March 30, 2014 / 9:38 AM / 5 years ago

Le compte à rebours du remaniement débute après le second tour

PARIS (Reuters) - Le compte à rebours du remaniement gouvernemental débute dimanche, après le second tour des élections municipales qui décideront du sort du Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Dans un bureau de vote à Nice. Le compte à rebours du remaniement gouvernemental débute dimanche soir, après le second tour des élections municipales qui décideront du sort du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. /Photo prise le 30 mars 2014/REUTERS/Eric Gaillard

Ses proches l’assurent : François Hollande passera rapidement “à l’action” mais la date exacte reste inconnue.

Si la pression monte en faveur d’une intervention à la télévision dès le lendemain du scrutin, l’incertitude entretient la nervosité dans les cabinets ministériels, Matignon en tête.

Au Parti socialiste, certains réclament ouvertement le départ du Premier ministre si la déroute électorale amorcée dimanche dernier se confirme.

“Je ne vois pas trop comment il pourrait rester, sauf si on sauve une trentaine de villes, ce à quoi personne ne croit vraiment”, dit une source au PS, où l’on craint de perdre des dizaines de villes de plus de 10.000 habitants.

Pour d’autres responsables socialistes, le sort du locataire de Matignon, déjà affaibli par une impopularité record et les “couacs” à répétition d’une équipe indisciplinée, est scellé depuis le premier tour des municipales.

“Après une rouste pareille ? On n’en est plus là!”, explique, catégorique, un député socialiste influent lorsqu’on lui demande si le président français pourrait confier à l’ancien maire de Nantes la tâche de diriger un gouvernement resserré.

“INTOX”

Les rumeurs de sa disgrâce suscitent la colère de ses collaborateurs qui voient dans cette “intox” des manoeuvres de ses rivaux, à commencer par l’ambitieux Manuel Valls.

Selon un sondage Harris Interactive pour LCP-Assemblée nationale publié jeudi, près de 8 Français sur 10 souhaitent la nomination d’un nouveau Premier ministre et le ministre de l’Intérieur arrive en tête des préférences.

La nouvelle hausse du chômage en février, annoncée mercredi, constitue aux yeux de nombreux analystes un “coup de grâce” pour Jean-Marc Ayrault. Mais l’homme n’a pas rendu les armes.

Le Premier ministre a déjà sauvé son poste in extremis en novembre, au détriment de Manuel Valls, en lançant une remise à plat de la fiscalité dont les premières mesures en faveur des ménages notamment doivent justement être annoncées sous peu.

Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale de 1997 à 2012, ses soutiens font valoir qu’il est le mieux à même de “tenir” le cap social-démocrate fixé par François Hollande.

Jean-Marc Ayrault fait l’analyse que la ligne de Manuel Valls, situé à la droite du PS, est susceptible de braquer une aile gauche déjà déboussolée par la politique de l’offre et les mesures d’austérité décidées par le président français.

Le Premier ministre a aussi reçu l’appui de la ministre écologiste du Logement, Cécile Duflot, qui a fait savoir par son entourage qu’un gouvernement dirigé par Manuel Valls ne serait ni “la bonne symbolique” ni “le bon message” à envoyer aux Français après un vote qui sonne comme un désaveu.

François Hollande ne peut ignorer l’alliance entre son Premier ministre et les Verts, seule force politique de la majorité renforcée par le scrutin, même si Manuel Valls déploie beaucoup d’efforts pour les caresser dans le sens du poil.

L’ALTERNATIVE FABIUS

L’entourage de Jean-Marc Ayrault fait aussi valoir sa fidélité au président, une qualité précieuse au regard des ambitions présidentielles prêtées au ministre de l’Intérieur, dont l’arrivée à Matignon sous l’autorité d’un président affaibli pourrait déboucher sur une forme de cohabitation.

Une alternative plus consensuelle reste possible pour François Hollande : demander à Laurent Fabius de quitter le ministère des Affaires étrangères et de reprendre le bail à Matignon qu’il a déjà occupé de 1984 à 1986.

Même si le chef de la diplomatie française se défend de nourrir cette ambition, il a déjà esquissé le gouvernement qu’il appelle de ses voeux : une équipe resserrée de 15 à 20 ministres totalement mobilisés pour le redressement économique du pays.

Dans ce scénario, Laurent Fabius aurait la tâche de mettre oeuvre le plan d’économie triennal de 50 milliards d’euros et le pacte de responsabilité qui prévoit une baisse des charges pour les entreprises afin de restaurer la compétitivité.

De l’avis d’un ministre, l’atout majeur de Jean-Marc Ayrault est que François Hollande ne songe pas à changer de cap, sauf à lui donner une coloration plus sociale, et l’actuel Premier ministre a piloté le pacte de responsabilité, le choc de simplification, la transition énergétique, la réforme de la fiscalité et la décentralisation, qui arrivent à maturité.

“Jean-Marc Ayrault est le mieux placé pour incarner en tant que Premier ministre la conception et la mise en oeuvre du pacte”, estime un ministre de premier plan qui ajoute que la mise en oeuvre de ce programme prendra encore environ un an, soit l’horizon des élections régionales de mars 2015.

HORIZON 2017

Le garder aurait l’avantage d’être cohérent avec le souhait présidentiel de n’avoir pas plus de deux Premiers ministres durant son quinquennat et de se réserver l’option d’installer un “gouvernement de combat” en vue de la présidentielle de 2017.

Elle permettrait aussi à François Hollande de présenter un remaniement comme la promesse d’une nouvelle étape politique plutôt que la conséquence d’une Bérézina électorale.

“On ne fait pas un remaniement par rapport à une élection mais par rapport à une logique. Pour que ça marche, il faut qu’il y ait un nouveau temps, une nouvelle perspective”, déclarait-on à l’Elysée après le premier tour.

Quel que soit le Premier ministre choisi, François Hollande veut profiter du changement d’équipe pour disposer de “ministres plus forts, plus impliqués” et en finir avec les accusations d’amateurisme qui plombent jusqu’à présent son quinquennat.

“Ça peut être mieux huilé entre la majorité, le PS, Matignon, les ministères et l’Elysée”, dit un proche du président, qui aurait la volonté de nommer le ministre du Budget, Bernard Cazeneuve, au secrétariat général de l’Elysée.

“Quand il y a le bazar, il faut remettre de l’ordre”, tranche un ministre.

L’enjeu du remaniement est également d’apporter un souffle nouveau à une équipe qui bat des record d’impopularité.

Des personnalités comme Ségolène Royal, candidate malheureuse à la présidentielle de 2007, sont dans la liste des possibles “entrants”.

Edité par Yves Clarisse

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