March 1, 2014 / 7:09 PM / 4 years ago

Vladimir Poutine autorisé à recourir à l'armée en Ukraine

KIEV/BALACLAVA Ukraine (Reuters) - Le président russe Vladimir Poutine a obtenu samedi de son parlement l’autorisation qu’il demandait de pouvoir envoyer des forces armées en Ukraine alors que des hommes en armes ont pris le contrôle de la péninsule de Crimée et que des manifestations violentes se multiplient dans l’est du pays.

Militaire russe devant un poste-frontière à Balaclava, en Crimée, dans l'est de l'Ukraine. Le président russe Vladimir Poutine a obtenu samedi de son parlement l'autorisation qu'il demandait de pouvoir envoyer des forces armées en Ukraine alors que des hommes en armes ont pris le contrôle de la péninsule de Crimée et que des manifestations violentes se multiplient dans l'est du pays. /Photo prise le 1er mars 2014/REUTERS/Baz Ratner

En revendiquant le droit d’intervenir militairement dans l’ancienne république soviétique que Moscou considère comme appartenant à sa sphère d’influence, Poutine impose aux Occidentaux un bras de fer inédit depuis la Guerre froide.

Cette décision fait suite à plusieurs journées au cours desquelles les Etats-Unis -y compris par la voix de Barack Obama- et les Européens ont mis Moscou en garde contre la tentation d’une intervention.

A tous ces appels, le Kremlin a répondu en donnant l’assurance qu’il n’avait pas l’intention de s’embarquer dans une aventure militaire.

Pratiquant un double langage, Poutine s’est assuré d’un rapide soutien du Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement, qui a autorisé le recours à la force armée sur le territoire ukrainien au nom de la sécurité des ressortissants russes. Le même motif avait été évoqué pour l’intervention en Géorgie en 2008.

Poutine a justifié sa demande d’emploi de l’armée par “la situation extraordinaire en Ukraine, les menaces contre la vie de citoyens de la Fédération de Russie”, mais aussi pour protéger la flotte basée en Crimée.

L’autorisation accordée dans l’urgence par la chambre haute du parlement prévoit que la force pourra être utilisée “jusqu’à la normalisation de la situation socio-politique dans le pays”.

Vladimir Poutine, qui dispose désormais de “l’arsenal complet des moyens nécessaires pour résoudre la situation”, selon les termes de son porte-parole, n’a pas encore pris sa décision concernant ce déploiement de troupes.

SOUVENIR DE PRAGUE

La Grande-Bretagne a convoqué l’ambassadeur russe à Londres tandis que les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne doivent se retrouver lundi à Bruxelles pour discuter de la réponse à apporter à ce défi.

Le président tchèque Milos Zeman a opportunément rappelé le précédent de l’invasion soviétique à Prague en 1968. Le Conseil de sécurité de l’Onu a prévu une réunion d’urgence samedi à 14h00 (19h00 GMT).

François Hollande s’est entretenu avec le Premier ministre polonais Donald Tusk et les deux dirigeants ont exprimé leur “plus vive inquiétude” tout en notant que la décision russe faisait “peser des menaces sur l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine”.

Des troupes, qui appartiennent certainement à l’armée russe, ont pris possession de la Crimée, territoire du sud de l’Ukraine, où Moscou possède une importante base navale à Sébastopol abritant sa flotte en mer Noire.

Pour l’instant, cette prise de contrôle s’est effectuée sans effusion de sang, le nouveau gouvernement de Kiev se montrant incapable de réagir.

Des heurts se sont en revanche produits dans l’est et le sud de l’Ukraine -où vit une importante communauté russophone- entre des partisans de l’ancien président déchu Viktor Ianoukovitch et des défenseurs du nouveau pouvoir en place à Kiev.

A Kharkiv, des personnes ont été blessées lorsque des militants pro-russes ont investi les bâtiments du gouvernement régional et se sont heurtés à des partisans des autorités intérimaires.

A la nuit tombée, des manifestants ont descendu les drapeaux ukrainiens qui flottaient sur les immeubles officiels et les ont remplacés par des drapeaux russes à Kharkiv, Donetsk, Odessa, Dnipropetrovsk.

A Donetsk, région d’origine de Viktor Ianoukovitch, les élus locaux ont dit ne pas reconnaître la légitimité du pouvoir central et ont appelé à un référendum sur l’avenir de la région.

Le président du parlement russe a prévenu les dirigeants ukrainiens que la Russie répondrait militairement si la force était employée contre des manifestants pacifiques dans l’Est et le Sud.

“PROVOCATIONS”

De l’autre côté de la frontière, dans l’ouest de la Russie, l’armée continue de mener des manoeuvres de grande envergure.

Pour l’instant, aucune activité militaire russe n’a été signalée en dehors de la Crimée, seule région d’Ukraine où les Russes sont majoritaires.

Le Kremlin n’a pas officiellement confirmé que la région autonome était en réalité aux mains de soldats russes, laissant planer un doute sur l’identité des hommes armés qui ont pris position sur le terrain.

Kiev, qui s’en tient à la position visant à ne pas répondre aux “provocations”, a évalué à environ 6.000 hommes le nombre de soldats déjà déployés en Crimée.

Le président ukrainien par intérim Oleksander Tourtchinov qui a convoqué une réunion des chefs des services de sécurité a jugé que Moscou cherchait une déstabilisation complète de l’Ukraine. L’ancien chef de file de la contestation Vitali Klitschko a appelé à une “mobilisation générale”.

Kiev juge par ailleurs illégale la récente nomination de Sergueï Aksionov, une personnalité favorable à la Russie, comme Premier ministre de Crimée.

Aksionov a demandé à Vladimir Poutine de “l’aider à assurer la paix et le calme”, l’aéroport international de Simféropol, capitale régionale de Crimée et a annoncé la fermeture de l’espace aérien régional et la suspension provisoire de tous les vols au départ ou à l’arrivée de la ville.

Le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel s’est entretenu samedi au téléphone avec son homologue Sergueï Choïgou. Interrogé sur les rumeurs faisant état d’une mise en alerte d’unités de l’armée américaine, un responsable américain a indiqué que la voie diplomatique demeurait privilégiée.

Julien Dury et Pierre Sérisier pour le service français

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