December 26, 2007 / 11:32 AM / 12 years ago

Al Qaïda soupçonnée après le meurtre de Français en Mauritanie

par Ibrahima Sylla

QUATRE TOURISTES FRANÇAIS TUÉS PRÈS D'ALEG EN MAURITANIE

NOUAKCHOTT (Reuters) - Après avoir cru dans un premier temps à un acte crapuleux, les autorités mauritaniennes privilégient la piste d’Al Qaïda dans le meurtre, lundi, de quatre touristes français dans le sud, généralement sûr, du pays.

Dans un communiqué, le parquet a annoncé mercredi que deux des trois suspects étaient des “jeunes gens Mauritaniens (...) soupçonnés d’appartenance à des groupes extrémistes salafistes” - allusion au Groupe salafiste pour la prédication et le combat, mouvement islamiste armé algérien qui se fait désormais appeler Organisation Al Qaïda au Maghreb islamique.

En septembre, le n°2 d’Al Qaïda, l’Egyptien Ayman al Zaouahri, avait appelé les musulmans de la région à “nettoyer” les terres du Maghreb des Français et des Espagnols pour y rétablir l’islam comme à l’époque de l’Andalousie du XVIIe siècle.

Le porte-parole de la présidence, Abdallahi Mamadou Bâ, a condamné “de la manière la plus ferme cet acte odieux commis en Mauritanie, terre d’accueil, de tolérance et d’islam modéré”. “Les autorités font tout et sont vigilantes pour assurer la quiétude et la sécurité des citoyens mauritaniens, aussi bien que celle des étrangers résidant ou de passage”, a-t-il dit à Reuters.

Les quatre touristes faisaient partie d’un groupe de cinq Français se rendant en voiture individuelle au Mali voisin et qui pique-niquaient sous un arbre aux environs de la ville d’Aleg, à 250 km au sud-est de Nouakchott, lorsqu’ils ont été attaqués par trois individus circulant en voiture.

Ces derniers, revêtus du chèche traditionnel au Sahel, ont ouvert le feu au fusil mitrailleur, tuant trois membres d’une même famille et un ami.

Le père de famille a quant à lui été blessé à la jambe. François Tollet, 73 ans, évacué dans un premier temps sur Dakar, a été rapatrié à Lyon à bord d’un vol sanitaire.

François Fillon lui a adressé un message, condamnant “un acte lâche et criminel”.

“Nous sommes en contact étroit avec les autorités de Mauritanie afin que les auteurs de ce crime odieux soient retrouvés et jugés”, écrit le Premier ministre, selon un communiqué diffusé par Matignon.

Le Quai d’Orsay a fait savoir mercredi que “compte tenu de ce drame”, la France était “en train de réévaluer (son) approche du risque que représente un déplacement en Mauritanie”.

CHASSE À L’HOMME

Le quadruple meurtre, à deux semaines de l’arrivée de la caravane du Dakar 2008, a suscité une vive émotion en Mauritanie, un pays qui se veut un pont entre le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne et où les autorités cherchent à développer le tourisme.

Il s’est produit non loin de la vallée du fleuve Sénégal, dans un secteur éloigné des conflits traditionnels de la sous-région (Sahara occidental, rébellion touarègue dans plusieurs pays du Sahel, maquis islamistes en Algérie).

D’après la police mauritanienne, les trois assaillants présumés se sont enfuis en direction de Bogué, une localité située sur la rive mauritanienne du fleuve Sénégal.

Les forces de sécurité tant mauritaniennes que sénégalaises se sont lancées à la recherche des fugitifs de part et d’autre de la frontière marquée par le fleuve qui, en période de saison sèche, peut se traverser à pied.

D’après le parquet, cinq suspects ont été arrêtés à ce jour. Parmi eux figure un homme qui a purgé une peine de prison pour appartenance à une organisation terroriste. Il est soupçonné d’avoir organisé la location des deux véhicules qui ont servi à l’attaque de lundi.

Une source de la sécurité mauritanienne, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a relevé que les assaillants n’avaient pas touché au véhicule des touristes français, ce qui pourrait suggérer que le vol n’était pas le mobile du crime.

“Ce n’est pas notre histoire, ni notre tradition, et ça ne sert pas l’islam”, a déclaré un responsable politique musulman de premier plan, Djemil Mohamed ould Mansour. “C’est une honte pour la Mauritanie que des touristes pacifiques perdent leur vie sur notre terre d’ouverture.”

Le président Sidi Ahmed ould Cheikh Abdallah s’est entretenu lundi soir de l’affaire avec son homologue français Nicolas Sarkozy et lui a promis que tous les moyens seraient mis en oeuvre pour capturer les assassins.

Version française Jean-Loup Fiévet

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