March 21, 2014 / 6:15 AM / 4 years ago

L'UE élargit sa liste noire tout en ménageant Moscou

par Julien Ponthus

La chancelière Angela Merkel et le président François Hollande s'entretiennent avec le Premier ministre polonais, Donald Tusk, lors du Conseil européen réuni à Bruxelles qui devrait voir les dirigeants des Vingt-Huit évoquer des sanctions commerciales contre la Russie. /Photo prise le 20 mars 2014/REUTERS/François Lenoir

BRUXELLES (Reuters) - L’Union européenne a annoncé jeudi qu’elle élargissait sa “liste noire” des personnalités russes et pro-russes impliquées dans l’annexion de la Crimée mais a pris soin de ménager Moscou pour ne pas compromettre la “désescalade” qu’elle espère.

Réunis à Bruxelles pour leur sommet de printemps, les dirigeants des Vingt-Huit se sont accordés pour demander à la Commission de préparer des sanctions économiques et commerciales contre la Russie tout en précisant que cette “phase 3” ne serait mise en oeuvre qu’en cas d’aggravation de la crise.

Les douze noms qui s’ajouteront à la liste de 21 dignitaires publiée lundi seront connus ce vendredi, mais des diplomates ont indiqué que les Européens n’iraient pas aussi loin que les Etats-Unis, qui ont étendu jeudi leurs sanctions à vingt personnalités supplémentaires.

La banque Rossiya, 17e établissement bancaire de Russie avec dix milliards de dollars d’actifs, va également être frappée par les Etats-Unis qui souhaitent l’empêcher d’effectuer des opérations en dollars.

La “liste noire” établie par Washington compte désormais 31 noms de personnalités.

Barack Obama a ajouté qu’il avait déjà signé les décrets autorisant si nécessaire des sanctions qui pourraient toucher des secteurs clés comme la banque, la défense ou encore l’énergie.

Les Européens n’en sont pas là.

“Nous sommes prêts à lancer la phase 3, à savoir des sanctions économiques, en cas de nouvelle escalade en Ukraine et nous avons demandé aujourd’hui à la Commission européenne de se charger du travail préparatoire préalable à ces possibles sanctions économiques”, a dit la chancelière allemande Angela Merkel à l’issue d’un dîner de travail des Vingt-Huit.

En cas de nouvelle déstabilisation russe en Ukraine, Moscou s’exposera à des “conséquences d’une grande portée”, a insisté le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. “Et nous entendons par là des conséquences sur les relations dans un large éventail de secteurs économiques”, a-t-il poursuivi, relevant que “l’ombre de sanctions a déjà un effet sur le climat des affaires en Russie”.

“PROPORTIONNALITÉ ET GRADATION”

François Hollande a précisé que l’Union européenne, au contraire des Etats-Unis, n’avait pas décidé de sanctionner des banques russes.

“Pour la banque, il n’y a pas eu cette approche”, a dit le président français.

“C’est le rôle qui a été donné à la Commission de préparer des mesures ciblées pour qu’elles soient le plus efficace possible mais dans une dissuasion, on préfère ne pas utiliser les armes dont on dispose”, a-t-il expliqué, en insistant sur une “logique de proportionnalité et de gradation”.

La difficulté pour les Vingt-Huit, qui ont par ailleurs annulé le sommet bilatéral Russie-UE prévu en juin à Sotchi, tient à l’obligation qui leur est faite de se prononcer à l’unanimité.

Or, de la Finlande, qui partage 1.300 km de frontière et un passé conflictuel avec la Russie, à Chypre, dont le système bancaire dépend fortement des Russes, chaque Etat membre ou presque a des raisons de craindre pour ses intérêts particuliers.

Les échanges de la France avec la Russie se sont ainsi élevés à plus de 18 milliards d’euros en 2013 et elle serait la plus exposée à un embargo sur les ventes d’armes vers la Russie.

La question d’un embargo sur le gaz russe est tout aussi délicate car les Européens ont des dépendances extrêmement variées à cette énergie venant de l’Est.

Les Vingt-Huit doivent signer ce vendredi le volet politique de l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, qui avait entraîné le pays dans la crise en novembre lorsque l’ancien président Viktor Ianoukovith avait refusé l’offre européenne.

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a indiqué que l’UE accélérerait également la signature d’accords similaires avec la Moldavie et la Géorgie, avec l’objectif d’y parvenir d’ici le mois de juin et non plus d’ici la fin de l’année.

A l’été 2008, la Russie est intervenue militairement en Géorgie et a reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, les deux entités séparatistes russophones du pays. En Moldavie, elle soutient les séparatistes de Transnistrie.

Edité par Yves Clarisse

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