June 13, 2008 / 2:50 PM / 11 years ago

Les Irlandais rejettent le traité et infligent un revers à l'UE

par Jonathan Saul et Peter Graff

Les électeurs irlandais ont rejeté le traité européen de Lisbonne, remettant en question les projets de réformes institutionnelles de l'UE et infligeant un humiliant revers aux dirigeants politiques de l'Eire. /Photo prise le 13 juin 2008/REUTERS/François Lenoir

DUBLIN (Reuters) - Les électeurs irlandais ont rejeté le traité européen de Lisbonne, remettant en question les projets de réformes institutionnelles de l’UE et infligeant un humiliant revers aux dirigeants politiques de l’Eire.

Après dépouillement officiel de plus de 864.000 bulletins, le “non” l’emportait par 53,85% contre 46,15%.

Le ministre de la Justice Dermot Ahern a reconnu vendredi en milieu de journée la victoire du “non” au référendum de jeudi, tandis que les décomptes de tout le pays faisaient apparaître ce verdict dans une écrasante majorité de circonscriptions.

“Ce sera apparemment un ‘non’”, a dit Ahern à la télévision publique RTE. “En fin de compte, et pour une kyrielle de raisons, le peuple a parlé.”

Le traité de Lisbonne est censé remplacer le projet de constitution européenne rejeté par référendum en 2005 par la France et les Pays-Bas. Cette fois, l’Irlande était le seul pays de l’Union à procéder à un référendum.

La victoire qu’engrange le camp du “non” entérine le fait qu’un pays dont la population représente moins de 1 pour cent des 490 millions d’habitants de l’UE peut réduire à néant un traité négocié à grand peine, des années durant, par les dirigeants des 27 Etats membres.

Le traité prévoit de donner à l’Union un président élu pour un mandat de deux ans et demi renouvelable, un haut représentant pour la politique étrangère disposant d’un service diplomatique étoffé, un système de décision plus démocratique ainsi qu’un rôle accru pour les parlements européen et nationaux.

Mais bien que l’Irlande s’inscrive dans les sondages parmi les Etats de l’UE les plus “européens”, les adversaires du traité ont estimé qu’il réduisait l’influence des petits pays et conférait à Bruxelles, en matière de politique étrangère et de défense, de nouveaux pouvoirs propres à menacer la neutralité historique de Dublin.

QUESTIONS POUR DUBLIN

L’euro est tombé à son niveau le plus bas depuis un mois contre le dollar après les premières informations suggérant une victoire du “non”.

Les dirigeants de l’UE, qui se réunissent la semaine prochaine à Bruxelles, auront des questions embarrassantes à poser au Premier ministre irlandais Brian Cowen.

Certains expriment l’espoir que Dublin trouve encore un moyen de se raccrocher au traité.

“L’Irlande va certainement trouver le moyen de ratifier ce traité”, a déclaré aux journalistes le Premier ministre polonais Donald Tusk.

Le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet a dit vendredi que le processus de ratification devrait se poursuivre même en cas de “non” irlandais. Jeudi, le Premier ministre François Fillon estimait qu’en pareil cas il n’y aurait “plus de traité de Lisbonne”.

La France, qui assumera dans quelques semaines la présidence tournante de l’UE, était censée mettre sur pied le nouveau système pour que le traité entre en vigueur début 2009.

Le gouvernement britannique, qui se heurte à une opposition eurosceptique réclamant elle aussi un référendum, a fait savoir que le projet de ratification du traité continuerait indépendamment du scrutin irlandais.

Mais pour la députée irlandaise Mary Lou Mcdonald, du parti nationaliste Sinn Fein qui militait pour le “non”, les dirigeants irlandais ne pourront se dérober à l’issue du référendum: “C’est ici un moment de vérité politique. Ecoutez-vous le peuple ou non ?”

Le traité avait le soutien des trois principaux partis politiques de l’Irlande, laquelle s’est enrichie depuis son adhésion à l’UE. Groupes agricoles, milieux d’affaires et nombre de syndicats avaient milité pour le “oui” tout en notant que la complexité du texte avait éveillé la méfiance des électeurs.

Lors de son dernier référendum sur une question européenne en 2001, l’Irlande avait failli faire capoter le projet d’élargissement à l’Est de l’UE en rejetant le traité de Nice. Il avait finalement été adopté lors d’un second scrutin.

Le gouvernement a dit ne pas envisager de nouveau scrutin cette fois-ci.

Dix-huit pays ont déjà ratifié le traité de Lisbonne par voie parlementaire.

Version française Danielle Rouquié, Philippe Bas-Rabérin

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