eurogroupe: “La France (...) a déjà obtenu du temps et doit fournir davantage d’efforts”, a déclaré à la presse Jeroen Dijsselbloem.

Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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