6 mars 2014 / 17:44 / dans 4 ans

Le "nouveau modèle français" acquiert un zeste d'accent allemand

PARIS (Reuters) - Avec le succès probable du pacte de responsabilité, François Hollande, social-démocrate désormais assumé, semble en passe de rapprocher la France du modèle allemand en faisant du dialogue social une des pierres angulaires de sa politique économique.

Avec le succès probable du pacte de responsabilité, François Hollande, social-démocrate désormais assumé, semble en passe de rapprocher la France du modèle allemand en faisant du dialogue social une des pierres angulaires de sa politique économique. /Photo d'archives/REUTERS

Après la réforme du marché du travail et celle de la formation professionnelle, un accord entre le patronat et les syndicats réformistes sur ce pacte, dont les jalons ont été posés mercredi, validerait sa stratégie de délégation aux “corps intermédiaires” décriés par Nicolas Sarkozy.

“Nous avons fait vivre le dialogue social”, a dit jeudi sur RMC et BFMTV Jean-Marc Ayrault, qui a pris comme exemple l‘Autriche, où des relations sociales pragmatiques sont selon lui à l‘origine du quasi plein emploi.

“C’est cela mon objectif, c’est d’arriver au même résultat”, a expliqué le Premier ministre, qui a revendiqué un premier succès sur le front de l‘emploi avec la baisse du chômage au quatrième trimestre 2013 au sens du Bureau international du travail (BIT).

Si l‘accord sur le pacte de responsabilité permet au gouvernement d‘éviter que la baisse du coût du travail apparaisse comme un chèque en blanc au patronat, il conforte aussi le virage social-démocrate du président.

Pour son entourage, il a donné les preuves de la réalité de cette orientation en commençant son mandat par une “grande conférence sociale” et en interdisant aux parlementaires socialistes d‘amender l‘accord national interprofessionnel (ANI) issu de cette concertation.

“MITBESTIMMUNG” ?

Le chef de l‘Etat a vanté les mérites du “Mitbestimmung”, la cogestion avec les syndicats à l‘allemande, en mai 2013, lors d‘un congrès du parti social-démocrate allemand (SPD) auquel assistait, autre incongruité pour les moeurs politiques françaises, la chancelière conservatrice Angela Merkel.

François Hollande, qui veut introduire le dialogue social dans la Constitution, y avait loué “la culture du compromis pour faire évoluer le droit du travail” et “la négociation entre partenaires sociaux pour faire évoluer l‘Etat providence”.

“Tout n‘est pas transposable (...) nos cultures politiques syndicales sont singulières, mais je garde de la social-démocratie le sens du dialogue, la recherche du compromis et la synthèse permanente entre la performance économique et la justice sociale”, avait dit le président français.

Si la relance du dialogue social apparaît comme l‘un des rares succès d‘un quinquennat mal engagé, l‘entourage du chef de l‘Etat reconnaît que la comparaison du “nouveau modèle français” avec l‘Allemagne a ses limites.

“Il y a une nuance par rapport à l‘Allemagne: deux syndicats, et pas n‘importe lesquels (CGT et FO-NDLR) ne signeront pas”, estime un proche du président. “Même si les trois autres (CFDT, CFTC et CGC-CFE-NDLR) sont majoritaires, cela fait une différence avec l‘Allemagne.”

La comparaison avec l‘Allemagne est également rejetée dans l‘entourage de Jean-Marc Ayrault.

“Le dialogue social français n‘a rien à voir avec le dialogue social allemand”, dit un conseiller, qui estime en revanche que les accords signés montrent “que le dialogue social commence à s‘ancrer dans le territoire”.

Pour le chercheur du CNRS Elie Cohen, “c‘est aller vite en besogne”, que de dire que la France prend le chemin du modèle allemand. “Les syndicats qui jouent le jeu sont les mêmes syndicats qui jouaient le jeu sous Sarkozy.”

Selon lui, la culture du dialogue social des syndicats réformistes -“majoritaires d‘un poil”- ne s‘est pas imposée aux centrales ouvrières.

“HOMÉOPATHIE”

De plus, c‘est la modestie des réformes prévues par les trois accords signés par les partenaires sociaux qui explique leur volonté de jouer le jeu, dit l‘économiste.

“Le gouvernement est lui-même très timide dans les objectifs de transformation qu‘il propose et donc, du coup, comme l‘Etat est timide, les syndicats sont encore plus timides et à l‘arrivée les mesures prises sont assez faibles”, estime-t-il.

“On est toujours dans le domaine de l‘homéopathie”, poursuit le chercheur pour qui “les questions qui fâchent n‘ont pas été abordées”.

“La vraie question se posera quand on rentrera dans le vif du sujet, et le vif du sujet c‘est quand le gouvernement commencera à dire ce qu‘il veut faire pour résorber les déficits et inverser la courbe de la dette”, prédit Elie Cohen en référence aux 50 milliards d‘euros d‘économies que le gouvernement s‘efforce de trouver d‘ici 2017.

François Hollande a d‘ailleurs constaté par lui-même à quel point les syndicats français refusaient le modèle tracé lors de la dernière décennie par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder pour sortir son pays de la crise.

La révélation en janvier d‘un entretien entre le président français et Peter Hartz, le père des réformes du marché du travail allemand, avait suscité l‘indignation des syndicats.

Devant le tollé déclenché par une rencontre vieille de plusieurs mois, le gouvernement avait du démentir le rôle de conseiller de l‘ombre prêté à l‘Allemand par certains médias.

Avec Emmanuel Jarry et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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