March 21, 2014 / 2:14 PM / 5 years ago

Nicolas Sarkozy réveille un vieux contentieux avec les juges

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a réveillé un vieux contentieux avec la magistrature, qui refuse de s’engouffrer dans la polémique politique pour ne pas nourrir l’idée d’un complot des juges.

En publiant vendredi dans le Figaro une tribune dans laquelle il dénonce les moyens déployés à son encontre par la justice, Nicolas Sarkozy a réveillé un vieux contentieux avec la magistrature, qui refuse de s'engouffrer dans la polémique politique pour ne pas nourrir l'idée d'un complot des juges. /Photo d'archives/REUTERS/François Lenoir

L’ancien président a publié vendredi dans le Figaro une tribune dans laquelle il dénonce les moyens déployés à son encontre par la justice, notamment dans le cadre d’une enquête ouverte pour trafic d’influence après l’interception de conversations téléphoniques avec son avocat, Me Thierry Herzog.

“Il y a un contentieux ancien entre Nicolas Sarkozy et la magistrature”, dit un magistrat. “Il nous a pris comme bouc émissaire, avec pour objectif de nous faire rentrer dans le rang.”

Nicolas Sarkozy est visé plus ou moins directement par cinq enquêtes judiciaires menées par sept magistrats instructeurs. Il a bénéficié d’un non-lieu dans une investigation pour abus de faiblesse à l’encontre de l’héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt.

Dans sa tribune, l’ex-chef de l’Etat assure qu’”envers et contre tout”, il “garde confiance dans l’institution judiciaire, dans l’impartialité de l’immense majorité des juges.”

Mais il met en cause l’impartialité de plusieurs d’entre eux, soulignant notamment que la magistrate en charge du dossier trafic d’influence appartient au Syndicat de la magistrature, classé à gauche et épinglé l’année dernière par l’opposition suite aux révélations sur l’existence d’un “mur des cons” dans son local.

De nombreuses personnalités de droite, parmi lesquelles Nicolas Sarkozy, figuraient sur cet affichage.

MAGISTRATURE PLUTÔT AU CENTRE-DROIT

“Nicolas Sarkozy a une vision politique de la magistrature qui ne correspond pas à la réalité”, estime un juge. Le Syndicat de la magistrature est minoritaire, rappelle-t-il, estimant que la profession se situe plutôt au centre-droit.

Christophe Régnard, président de l’Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire et “apolitique”, se dit quant à lui inquiet pour le syndicalisme chez les juges.

“Pourquoi viendrait-on demander aux magistrats leur appartenance syndicale?”, s’interroge-t-il, refusant que ses collègues soient forcés à un “coming-out”. “Je trouve ça problématique.”

Après la publication de la tribune de Nicolas Sarkozy, l’USM a appelé jeudi soir à laisser travailler les magistrats “dans la sérénité”, “récusant toute tentative de politisation de la justice”. Une position à laquelle s’est jointe, fait rare, la présidente du tribunal de grande instance de Paris.

“Toute polémique ne pourrait qu’accréditer dans l’opinion publique l’idée d’un prétendu complot des juges”, écrit l’organisation dans un communiqué.

Seul le Syndicat de la magistrature, directement visé dans son texte par Nicolas Sarkozy, a répondu, dénonçant une attaque “intolérable” qui “met en péril nos institutions démocratiques.”

L’organisation ne portera pas plainte contre l’ex-président, a toutefois indiqué à Reuters sa présidente Françoise Martres, mise en examen dans l’affaire du “mur des cons”.

“On ne souhaite pas ajouter la polémique à la polémique.”

Le désamour entre l’ancien président et les magistrats remonte à son arrivée au ministère de l’Intérieur, en 2002. A la faveur de plusieurs faits divers, il dénonce leur laxisme supposé, propos dans lesquels les juges voient des tentatives de déstabilisation.

TENSIONS DE LONGUE DATE

Arrivé à la tête du pays, il les compare à des “petits pois” sans saveur et engage plusieurs réformes perçues comme des attaques par la profession.

Ainsi de la réforme du Conseil supérieur de la magistrature de 2008 que François Hollande a promis de modifier, et qui rend les magistrats minoritaires au sein de l’institution. Un nouveau tollé survient en 2009 quand Nicolas Sarkozy propose la suppression du juge d’instruction, dont les enquêtes pourraient être confiées au parquet.

Mais c’est deux ans plus tard que la méfiance réciproque atteint son plus haut niveau. À la suite du meurtre de la jeune Laëtitia Perrais à Pornic (Loire-Atlantique), imputé à un récidiviste condamné depuis à la réclusion à perpétuité, Nicolas Sarkozy met directement en cause le travail des juges et promet des sanctions.

L’ensemble du personnel judiciaire réplique en manifestant à Paris et à Nantes, du jamais vu dans le pays.

Les tensions ne s’apaisent pas avec le retrait de Nicolas Sarkozy de la vie politique.

En mars 2013, l’ex-président est mis en examen pour abus de faiblesse dans l’affaire Bettencourt, menant ses amis politiques à dénoncer un acharnement des juges.

Un climat de suspicion dont les magistrats craignent aujourd’hui qu’il perdure. “Je suis très inquiet”, indique ainsi Christophe Régnard, dénonçant notamment le “corporatisme échevelé” des avocats dans l’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy. Depuis sa révélation par Le Monde, ceux-ci dénoncent des excès de pouvoir croissants de la part des juges.

Edité par Yves Clarisse

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